CHAPITRE IV
Suivant les croyances dualistes de Bretagne qui attribuent au diable, mais toujours avec un caractère d'infériorité, l'imitation des œuvres de Dieu, celui-ci a fait la poule et le pigeon, qui ont comme contre-partie le corbeau et la pie, créés par le diable. C'est aussi ce dernier qui a fait l'oie, pour rivaliser avec Dieu, qui venait de créer le cygne '. Cette courte et sèche énumération contient tout ce qui a été recueilli jusqu'ici en France à propos de l'origine et des particularités des oiseaux domestiques. Le contraste est frappant entre eux et les oiseaux sauvages, auxquels s'attachent de si nombreuses et si intéressantes légendes, et il ya lieu de s'étonner dene rencontrer aucune explication populaire du casque rouge du coq, de son beau plumage, des yeux de la queue du paon, et de mainte autre circonstance des hôtes de la basse-cour. Il y a quelques années j'essayai de savoir si vraiment on ne racontait rien : ni mon enquête personnelle, ni celles qui ont été ouvertes dans la Revue des Traditions populaires, n'ont révélé un seul fait nouveau ; plusieurs des éminents traditionnistes auxquels je me suis adressé m'ont répondu que, surpris comme moi de cette sorte de « carence » ils avaient fait dans leur région des recherches dont le résultat fut toujours négatif.
Les amours des oiseaux de basse-cour tiennent aussi une assez petite place dans le folk-lore. Si l'on songe que le coq est souvent considéré comme un galant, et même comme un paillai d, et qu'il figure avec cette attribution dans les'comparaisons et dans les proverbes, on a presque lieu d'en être surpris. Au XVe siècle, on employait une recette pour rendre leur vigueur à ceux qui semblaient l'avoir perdue: Quant une femme a son coq lent et niche, elle lui doit faire mengier des aux et lui en oindre la creste, affin qu'il en deviengne plus fort et plus vigoureux, et aussi il en gardera mieulx ses drois envers ses