LE MARIAGE DES OISEAUX
la cour à une femelle, ils se rassemblent au nombre de sept ou huit ; elle passe devant eux, puis s'envole en criant : « Qui m'attrapera, m'aura ! » Aussitôt tous les galants prennent leur volée ; celui qui tient la tète dit : « De rang en rang ! » l'oiseau qui vient après : « Les plus délibérés vont devant. » La femelle se rend à celui qui parvient à la rejoindre. En Poitou la scène est différente ; le geai qui veut se marier passe devant et répète : « Tous ces bois sont à moi ! » La demoiselle suit en répétant : « Tu es riche ! » et le beau-père qui vient le dernier dit : « I'n'sais ! J »
Au XVIe siècle, il y avait desjcombats entre les mâles des perdrix, et l'on disait que la femelle était tant féconde qu'elle concevait à la voix seule, au vol ou haleine du mâle. Le héron était alors regardé comme
très lascif :
II est si très luxurieux Et plein d'affection charnelle Que quand il couvre sa femelle Le sang luy distille des yeux
Cette superstition paraît inconnue maintenant, aussi bien que le trait qui figure dans cette comparaison du XIVe siècle : 11 ressemble au rossignol, car quand le rossignol a jouy de ses amours, il subie 2.
D'après les paysans, l'union des oiseaux coïncide avec des fêtes chrétiennes qui varient suivant les régions; dans l'Yonne, elle se fai1 à la Chandeleur, en Basse-Normandie, à la Sainte Agathe [5 février) en Ille-et-Vilaine, dans l'Albret, dans la Beauce, etc., à la Saint-Joseph (19 Mars). En Poitou, les pies se courtisent en carême et se marient à Pâques ; quand on en voit beaucoup réunies au printemps dans un pré, on dit aux enfants qu'elles se font la cour, ou que c'est une noce ; en Basse-Bretagne, elles cherchent à s'apparier le 24 février, jour Saint-Mathias 3. La construction des nids a lieu à des époques à peu près fixes : les gens de campagne rattachent celui des pies à des dates du calendrier ecclésiastique ; dans les Bouches-du-Bhône, elles le commencent à la Saint-Valentin ; dans le Maine, le Mercredi des Cendres; en Normandie, à la Mi-Carême ; en Basse- Bretagne, le Vendredi saint ; dans l'Albret, la pie et le geai le font en mai4.
1. Paul Sébillot. Trad., t. II, p. 177-178 ; Léon Pineau. Le F. L. du Poitou, p. 518.
2. Maison rustique, 1597, 1. I, ch. 21 ; Aneau. La Description philosophale des oiseaux, p. 42 ; Le Livre du chevalier de La Tour Landry, p. 224.