‹ Le folk-lore de France (volume 4)Chapitre 247 sur 491 · REMÈDES CONTRE LE VENIN · texte numérisé non relu

REMÈDES CONTRE LE VENIN

tosse ! que le serpent te tette ! » aussitôt un serpent se jeta sur la femme qui venait d'être maudite et s'attacha à son sein '. Dans le Mentonnais, si on laissait un enfant seul, un serpent pourrait venir lui sucer le lait par la bouche en frappant sa poitrine avec sa queue 2. C'est sur la passion des reptiles pour le lait qu'est fondée celte superstition de la Haute-Bretagne : quand on a blessé une vipère et qu'elle n'est pas morte, il faut mettre du lait devant elle: elle siffle toutes les autres vipères accourent pour le boire et on les tue facilement 3.

On rencontre en Bretagne le parallèle d'une superstition qui s'attache aux chiens enragés (cf. t. III, p. 245) : en IUe-et- Vilaine, la vipère qui a mordu va boire ; si le blessé peut boire avant elle, il est sauvé ; dans le Finistère, elle meurt si elle n'a pu le devancer; si elle l'a prévenu, c'est lui qui succombe*. Suivant une formulette franc-comtoise, on guérit la morsure de l'orvet en enlevant la plaie avec un rasoir, celle du serpent en l'entourant avec un ruban, et il n'y a qu'à descendre au cimetière quand on a été mordu par une vipère. Plusieurs dictons indiquent le degré de nocuité des divers reptiles. Celui qui suit est usité dans le Loiret :

Aspi — met au lit Couleuve — donne la fleuve, Vipère — met en bière Anveau — couche au tombeau 5.

Joubert signale cette erreur populaire : comment toute beste venimeuse porte son contrevenin, et si la beste est morte, est mort le venin. La croyance au dicton : Morte la bête, mort le venin, existe encore en plusieurs pays : en Haute-Bretagne si on peut écraser la lète de la vipère qui a mordu et la mettre sur la plaie, on est bientôt guéri ; dans la Creuse l'application de la tète coupée produit le même résultat ; en Poitou, c'est le foie ; en Basse-Bretagne, le sang. Dans un conte breton, un seigneur ayant été mordu par une vipère, un enchanteur se met à siffler, et de tous côtés sortent des reptiles de toutes sortes qui viennent lécher la blessure ; mais la guérison ne se fait que lorsque celle qui avait fait la morsure vient à son tour lécher la plaie G.

En Lorraine, celui qui a été mordu par une salamandre doit faire aidant de pèlerinages que ce reptile a de petits points noirs sur le dos ;

1. E. Rolland, t. III, p. 79; D1' Pommerol, in/ieu., t. XII, p. 550; Paul Sébillot Trad., t. 11. p. 238-236, 244; Cli. Thuriet. Trad. du Doubs, p. 286.

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