OISEAUX AVERTISSEURS
n'avoir pas mal aux reins pendant la moisson, se rouler sur le sol, ou se bousculer sur une taupinière fraîche ; on Basse-Bretagne, frotter sur la terre la partie malade l. Dans l'Albret, quand on voit la première hirondelle, on doit se laisser tomber d'échiné pour n'avoir ni la sciatique ni le mal de dents 2.
Au XVIIe siècle lorsqu'on entendait le coucou pour la première fois, on cernait la terre qui était sous le pied droit, et on la répandait dans la maison afin d'en chasser les puces. Dans la Gironde, si dans la même occurrence, Ton prend une poignée de terre et qu'on la jette sous son lit, on est certain de ne pas avoir de toute l'année la visite de ces insectes3. Les enfants wallons font un signe de croix, puis un cumulet, et se croient alors certains de faire une trouvaille agréable, ordinairement, un petit couteau ; ceux du Nivernais font la culbute, cul par dessus tête, pour trouver des nids4.
Certains oiseaux jouent à l'égard des hommes le rôle d'avertisseur qui est attribué à la pie par un vieil écrivain agricole : El combien que elle soit assez tricheresse, toutesfois principalement quand elle brait et agache et crie souvent et seulement et se tient près des hayes et buissons en démenant sa noise, ce signifie qu'il y a loup ou regnart ou aulcune maie beste, assez près 5.
En Poitou, la pie est l'amie des chasseurs et des bergers : un lièvre se relaisse-t-il, elle se perche près de lui et prévient le chasseur par ses croassements ; elle rend le même service aux gardeurs de moutons en leur signalant l'apparition du loup dans la campagne ; quand on entend le vacarme de plusieurs pies réunies, il y a auprès de l'arbre où elles sont un chien enragé ou un lièvre. Le corbeau avertit les bergères que le loup vient pour manger les ouailles en criant : Gare ! gare ! la pie au contraire dit : « Pique bûret, i en mangerai ma part6. »
En Basse-Bretagne, les pies qui se rassemblent plus nombreuses et plus bruyantes que de coutume prédisent quelque tourmente révolutionnaire, quelque guerre longue et sanglante. Celui qui les entend se fait un devoir d'interrompre cette réunion, et par ses cris, à coups de pierre, il les force à s'éloigner. Dans l'Àlbret, celles qui crient au
i. F. Daleau. Trad. de la Gironde, p. 40 ; L.-F. Sauvé. Le F.-L. des Haules- Vosges, p. 24 ; Meyrac. Trad. des Ardennes, p. 181 ; C. Moiset. Usages de l'Yonne, p. H8; L.-F. Sauvé, in Mélusine, t. III, col. 258.