‹ Le folk-lore de France (volume 4)Chapitre 213 sur 491 · CONSULTATIONS PAR LÉS ŒUFS · texte numérisé non relu

CONSULTATIONS PAR LÉS ŒUFS

sur un verre d'eau, l'y laissent tomber doucement, et placent le verre sur la fenêtre. Le lendemain elles verront par les figures que le blanc forme dans l'eau le métier de leur futur mari ; à Guernesey cette pratique se fait à Noël ou à la Saint-Jean *. Aux environs de Lorient la jeune fille met un blanc d'œuf dans un verre d'eau et elle l'expose au soleil toute la journée ; le soir, elle regarde la figure qu'il a formée ; si par exemple elle a l'aspect d'un navire, elle épousera un marin ; la même superstition a été relevée àQuimper. Les jeunes filles girondines qui veulent voir en songe leurs futurs époux, ou leurs amoureux, placent dans le saloir pendant trois jours le jaune durci d'un œuf de poule, puis elles le mangent en se couchant, et elles voient en rêve celui qu'elles doivent aimer ou épouser venir leur offrir un verre d'eau 2. En Poitou les personnes désireuses de savoir combien d'années les séparent du mariage renversent dans un coquetier la coquille de l'œuf qu'elles ont mangé et essayent d'y faire pénétrer la pointe d'un couteau en frappant à grands coups : autant d'essais, autant d'années à attendre. Sur la côte de Saint-Malo, pour connaître l'avenir ou le passé lointain et ignoré, on pétrit un blanc d'œuf de façon à bien diviser sa masse gélatineuse, puis on le verse dans un verre d'eau froide, où il passe la nuit; le lendemain apparaissent des cristallisations dont les formes variées permettent de suivre des conjectures plus ou moins probables. On raconte que la femme d'un capitaine au long-cours vit un matin que ce blanc avait pris l'aspect d'un navire avec sa coque, ses mâts et ses vergues ; à l'une de celles-ci se balançait le corps d'un pendu ; quelque temps après on sut que le capitaine, très dur envers ses hommes, avait effectivement été pendu par eux 3.

On fait aussi intervenir les œufs dans des opérations magiques : en Wallonie certains croient que si, après avoir mis dans le fumier un œuf dans lequel on a introduit quelques poils de l'anus d'un cheval, on se rend, le treizième jour, à l'endroit où il est, en criant : « Vienstu, ou ne viens-tu pas? » un petit diablotin arrive, et après avoir fait signer un pacte, se place dans une petite boîte dont il faut toujours être porteur. Dans le Mentonnais pour nuire à son ennemi, on met quelques-uns de ses cheveux dans un œuf ; quand celui-ci pourrira, il tombera malade *. Dans l'Autunois, il faut se garder de toucher aux œufs que l'on trouve dans les champs ; ils ont été déposés par le diable

1. C. de Mensignac. Sup. de la Gironde, p. 18 ; Edgar Mac Gulloch. Guernsey Folk-Lore, p. 410.

2. E. Rolland. Faune pop., t. VI, p. 99 ; H. Le Garguet, in Rev. des Trad. pop., t. XX, p. 197 ; G. de Mensignac, 1. c. p. 18-19.

3. L. Desaivre. Croyances, etc. p. 25 ; Jh. M. des Noyers, in Rev. de Bretagne, 1905, p. 308.

4. Joseph Lesuisse, in W'allonia, t. II, p. 155 ; J.-B. Andrews, in Rev. des Trad. pop. t. IX, p. 256.

ou par un sorcier qui veut jeter un sort. D'autres croient qu'on doit les casser pour détourner le maléfice que le sorcier a jeté sur une personne malade '.

Ceux qui veulent se débarrasser d'une maladie en la transmettant à une personne ou à un objet emploient fréquemment des œufs comme intermédiaires : dans les Côtes-du-Nord, en cas de fièvre on en casse un par le bout, et on le porte dans une fourmilière ; à mesure que les fourmis le mangent, le mal disparaît ; en Poitou, celui qui y place, en récitant à genoux un Pater et un Ave, un œuf fraîchement pondu, ne doit être aperçu d'âme qui vive. Une superstition du XVIIe siècle consistait à faire durcir un œuf, le peler, le piquer de divers coups d'aiguille et le tremper dans l'urine d'une personne qui a la fièvre, puis le donner à .., ; en Normandie, on porte à un carrefour l'œuf cuit dans l'urine d'un fiévreux ; celui qui le ramasse prend la maladie; en Périgord, il suffit que l'œuf ait été déposé au croisement de quatre chemins2. En Wallonie, l'œuf est employé pour exciter l'amour; à Herstal, la jeune fille qui a pu se procurer trois ou sept cheveux de son amoureux les introduit dans un œuf qu'elle enterre sur une éminence : au fur et à mesure que le tout pourrira le jeune homme s'enflammera; quand il ne restera plus rien, il deviendra amoureux enragé 3.

En Franche-Comté, on appelle lune la partie vide qui se remarque sur un œuf cuit dur : ce vide est dû à ce que la Vierge a d'abord pris sa part de l'œuf; en Haute-Bretagne, elle l'a enlevée pour le petit Jésus ; dans le pays messin, on dit : C'est le bon Dieu qui a mordu dedans, c'est la part du bon Dieu ; dans la Suisse romande, l'œuf qui a une lune au côté est bon, celui qui l'a au bout ne vaut rien4.

En Corse on a coutume de porter les œufs qui présentent des signes anormaux chez certaines femmes qui savent les interpréter, et qui, d'après leur inspection, prédisent ce qui doit arriver 5.

Dans la Côte-d'Or quand à un dîner il se trouve un œuf gâté parmi ceux que l'on sert à son hôte, c'est un mauvais présage6.

Aux environs de Dinan, les ménagères pour mieux vendre leurs œufs, les trempent dans du lait ribot (petit lait) avant d'aller au marché \

i. Mme. J. Lambert, in Rev. des Tracl., t. XI, p. 480.

2. Paul Sébillot. Trad. t. II, p. 137 ; E. Rolland. Faune pop., t. VI, p. 93 ; J.-B. Thiers. Traité des Sup., t. I, p. 387, il y a une ligne de points dans les deux éditions ;J. Lecœur. Esquisses du Bocage, t. II, p. 102; P. Bouscaillou, in Rev. des Trad. pop., t. IX, p. 230.

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