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LES BÊTES ET LA RELIGION

dans l'Allier, les bœufs doivent, sous peine des plus graves accidents, rester à Tétanie le jour Saint-Biaise ; en Berry, on ne les met pas sous le joug à la Saint-Roch, afin qu'ils soient préservés de la peste1. Quelques autres interdictions étaient en rapport avec des solennités religieuses : au XVIIe siècle, les bêtes à laine que l'on tondait pendant l'octave de la Fête-Dieu mouraient dans l'année. Dans les Alpes vaudoises il n'est pas prudent de faire sortir le bétail pour l'abreuver les jours de Noël, du nouvel an et des Trois Rois, les loups pourraient venir le dévorer pendant l'été suivant2.

Plusieurs des actes qui intéressent la prospérité des bestiaux doivent être, au contraire, accomplis lors de certaines fêtes. Quelquesuns ont lieu pendant la semaine sainte. Voici comment l'un deux se pratiquait en Sologne, il y a cent ans : il faut que le vacher qui conduit habituellement les vaches au pâturage baptise le veau, le taureau ou la génisse qu'il associe à son troupeau. Cette cérémonie ne se fait que le Vendredi saint qui suit la naissance du veau. Il entre dans l'étable, frappe trois coups de son bâton sur le derrière du nouveau-né, en lui disant: « A l'avenir tu t'appelleras... et je défends au loup de te manger. » Les assistants répondent : « Non non, le loup ne te mangera pas. » Alors le baptisé fait partie du troupeau. C'est ce même jour que dans les Alpes vaudoises on marque le bétail à l'oreille pour le garantir des maléfices et des bêtes féroces, et qu'en Ille-et- Vilaine les bergers coupent un peu de poil entre les cornes des vaches afin que pendant l'année elle ne prennent pas la mouche. Dans l'Yonne, on doit couper le bout de la queue de tous les chevaux, vaches et moutons, pour qu'ils soient bien portants toute l'année : en Poitou, c'est la veille de la Saint-Jean qu'on lave les moutons, afin d'avoir de plus jolie laine ; au XVIIe siècle c'était pour les mettre à l'abri de la gale 3.

Suivant un usage à peu près général autrefois, les hommes sautaient, afin d'acquérir de la force ou pour être préservés de maladies, par dessus les brasiers de la Saint-Jean ; dans plusieurs pays on y conduit, aux mêmes intentions, les animaux domestiques. Les paysans du Bocage normand lançaient les vaches, les moutons et les chèvres à travers le feu; dès lors ils ne couraient plus le risque d'être ensorcelés, et pendant un an ils étaient garantis de toute maladie contagieuse ;

1. J.-B. Thiers. Traité des sup., t. I, p. 308; E. Rolland, 1. c, t. V, p. lit; Laisnel de la Salle. Croyances du Centre, t. II, p. 291.

2. J.-B. Thiers, 1. c, t. I, p. 404; A. Ceresole. Légendes des Alpes vaudoises, p. 333.

3. Legier, in Académie Celtique, t. II, p. 217 ; A. Ceresole. Lég. des Alpes vaudoises, p. 334 ; F. Duine, in Rev. des Trad. pop., t. XVIII, p. 248 ; C. Moiset. Usages de l'Yonne, p. 125 ; Léon Pineau. Le F-l. du Poitou, p. 499 ; J-B. Thjerg, Traité des Sup., t. I, p. 298.

dans la Gironde on y mène les bœufs el l'on expose leur joug à sa flamme pour leur porter bonheur. Aux environs de Lorient on fait, avant le feu proprement dit, un feu de fougère verte qui donne une grande fumée, à travers laquelle on fait passer les bestiaux ; il porte le nom de Fumée des vaches. Un usage à peu près semblable existait dans le Perche, où certains fermiers allumaient dans leur cour de petites marolles ou feux; toutes les têtes de bétail qui traversaient la fumée qui s'en dégageait étaient préservées des sorciers ou des maladies. Une coutume très apparentée était courante au XVIIe siècle : des gens faisaient passer leurs chevaux, leurs vaches et leurs moutons par des feux faits de certains bois, et les faisaient tourner une certaine quantité de fois autour, afin de les garantir de maléfices toute l'année. A la même époque on assemblaildans un carrefour, la veille de la Saint-Jean, tous les brebis et les agneaux d'une paroisse, et on les enfumait avec des herbes cueillies le même jour, l'année précédente, avant le lever du soleil1. Dans la Famenne, province de Namur, on allume, le jour du Mardi Gras, un feu sur le chemin que les bestiaux suivent habituellement pour se rendre à l'abreuvoir, et on les fait marcher sur la cendre encore chaude, pour les préserver durant une année des coliques et de tout maléfice. En Limousin, celui qui, le lendemain de la fête, aura fait passer le premier son troupeau sur la braise éteinte du bûcher aura le plus beau bétail du village 2.

L'usage d'admettre les animaux dans les églises était assez fréquent autrefois : au moyen âge, l'âne y prenait part à une cérémonie pendant laquelle on récitait une prose en son honneur. Cette fête est tombée depuis longtemps en désuétude ; mais jusqu'à une époque récente, des bœufs ou des agneaux ont pu entrer, à des jours déterminés, dans les temples catholiques. Jadis on conduisait dans l'église de Moncontour au moment de la fête annuelle, les animaux offerts à Saint Mathurin, afin que ce bienheureux pût les voir; on leur permettait même, diton, de toucher les reliques. En Provence, à la Noël, au moment de l'offrande, on voyait arriver une troupe de bergers suivis d'un petit char décoré de verdure, traîné par une brebis blanche enrubannée ; il portait un agneau sans tache qui était ensuite offert à l'église. Actuellement les bergers mentonnais apportent un agneau qui est béni par le curé et protège le troupeau contre les mauvais esprits. Autrefois on faisait faire aux bêtes à cornes le tour de l'église de Saint-Herbot, comme aux pèlerins, et quand on ne les y conduisait

1. J. Lecœur. Esquisses du Bocage, t. II, p. 223 ; F. Daleau. Trad. de la Gironde, p. 52 ; E. Rolland. Faune pop., t. V, p. HO ; Félix Chapiseau. Le F-L. de la Heauce, t. 1, p. 320 ; J-B. Thiers. Traité des Sup. t. I, p. 170-171, 298.

2. François Crespin, in Waltonia, t. VII, p. 50; M. M. Gorse. Au bas pays de Limosin, p. 242.

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