‹ Le folk-lore de France (volume 4)Chapitre 276 sur 491 · INSECTES MALFAISANTS · texte numérisé non relu

INSECTES MALFAISANTS

staphylinx, appelé pique de vlin (dard de serpent] et qualifié d'infernal dansuneformulette des Côtes-du-Nord, fait crever les vachesqu'il pique1 Le contact de quelques insectes suffit pour provoquer de graves inconvénients: en Wallonie, celui qui est frappé au front par une libellule est certain de mourir ; dans les Côles-du-Nord, certaines araignées de grosse espèce peuvent donner un cancer en passant sur la figure d'une personne. Au moyen âge l'araignée rendait l'herbe malfaisante : La maladie que l'on dit l'irengnier est engendrée aux brebis au moys de septembre quand elles mengent l'herbe que l'on appelle muguet saulvage, sur laquelle herbe descend yraignes et vermines que moult les empire. On disait au XVIIe siècle :

Ces prélats imitent fort l'Araigne

Qui les plus douces fleurs qui sont à la campaume Convertit en venin -.

On attribue à un coléoptère et à sa larve une malfaisance particulièreainsi qu'on l'a vu p. 137, les hannetons et les vers blancs font enrager les chiens ; en Wallonie, si on donnait des hannetons à manger aux poules on trouverait de ces insectes dans leurs œufs3.

La croyance suivant laquelle des insectes s'introduisent dans l'oreille est ancienne :

Néis puces et orillies

S'eles s'ierent entortillies

E i dormant dedans 'or oreilles

Le* gréveroient à merveilles.

En Poitou, en Beauce, en Haute-Bretagne, etc., on dit que si le perce-oreille pénétrait dans la tête d'une personne, il la ferait mourir en mangeant sa cervelle pour sortir de l'autre côté ; dans la Côte-d'Or il occasionne d'affreuses migraines; il ne fait que crier, suivant une sorte de petit conte : une sorcière enlève deux petits, mais ne peut avoir la mère qui est cependant sur le point de crever et qui chante tristement. En Wallonie, où le scolopendre ou mille pieds est appelé Trawe orèie, on l'accuse aussi de s'introduire dans les oreilles Une croyance analogue semble s'être attachée à un insecte plus familier • une des nouvelles attribuée à Des Periers a pour titre : Du chevalier qui fit sortir les grillons de la tête de sa femme par saignée, et Nodier ajoute en note, les fantaisies d'amour4.

Hit' 2LRe4Cœpr" fïïïSf? dU B°Cnar/e normand> *■ J. P- 27* ; E- Rolland. Faune pop , t

loi pt xvii n 11 p° V :-t9. ?,; A"red Harou' ,u «"'■ de> T''ad- p°p-> t. xvra p

» i n ' £ °2 ;/aul *L"l[loL Noies™>- '« traditions, p. il ; Trad., t. 11 p 305 2. I. Defrecheux. Voc. de la Faune wallonne, p. 146: Paul Sébillot c d 28't '■

Cet insecte passait au moyen âge pour se complaire à sa musique : Sa nature est tele que li chestis s'entent tant à chanter qu'il se muert en chantant, tant en pert le mengier et tant s'en lait à pourchacier '.

Une comédie du XVIe siècle donne à un dicton une signification assez voisine de celle : avoir un hanneton, ou uue araignée dans le

plafond : .

Parlez tout doulx, car il tient de la lune, Et a la teste massive de grillons2.

Les paysans sont loin de partager la répugnance que les parasites de la tète inspirent aux civilisés. En Hainaut, tous les enfants ont des poches à poux à la base du crâne ; lorsque le peigne les crève, ils font irruption sur la tête de l'enfant ; dans cette région, comme en Picardie, et en d'autres pays, les poux sont un indice de santé ; on dit parfois qu'ils mangent le mauvais sang : aussi a-t-on soin de ne pas les détruire tous. En Hainaut ils abandonnent les filles dès que les premiers signes de puberté se manifestent. On assure à Gouesnou (Finistère) que certaines personnes doivent avoir des poux, et que si elles tuent ceux qu'elles ont, d'autres de ces insectes leur mangent le cœur3.

Lorsque les enfants ne veulent pas se laisser peigner on leur dit souvent que les poux entortilleront leurs cheveux pour en faire des cordes et les entraîner dans la rivière ou dans la mer, ou qu'ils deviendront aussi gros que des ânes et les emmèneront à l'eau*. Une facélie du XVIe siècle rentre dans cet ordre d'idées : Un soldat qui se promenoit le long de la rivière d'Andelle avoit des poux altérez à cent et millions, lesquels avoient toujours mangé sans boire. Par quoi sentant la fraîcheur de l'eau, leur print si grande envie de boire qu'ils commencèrent à eux esmouvoir et tirer vers la rivière si tres-roidement et par si grand violence qu'ils entraisnerent le pauvre diable jusques en l'eau, et (pour vray) l'eussent noyé de maies eaux, n'eust esté un gros osier planté sur le bord où il se print vaillamment5. On raconte en Basse-Normandie qu'un homme méchant et peu charitable fut mangé tout vivant par les poux. Dans une ancienne comédie figure cette

mélédiction :

Je prie Dieu que les poulx Te puissent dévorer les os6.

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