‹ Le folk-lore de France (volume 4)Chapitre 121 sur 491 · CONJURATIONS POUR GUÉRIR · texte numérisé non relu

CONJURATIONS POUR GUÉRIR

Dans les campagnes les animaux sont plus souvent traités par les maréchaux ou les rémégeux que par les vétérinaires. Plusieurs de ces empiriques se servent de procédés qui appartiennent à la magie la plus grossière : Le guérisseux poitevin visite la bête avant le lever du soleil, il l'examine, se coiffe d'un bonnet de coton, fait le signe de la croix, récite une prière et quand il a terminé il jette son bonnet sur l'animal, qui doit guérir. En Normandie, le sorcier auquel on s'adresse pour le cheval atteint de tranchées, s'informe simplement de sa couleur, dit tout bas quelques mots mystérieux, fait un signe de croix, et tout est fini ; mais ce sortilège devra être renvoyé au lendemain si le sorcier a déjà fait dans la journée ce signe qui n'a de valeur qu'une fois par jour; dans la Côte-d'Or le devin fait sur la jambe de l'animal qui a une entorse trois signes de croix avec l'orteil du pied gauche, au commencement et à la un d'une formule traditionnelle1. Au XIVe siècle, plusieurs oraisons étaient usitées pour la guérison des chevaux: Pour celui qui avait les avives, on disait ces mots avec trois Patenôtres -j- Abgla-}- Abgly, -j- Alphara -f-asy f. Contre le farcin, il fallait, pendant neuf jours en jeun, dire par trois fois et chascune fois dire trois patenostres et toucher le mal -f- In nomine etc. Je te conjure, mal félon, de par Dieu omnipotent et de par le Père etc., et de par tous les sains et de par tous les anges — parles vertus que Dieu fîst de faire le ladre guérir de sa maladie : et que tu, mal félon, n'ailles plus avant, et que ne doubles ne ne enfles, n'en fenestres ne en fistules, néant plus que firent les cinq plaies nostre Seigneur Jhésu Crist, et aussi le monde sauva, et pour ce se firent les cinq plaies de N.-S. J.-C. In nomine, etc2. Au XVIIe siècle on connaissait, rien que pour les chevaux, six formules, dans plusieurs desquelles intervenait saint Eloi, comme dans celles du Médecin des pauvres et du Grimoire du pape Honorius, et il y en avait un pour le chancre des bêtes à laine. Maintenant encore les guérisseurs prononcent des conjurations plus ou moins christianisées, qui sont parfois accompagnées d'actes accessoires, comme celle-ci, qui était usitée en Normandie pour guérir radicalement l'écart : on faisait à jeun des signes de croix sur la partie douloureuse avec le pouce de la main gauche, en récitant ces paroles : Ante super ante, Ante te. Vers 1805, un berger des environs de Montereau faisait avaler à une vache malade un papier sur lequel étaient écrites quelques prières ou paroles mystérieuses3. En Champagne des bergers n'avaient besoin pour

1. Léon Pineau. Le F.-L. du Poitou, p. 514 ; L. du Bois. Recherches sur la Normandie, p. 323 ; E. Rolland. Faune pop., t. IV, p. 196.

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