CONJURATIONS
des serpents au moyen de conjurations : en Anjou, le guérisseur fait sur la morsure une croix de la main gauche, récite une prière à saint Amable et prononce gravement les paroles du psaume : Super aspidem et basiliscum ambulafns, etc. On dit en Poitou : « Vipère ou serpent ou aspic, je te touche pour le venin, morte ou en vie, au nom du Père, du Fils et du Saint Esprit, je te croise et t'arrête, que le bon Dieu nous fasse la grâce d'arrêter le venin de la vipère ou serpent ou aspic, morte ou en vie, je te promets que sous vingt-quatre heures ton venin sera arrêté1. » Dans la Bresse, lorsqu'on est rnordu par une vipère, on récite cette formule :
Saint Simon s'en va : à la chasse, A chassé trois jours et trois nuits, N'a trouvé qu'une mauvaise couleuvre Qui l'a mordu lui et ses chiens.
Simon fit un cri,
Dieu l'entendit.
— Simon,
Qu'as-tu donc ?
— Seigneur, v'ià trois jours et trois nuits que je chasse, J'uai trouvé qu'une mauvaise couleuvre
Qui m'a mordu, moi et mes chiens.
— Simon, prends de la graisse de porc Et tu t'en graisseras neuf fois,
Et tu prendras neuf feuilles de ronce Avec lesquelles tu t'essuieras.
Il faut dire à chaque fois un Pater et un Ave en l'honneur de saint Simon ; une variante, un peu plus longue, de cette sorte de prière est usitée en Bourbonnais2.
En Ille-et-Vilaine, pour guérir les vaches empoisonnées par les reptiles, on leur fait une croix jusqu'au sang avec une épingle jaune, sur le nez, sur les deux oreilles et sur le devant de la tête à l'endroit où il n'y a point de poil, puis on leur frotte la croupe avec du beurre et on leur fait avaler une poignée de sel mélangé avec du beurre et enveloppé dans une feuille de chou 3.
Les paysans qui attribuent aux reptiles tant d'actes de malfaisances, connaissent des moyens de les rendre inoffensifs ou de lesdétruire ; on en a déjà vu plusieurs. Ils savent aussi des conjurations qui les mettent en fuite. Au XVIe siècle, quelques-uns faisaient profession de prendre des serpents à la main sans crainte, disant ces mots : Damoiselle, Noël fut le Samedy, sans dire néanmoins le vray jour auquel escheut Noël dernier passé. Une formule apparentée est encore en usage dans le
1. E. Rolland, t. III, p. 29-30; Daniel' Bourchenin, in'Rev. des Trad. pop., t. VI, p. 570.
2. Gabriel Vicaire. Eludes sur la poésie populaire, p. 159 ; Francis Pérot, in Rev. des Trad. pop., t. XVIII, p. 299-300.