‹ Le folk-lore de France (volume 4)Chapitre 169 sur 491 · CONJURATIONS · texte numérisé non relu

CONJURATIONS

les chats, etc. Ils savent aussi contrefaire les bruits de divers métiers comme celui du tisserand :

Trie trac de olu (bis) ou des scieurs de long :

Hire o zigue !

ou parlent comme les charretiers ou les conducteurs de charrue1. Des surnoms tels que : limeur de scies appliqué à la mésange charbonnière, indiquent l'assimilation de leur chant à des occupations humaines2.

Les enfants et parfois aussi les grandes personnes adressent aux

oiseaux, pour les éloigner, plusieurs conjurations, parfois assez

bruyantes. Lorsque les petits garçons Normands voient les corneilles

s'abattre dans un champ pour manger l'avoine naissante, ils se mettent

à chanter à plein gosier :

Cônille, cônille emmantelée,

Ta mère est brûlée,

Ton père est pendu, etc.

Aux environs de Brest ils crient :

Corbeau, corbeau, Le feu est dans ta maison.

Dans le Genevois, ils saluent les corbeaux et les corneilles par

diverses formulettes :

Corbeau, corbeau, sauve-toi.

Voici le petit fils du roi Qui te coupera le p'tit doigt !

Aux environs de Lorient, ils disent :

Corbi, corbasse, La mort t'eimbrasse,

Car dein ton nid, Tè petits son péris ! 3

En Languedoc, on récite aussi une formule de malédiction, dont

voici le commencement :

Corb, Corb, Vai t'en a la mar, etc.

Corbeau, corbeau, va-t-en à la mer. Les pêcheurs de la Haute-Bretagne adressent aux goélands pour les chasser ces rimes menaçantes :

Goéland, Va-t'-en aux bruments (hannetons), Si tu n'y vas pas, Je te couperai ton sang1.

Plusieurs observances ont pour but de chasser les oiseaux de proie

11. Paul Sébillot. Trad., t. II, p. 179-180. 2. Arthur Daguin. Faune pop. de la Haute-Marne, p. 17. 3. J. Lecœur. Esquisses du Bocage, t. I, p. 253; E. Rolland, 1. c. p. 113; Blavignac. VEmpro genevois, p. 153.

4. Revue des langues romanes, 1873, p. 576 ; Paul Sébillot, 1. c, p. 181.

ou de les empêcher de nuire à ceux de la basse-cour : Dans les Vosges, on donne de la viande à la volaille, le jour du vendredi saint pour la préserver de la buse ; dans les Alpes vaudoises on fait manger aux poules du pain de communion pour que le « bon oiseau » ne les prenne pas'. Au XVIIIe siècle on éloignait le petit milan (hobe) des poulets en criant : Hobe ! hobe ! et en frappant des mains. Dans le pays messin, pour empêcher les buses et les milans de manger les poulets, on leur adresse cette conjuration : Halér ! halér ! fa treûs fouos lo to de le môhon, t'éré lo pu bê de mes ôssons. Buse, buse, fais trois fois le tour de la maison, tu auras le plus beau de mes oisons. Dans le Loiret, pour écarter l'émouchet, on plante dans la basse-cour une perche surmontée d'une faucille ; en Wallonie les fermiers clouent à leur porte un épervier, comme pour montrer à ses pareils que l'homme peut les tuer2.

Dans le Centre les enfants crient aux grues qui passent dans les airs : « Tribouillez-vous ! Tribouillez-vous ! » ou « En rang, en rang, les belles ! » Ils prétendent que le premier cri suffit pour porter la confusion dans les lignes de leur triangle, et que le second, au contraire, les remet en ordre lorsqu'elles ont rompu leurs rangs 3 ; les enfants girondins disent aux grues qui volent :

Rolez, rolez (roulez) Mesdames les grues, Vot' maison qu'est abattue, Vos petits qui sont dedans Y criant tant qui pouvant :

Rolez, Rolez.

A Malmédy (Prusse Wallonne), les enfants crient :

A le grow !

Le dwet son'sèrèy ;

Le dkle son yèrdot.

Ah ! les grues ! Les portes sont fermées, les clés sont perdues4.

En Nivernais, en Haute-Bretagne, ils [s'efforcent de faire taire le

coucou en lui disant :

Coucou, coucou, De la miche en mon cou De la m.. . en l'teinne.

Coucou, coucou, Chante, le diabl' te cass' le cou !

Va t'en aller, coucou, Ou gare ma faux : je te coupe le cou 5 !

1. L.-F. Sauvé. Le F.-L. des Hautes-Vosges, p. 113 ; A. Ceresole. Légendes des Alpes vaudoises, p. 334.

2. E. Rolland. Faune pop., t. II, p. 15-16; p. 96; Alfred Harou, in Rev. des Trad. pop., t. XVIII, p. 397.

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