‹ Le folk-lore de France (volume 4)Chapitre 15 sur 491 · E. Rolland. Faune populaire, t. I, p · texte numérisé non relu

E. Rolland. Faune populaire, t. I, p

et qu'il est condamné à un long jeûne. Quelques bergères de ce

pays disent qu'il vit neuf jours de chair, neuf jours de sang, neuf

jours d'air et neuf jours d'eau, et qu'il n'est à craindre que pendant

les dix-huit jours où il se nourrit de chair et de sang'. Dans les Côtes-

du-Nord, il vit trois mois sur la chair, trois mois sur le sang, trois

mois sur l'herbe, trois mois sur le vent2. Au XVe siècle, on précisait

cette dernière époque que l'on plaçait

Sur le Noël, morte saison, Lorsque les loups vivent de vent3.

Quelques-uns des mammifères sauvages, ordinairement de petite taille, sont détestés, et par suite souvent molestés, tantôt à cause de leur prétendue laideur, tantôt à cause des méfaits dont on les accuse, et qui parfois sont imaginaires, ou tout au moins très exagérés. Le hérisson qui a eu à diverses reprises ses accusateurs et ses défenseurs4, est pour le peuple un carnassier redoutable ; dans la Marne on prétend qu'il mange les petits enfants dans leur berceau ; en Haute-Bretagne qu'il dévore les canards ; dans le Vivarais, les poules !\ D'autres espèces sont tout aussi malfaisantes. On disait autrefois en Alsace que les chauves-souris mangeaient le lard des porcs sur le dos de ces animaux vivants ; dans le pays de Liège, on les accuse de sucer le sang des personnes endormies. La morsure de la musaraigne est particulièrement dangereuse : celle qu'elle a faite au pied du cheval passe en Wallonie pour incurable ; en Eure-et-Loir, elle est la cause d'un certain endurcissement du pis des vaches6 ; au XVIIIe siècle, on croyait en Bretagne que la morsure de la belette était venimeuse et qu'elle faisait périr le bétail7.

On attribue à la chauve-souris, peut-être en raison de son apparence fantastique, une foule de nuisances. On disait au XVIe siècle que son urine pouvait rendre aveugle, et ce préjugé a été relevé en Lauraguais b ; elle a surtout une fâcheuse influence sur les cheveux : à Valenciennes elle peut amener leur chute en les mouillant, et Ton dit en proverbe

1. Laisnel de la Salle. Croyances du Centre, t. II, p. 129. J. Paul Sébillot, Trad. de la H au Le- Bretagne, t. II, p. 108.

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