‹ Le folk-lore de France (volume 4)Chapitre 123 sur 491 · LA GUÉRISON DES BÊTES · texte numérisé non relu

LA GUÉRISON DES BÊTES

du rognon de silex ou de grès perforé : il arrête les mauvais sorts qui restent dans ses trous et ne font aucun mal au bétail ; à Farciennes, des pierres qui doivent aussi ne pas avoir été cherchées, sont suspendues au-dessus de la porte ou au-dessus de l'échiné des bêtes, parfois on les place en dedans de la porte : pour rentrer, les sorcières sont obligées de passer au travers. Dans l'Albret, on place en travers de la porte des brebis des charbons de la Saint-Jean, ou l'on met en croix sur celle du parc ou de l'élable deux tisons de la bûche de Noël ; dans l'Allier, les bœufs et les vaches de l'écurie dans laquelle ces fragments ont été déposés ne boitent pas dans le cours de Tannée '.

La coutume observée au XVIIe siècle, et qui consistait à enterrer un bœuf, une vache, une chèvre, un cheval, et dans l'étable où il était crevé pour empêcher la mort des autres, semble tombée en désuétude ; parfois le cadavre devait être placé, les pieds en haut, sous le seuil de la bergerie ou de l'étable. Cent ans auparavant, dans la Brie pour faire cesser une épidémie, on tuait une certaine bête, qu'on pendait les pieds contremont sous l'esseuil de l'estable en disant quelques paroles2.

Il est aussi utile de promener les bêtes malades ; j'en ai donné quelques exemples au t. Ier, p. 207 de cet ouvrage. On n'a pas relevé de nos jours ce singulier moyen qui était usité au XVe siècle : Se un cheval s'est estorslagambe ouïe pied,ilconvientle chevauchierversl'ostelduprestre et le appeler par dehors, et sans parler à lui tantost s'en retourner et pour certain le cheval yra tout droict comme devant sans sentir aucune douleur. Dans les Ardennes, quand une vache a la goutte laitière, on va répandre un peu de son lait à l'endroit où deux chemins e croisent3. La superstition qui consistait à faire changer de paroiss' les chevaux malades des tranchées ou des avives, dans la pensée qu'ils n'en guériraient point sans cela, subsiste encore en Poitou où l'on va promener le cheval atteint de coliques dans une autre commune ; en Haute-Bretagne, ce remède est appliqué à celui qui a été météorisé ; et dans les Vosges où il est nécessaire qu'il se promène dans trois communes différentes4.

1. X. de la Perraudière. Trad. locales, p. 7 ; L. du Bois. Recherches sur ta Normandie, p. 341 ; E. Rolland. Faune pop., t. V, p. 205 ; D. Bourchenin, in Rev. des Trad. pop., t. VI, p. 733 ; 0. Colson, in Wallonia, t. V, p. 116 ; in Wallonia, 1905, p. 49. On verra au chapitre des Reptiles et à ceux de la Flore d'autres talismaus protecteurs de l'étable ; L.Dardy. Anthologie de l'Albret, t. 11, p. 359 ; E. Rolland, I. c, t. V, p. 109.

Lors de la grande peste qui désola la vallée d'Aoste au XVIIe siècle, on prétendit que tous ceux qui vécurent avec des troupeaux de chèvres en furent préservés par la présence des boucs. (J.-J. Christillin. Dans la Vallaise, p. 64.)

2. J.-B. Thiers. Traité des Sup., t. 1, p. 377, 271 ; Jean Bodin. Le Fléau des Sorciers, liv. III, ch. 5.

3. Les Evangiles des Quenouilles, VI, 10; A. Meyrac. Trad. des Ardennes, p. 179

4. J.-B. Thiers. Traité des Sup., t. 1, p. 379 ; B. Souche. Croyances, p. 20 ; Paul Sébillot. Trad., t. II, p. 60 ; E. Rolland. Faune pop., t. IV, p. 195.

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