Fr. Daleau. Trad. de la Gironde, p
Cette année, à Paris, deux pierrots que ma fille avait recueillis d'un nid d'où ils étaient tombés, et mis dans une cage, ont été jusqu'à un certain moment nourris par un moineau adulte qui venait, sans être etlarouché, leur apporter de la nourriture; quand ils furent à peu près élevés, ce même moineau vint leur mettre dans le bec une sorte de graine, et peu d'instants après, les deux petits tombèrent comme foudroyés.
5. A. Meyrac. Trad. des Ardennes, p. 186 ; Paul Sébillot. Trad., t. II, p. 201 ; E. Rolland. Faune pop., t. II, p. 249.
192 Les oiseaux sauvages
regardant sous leur soulier, un cheveu qui est delà couleur de ceux de la femme qu'ils épouseront ; en Poitou, si l'on y voit un poil on aura de la chance toute Tannée. En Wallonie, la jeune fille près de laquelle une hirondelle passe en rasant l'eau se mariera avant l'âge de dix-neuf ans. Les petits enfants de la Haute-Bretagne font attention aux pies qu'ils rencontrent en allant à l'école ; si elles présentent leur partie blanche, ils pensent qu'ils arriveront à l'heure ; si c'est la noire, qu'ils seront en retard ; une femme qui se croyait trahie par son mari était persuadée que si l'un de ces oiseaux lui montrait le côté noir de son plumage, elle était menacée d'une infidélité '.
La liste des oiseaux dont la vue constitue un pronostic fâcheux est beaucoup plus longue. La rencontre d'une pie est souvent défavorable : en Lorraine, dans la Montagne Noire, en Normandie, en Haute-Bretagne elle annonce un accident prochain à celui qui entreprend un voyage ; en Basse-Bretagne le bazvalan se gardait bien de continuer sa route, certain que la demande en mariage qu'il allait faire serait rejelée. Dans la Beauce, une seule pie présage un malheur, deux un bonheur, trois un mariage, quatre un baptême. En Anjou, on dit en proverbe : Une pie, tant pis; deux pies tant mieux; et l'on regarde comme de bon augure d'en voir deux s'envoler du même côté 2. Les pêcheurs de Guernesey sont persuadés que s'ils voient un cormoran avant d'apercevoir une mouette, ils ne prendront pas de poisson de la journée ; ceux de Haute-Bretagne que s'ils en voient un sur les rochers leur marée est manquée; s'ils entendent en partant le matin chanter le coucou avant qu'ils n'aient déjeuné, ils se croient voués à la mauvaise chance. Quand les mouettes crient « Caré ! caré ! » on peut caretter (replier) les lignes, on ne prendra pas grand'chose 3.
La position de l'oiseau relativement à celui qui l'aperçoit influe sur la nature du présage ; au XVIIe siècle, il arrivait malheur à celui qui trouvait en chemin, à sa gauche un certain nombre de pies ou d'autres oiseaux ; dans les Ardennes, les pies qui volent de droite à gauche sont un mauvais signe pour celui qui part en voyage, alors qu'en Haute- Bretagne c'est tout le contraire ; en Vendée la pie qui traverse de gauche à droite le chemin de la noce porte malheur à la mariée4. Au
t. Rolland, t. II, p. 322; B. Souche. Croyances, p. 7 ; 0. Colson, in Wallonia, t. III, p. 64; Paul Sébillot. Trad., t. II, p. 201-202.
2. Richard. Trad. de Lorraine, p. 242; A. de Che?nel. Usages de la Montagne noire, p. 370 ; A. Bosquet. La Normandie, 219; Paul Sébillot, t. II, p. 201; Edgar Mac Culloch. Guernsey Folk-Lore, p. 504 ; Cambry. \oy. dans le Finistère, p. 346; A. Bouet. Breiz-Izel, t. I, p. 94 ; Félix Chapiseau. Le F.-L. de la Beauce, t. I, p. 283-284 ; Corn, de M. C. Fraysse.
3. Edgar Mac Culloch. Guernsey Folk-Lore, p. 506; Paul Sébillot. Trad. t. Il, p. 169, 172, 194.
4. J.-B. Thiers. Traité des Sup. t. I, p. 209; A. Meyrac. Trad. des Ardennes, p. 183 ; Paul Sébillot, 1. c, p. 201 ; Léo Desaivre. Et. de Mythologie locale, p. 12.
moyen âge l'oiseau volant à gauche était parfois regardé avec crainte :
La rien qui plus le desconforte,
Ce fu quant il vint à la porte.
Entre un frenne et un sapin
A veù l'oisel Saint Martin,
Asez huca « a destre a destre ! »
Mes li oisiauls vint a senestre.
Or vos di que ce fu la chosse
Qui plus l'estnaie et plus le donte ;
Son cœur dit que il aura honte
En grant ennui et grant vergoigne1.
Les oiseaux en nombre impair sont en général funestes : Dans la Beauce, voir deux pies ou deux corneilles, c'est du bonheur ; n'en voir qu'une seule, c'est de la malechance. Dans les Vosges, la rencontre de trois corbeaux, le vendredi, présage un malheur dans la famille. Dans le Morbihan, il passera bientôt un enterrement sur la route où trois pies sautillent2.
On n'a pas relevé à l'époque contemporaine la tradition, rapportée sans détail par Cambry, d'après laquelle aux environs de Quimper deux corbeaux présidaient à chaque maison, et prédisaient la vie ou la mort ; mais on croit encore en Basse-Bretagne que ces oiseaux sont des annonceurs de trépas pour le logis sur lequel ils planent, comme la fresaiequi, en Haute-Bretagne, signifie que quelqu'un y mourra le jour ou le lendemain. En Lorraine, la pie qui vole au-dessus d'une maison ou celles qui en nombre tournent autour sont d'un funeste augure ; quelqu'un doit mourir dans l'année, suivant les montagnards du Tarn, dans celle au-dessus de laquelle elles tournoient ; en Basse-Bretagne l'oiseau de la mort voltige autour du logis et frappe à la vitre quand vient la mort; à Malmédy, dans la Prusse wallonne, la pie devant la fenêtre porte malheur 3. Dans la Charente-Inférieure, la fresaie qui vient auprès du logis d'un malade présage sa fin. En Haute-Bretagne, quelqu'un mourra dans le voisinage de l'habitation autour de laquelle picotent les corbeaux, qui, dit-on, sentent la mort4. Au XVIIIe siècle, la fresaie qui se posait sur une maison en criant chiou, annonçait le trépas ; cette croyance existait en Limousin vers 1817. En Basse- Bretagne le corbeau en se perchant sur le toit pronostique un décès. Dans les Ardennes, la chouette indique la mort, dans l'année, d'une personne de la maison, ou tout au moins un grand malheur. Dans la