‹ Le folk-lore de France (volume 4)Chapitre 181 sur 491 · PRÉSAGES TIRÉS DU CHANT · texte numérisé non relu

PRÉSAGES TIRÉS DU CHANT

la maison ou dans la grange n'y suspendent plus leur nid. Dans la Gironde on croit voir un présage d'épidémie dans leur disparition avant l'époque ordinaire de leur départ. En Hainaut, on n'aperçoit, en temps de contagion, aucune hirondelle, ni aucun oiseau chanteur; ils quittent le pays quelque temps avant qu'elle se' déclare et n'y reviennent que lorsqu'elle est passée '.

Le peuple tire aussi des interprétations augurales du chant des oiseaux ; quelques-uns jouissent d'un mauvais renom exceptionnel. On disait au XVe siècle : Lors que perchevez les corbeaulz en grant nombre eulz assembler eu lieu non accoustumé, crians haultement et menant grant friente, c'est tout signe d'aucune grande et prochaine adversité advenir. Dans la Montagne Noire si, en sortant de bonne heure le matin, on entend le croassement des corbeaux ou des pies, un des actes de la journée sera malheureux. En Lorraine quand ces chants coïncident avec le son d'une cloche annonçant un décès, il y aura prochainement une mort violente. La pie qui, suivant une croyance de la Franche-Comté, a dans la tète un os du diable, ne peut annoncer que des malheurs. Dans la Gironde, ses cris entendus dans le voisinage d'un logis présagent des choses fâcheuses à ses habitants. On disait au XVe siècle : Quant agaches ou pyez gargonnent dessus une maison, c'est signe de très mauvaises nouvelles. Dans lesArdennes le cri de l'orfraie ou du hibou au dessus d'une maison annonce la mort, comme celui de la fresaie en Normandie, en Saintonge et en bien d'autres pays ; dans la Vallée d'Aoste, le cri de la chouette près des habitations prédit le décès de quelqu'un du pays2.

Au moyen âge les chats-huants avaient la réputation d'être « annonceurs de mauvaise aventure » comme à l'époque où Ronsard les qualifiait ainsi, et comme on l'a constaté bien des fois de nos jours :

. . .Moult i brait et se démente

Li chahuan o sa grant hure;

Prophètes de maie aventure,

Hideus messagier de dolor.

Le cahuant chante et murmure

Ses chans de mort3.

Le chant des oiseaux fatidiques est surtout redouté quand il se fait

1. Les Evangiles des Quenouilles, App. B. II, 20 ; Grivel. Chroniques du Livradois p. 51 ; C. de Mensignac. Sup. de la Gironde, p. 114 ; Alfred Harou, in Rev des Trad. pop., t. XVIII, p. 269.

2. Les Evangiles des Quenouilles. Appendice, B. III, 21 ; A. de Chesnel, 1 c p <"1 ; E. Auncoste de Lazarque( in Rev. des Trad., t. X. p. 278 ; E. Roussey. Glossaire de Bournois, p. 107 ; C. de Mensigoac. Sup. de la Gironde, p. 113 ; Les Evan- 9^esdeS Quenouûies^ H 7; A Meyrac Trad des Ardennes^ p# 183 . E Rollandi P- 47-8 ; J.-J. Christillin. Dans la Vallaise, p. 280.

3. Roman de la Rose, t. I, p. 199, éd. Francisque Michel ; Eustache Deschamps Ubuvres. éd. Ane. text. t. II, p. 191. ï

196 tES OISEAUX SAUVAGES

entendre dans le voisinage d'un malade. On disait au XVe siècle : Quant un corbauld vient crier dessus la cheminée ou la maison où le pacient gist, c'est grant signe qu'il morade ceste maladie. Lorsque la fresaie a chanté autour du logis d'un malade, les paysans normands considèrent sa guérison comme impossible. Dans un grand nombre de pays de France, comme aussi dans la Suisse romande, celles qui chantent sur la maison pronostiquent le décès prochain d'un de ses habitants ; dans les Landes, et en Béarn, pour détourner le présage, on se hâtait de jeter du sel dans le feu1. La superstition qui suit n'a été relevée qu'à Gerbamont, dans les Vosges: quand un coucou chante plus près d'un logis qu'à l'ordinaire, quelqu'un y mourra bientôt2.

On tire la môme conclusion de la pie qui s'obstine à jacasser près de la fenêtre ; dans la Gironde, si la chouette y vient crier, c'est signe de mort ; en Haute-Bretagne, elle répète au-dessus de la cheminée : Coudre ! coudre ! indiquant ainsi que l'homme sera cousu dans son linceul. Dans la Manche, le chat-huant vient frapper le soir à la fenêtre de la maison où il y a un malade ; en Basse-Bretagne, on dit qu'alors il chante : Sin, sin, sin, sin. An Ankou : hou, hou, hou! Digered d'an An/cou, hou, hou ! Le signe, le signe de la Mort ; ouvrez à la Mort. Une des plus anciennes interprétations onomatopiques du chant des oiseaux qui aient été relevées est celle du cri du corbeau : Cras ! crasf Demain ! que les écrivains mystiques du XIV5 siècle appliquaient au pécheur qui, pour faire pénitence, attend toujours le lendemain 3. En Haute-Bretagne, les corneilles qui sont dans le voisinage d'un malade chantent : J't'areu, j't'areu ! (je t'aurai), j't'attends !

Au XVe siècle, contrairement à la superstition actuelle, le chant de la pie était en cette circonstance de bon augure : quant une agache vient gargonner c'est bon signe et le pacien garira4.

D'autres chants présagent des disgrâces d'un autre ordre : dans la Gironde un pinson qui chante avec acharnement près de quelqu'un occupé à travailler loin de chez lui indique un malheur à la maison. En Poitou quand il vient jeter près du laboureur son cri plaintif, quelque accident ne lardera pas à lui arriver ; dans la Charente l'augure est aussi mauvais. En Basse-Bretagne, le paysan marié qui entendait plusieurs pies babiller autour de sa demeure en concluait que

1. Les Evangiles des Quenouilles, III, 5 : L. Du Bois. Recherches surla Normandie1 p. 342 ; A. Ceresole. Lég. des Alpes vaudoises, p. 331 ; C. de Mensignac. Sup. de la Gironde, p. 113 ; Pluquet. Contes de Bayeux, p. 39 ; Ladoucette. Mélanges, p. 420 (Brie); Ceresole, 1. c, p. 331 ; Métivier. De l'agriculture des Landes, p. 433; Daniel Bourchenin, io Rev. des Trad. pop., t. VI, p. 733.

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