‹ Le folk-lore de France (volume 4)Chapitre 278 sur 491 · DANGER DE LEUR NUIRE · texte numérisé non relu

DANGER DE LEUR NUIRE

On prétend aux environs de Rennes que la guêpe hait l'homme qui lui fait la chasse, et qu'elle le reconnaît au bout de plusieurs jours '.

Un scrupule, probablement fort ancien, protège la vie de certains insectes, sans que la cause en soit toujours bien claire; toutefois presque tous figurent parmi ceux qui portent chance ou qui sont laborieux. Il est entretenu par la crainte des disgrâces qui attendent leur meurtrier ou leur persécuteur. Au XVIIIe siècle on ne souffrait pas que Ton tue les grillons dans la pensée qu'ils faisaient le bonheur de la maison 2. Dans la Charente après le meurtre de l'un de ces insectes, le berger voyait périr son plus beau mouton ; aux environs de Moncontour-de- Bretagne, le laboureur qui tue une Bête à bon Dieu perd un de ses meilleurs chevaux ; dans la Côle-d'Or, le pâtre qui détruit une fourmilière peut s'attendre à la perte de ses vaches ; dans le Doubs cet acte fait devenir boiteuse une des bêtes du coupable. En Haute-Bretagne si une abeille a été écrasée volontairement dans la maison, toutes les autresquittentlaruche ;danslaCôte-d'Or, en Wallonie, celui qui tue une mouche à miel est.puni par le bon Dieu ; en Normandie, il compromet sa chance. A Bouxwiller (Alsace) quand on a écrasé un carabe doré, on craint de perdre quelque chose ; en Eure-et-Loir celui qui le tue est sûr d'éprouver un malheur dans la journée ; dans le Gard le meurtrier d'une blatte, dite panalario ou panetière, a une disgrâce ; dans la Gironde tuer les araignées porte malheur. En Ille-et-Yilaine, si on écrase une coccinelle, ou même si on l'enferme dans une boite, on est exposé à mourir le lendemain ; en Hainaut celui qui la tue attrape des abcès ; dans la Sarthe ceux qui tuent les grillons risquent de voir leurs doigts se raccourcir3.

Lorsqu'on tracasse certains insectes ou qu'on les tue, on amène un changement, presque toujours fâcheux, dans la température. Dans le Centre de la France, bouleverser une fourmilière en temps de sécheresse est un moyen infaillible de provoquer une ondée; dans la Creuse, si on la défait le soir il pleut le lendemain ; en Wallonie, dans la Gironde et dans le Jura, la pluie survient si on tue un carabe doré, i'ii Wallonie, si on écrase une coccinelle ; si c'est un bousier, on attire le tonnerre 4.

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