LES CR^PA^DS. JUSTICIERS
serait guérie si on portait devant du lait bouilli que le reptile s'empresserait de venir boire '. En Uaute-Bretagne, un crapau4 caché sous l'oreiller d'une princesse la fait souffrir ; il faudrait que quatre hommes le prennent avec une pince de forge et le jettent dans un brasier ; dans un conte basque la fille du roi de France ne peut non plus être guérie que si on bride un crapaud qui s'est tapi dans sa couche B, En Poitou, la fille d'un barou qe recouvre la santé que lorsqu'on a retiré |es quatre crapauds, qui se trouvent sous chaque pied de son lit ; eu Basse- Bretagne un prince dépérit parce qu'il y en a un sous le pied droit du sien. C'est aussi un crapaud caché sous un lit qui rend malades tous les habitants d'un château ; le héros répand auprès 4a saUg de coq, et la bète s'éloigne en sautillant3. Pans les Ardenpes un crapaud qui maléficie est sous la porte du château ; pour détruire le mal il faut Je faire cuire dans une marmite frottée avec de la peau de couleuvre4.
C'est peut-être parce que le crapaud symbolisait l'avarice, qu'il joue un rôle dans plusieurs récits qui racontent la punition d'enfants que ce vice a rendus dénaturés. L'un d'eux remonte au XIIIe siècle : lorsque le dominicain Etienne de Bourbon prêchait à Vézelay contre les Albigeois, plusieurs personnes lui assurèrent avoir vu un tmmme à la figure duquel était attaché un gros et horrible crapaud ; si Qn essayait de l'arracher, on faisait cruellement souffrir sa victime qui était punie de son ingratitude : un jour que cet homme avait sur sa table un chapon bien gras, son père frappa à sa porte, et pour ue pas lui donner à manger, le fils cacha le plat dans un coffre ; lorsque après le départ de son père, il ouvrit le coffre, il vit dans le plat cet horrible crapaud qui lui savita à la figure5. Les traits essentiels de cette anecdote sont encore populaires : en Franche-Comté un fils unique auquel son père a donné tous §es biens cache aussi une volaille pour ne pas la partager avec lui : lorsqu'on la sert après que le vieillard s'est éloigné, un crapaud énorrne était sur le ventre de la bète, et comme l'enfant ingrat essaie de Je chasser, il lui saule au visage, et s'y attache si fortement qu'on ne peut l'ôter \ en Basse-Bretagne, un fils qui a refusé de donner à manger à son père veut découper un canard rôti ; mais celui-ci se change, ep un crapaud qui lui saute à la face, et dont il n'est délivré que lorsque après un voyage à Borne, son père et sa mère lui ont pardonné G.
1. Johannès Plantadia, in Rev. des Trad. pop., t. XII, p. 540-541.
2. Paul Sébillot. Contes des Landes, p. 186 et suiv. ; J.-P. Cerquand. Légende», t. III, p. 50-51.
3. Léon Piueau. Contes du Poitou, p. 62; F.-M. Luzel. c, t. I, p. 104-107; Paul Sébillot, 1. c, p. 47.