CONSULTATIONS ET PRÉSAGES
Les noms donnés à la coccinelle l'associent aux divinités : ceux de Bête au bon Dieu, Géline dé bon Dieu (Vosges), Poulette au bon Dieu (Calvados), Iarik Doue = poulette de Dieu (Finistère), Vache à Dieu (français), Biochik Doue, petite vache de Dieu (Basse-Bretagne), Buou de noueste Sêgné (Provence }, Cheval à Dieu (français dialectal). Petit cheval du bon Dieu (Spa). Cheval de la Vierge (français dialectal), Bête du Paradis (Hainaut). Petite bête de la Vierge (Wallonie) etc., montrent le respect qu'on a pour elle4. En llle-et- Vilaine el dans la Beauce, quand on s'empare d'une coccinelle, il faut la mettre à s'envoler, ou la déposer sur l'écorce d'un arbre ; elle monte au ciel, devient un ange et garde la place au paradis de celui qui l'a épargnée. En Basse-Bretagne, où on lui donne les plus doux noms, elle vient du ciel en droite ligne ; c'est une grande joie pour les enfants de la faire sauter dans leurs mains, où elle laisse des traces rouges, qui sont produites par le sang de ses pattes ; il leur sert à former des croix, pendant qu'ils répètent pieusement cette prière : Vache de Dieu, je vous prie. — Passez-moi par-dessus la barrière. — Emportez-moi i\n Paradis. — Je vous supplie, jour et nuit5. En Bas-Languedoc, si mise dans la main, elle grimpe au sommel du premier doigt levé et s'envole, c'est bon signe : on lui chante : « Coccinelle, monte au ciel, ton père te demande ». Des formulettes d'Arles el
1. Cauabry. Voyaae dans le Finistère, p. 345; H. Le Carguet, io lieu, des Tntd. pop., t. XIX, p. 25; Alex. Boui-t. Breiz-lzel, t. I, p. -172; Richard. Trad. de Lorraine, p. 47.
2. Paul Sébillot. Traditions, t. II, D. 279 ; A. Meyrac. Trad. des Ardennes, p. 180.
3. Régis de la Colombière. Cris de Marseille, p. 28i ; J. Tuchmann, in Mélusine. t. V, col. 178.
4. E. Rolland, 1. c. p. 349 : Alfred Ilarou, in liev. des Trad. pop.yt. XVII. p. 218,
5. A. Orain. Le Folk-Lore de lllle-et-Vilaine, t. I, p. 77; Félix Chapiseau. le 1,1 de la Beauce, t. 11, p. 56 ; L.-F. Sauvé, in lier. Celtique, t. Y, p. 178.
de l'Aude la prient d'enseigner le chemin du ciel1. En plusieurs pays de France et aussi en Wallonie, les jeunes filles consultent la coccinelle ; en Provence, où elle s'appelle Calharin'clto, elles tâchent en la faisant envoler de tirer quelque augure de son vol, et lui disent :
Catharinetto, digo-mi mounte passarai Quand mi maridarai ?
Catherinette, dis-moi où je passerai — Quand je me marierai ?
Si elle se dirige vers un jeune homme, c'est l'indice d'un mariage très prochain ; si elle va dans la direction d'une église ou d'une chapelle, on crie à la jeune fille : « Tu te feras religieuse ! 2» Les jeunes vendéennes récitent ce petit couplet :
Vole, vole,
Ma petite Nicole,
De quel coûté me marierai-z-y ?
Dans la Côle-d'Or, le pays Messin, les Cévennes, l'Auvergne, le Poitou, la Wallonie, il y a aussi des formulettes pour interroger la coccinelle sur le lieu où doit avoir lieu le mariage ou sa possibilité. A Aix, l'un des cinq doigts de la personne qui consulte la « catherinette », reçoit le nom de son prétendu, et elle est ensuite placée dans la main que l'on ferme un moment ; si lorsqu'elle est rouverte, la petite bête va sur le doigt en question, le mariage estcertain 8.
D'autres insectes servent aux consultations amoureuses : Dans la (iironde, pour savoir où une jeune fille se mariera, on place entre les deux mains une pute (faucheux, et en agitant, on dit : « Du côté que le cul de la pute se trouvera, la gouyate (tille) s'y mariera ». En Saini.onge, on récite une formulelte^analogue en lui arrachant les pattes ; dans les Deux-Sèvres, autant de fois remuent ses pattes détachées du corps, autant d'années a encore à vivre la personne pour laquelle on tire ce présage ; les enfants Wallons s'imaginent que ces mouvements sont volontaires et répondent à la question qu'ils font \ Dans l'Ille-et- Vilaine, dans laBeauce, on leur coupe les pattes, et on les met dans sa main ; si elles remuent, on aura de lu chance. Dans les Vosges, les faucheux sont appelés chances, et les enfants leur disent, en les tenant par une ou deux pattes : « Chance, dis-moi ou est le loup, où je te tue ! » La première patte de devant que l'araignée lève indique la
1. Revue des Trad. pop., t, VI, p. 550 ; Rev. des langues romanes, 1873, p. 578 ; Gaston Jourdanne. Contribution au Folk-Lore de l'Aude, p. 39.
2. Jules Lemoine, in La Tradition. 1890, p. 281 ; Régis de la Colombière. Les Cris de Marseille, p. 145-6.
3. Léo Desaivre. Formulettes et enfantines du Poitou, p. 4 : E. Rolland, 1. c, p. 354; Dr Pouimerol, in Rev. des Trad. pop., t. XII, p. 552 ; Alfred Harou. Le Folklore de Godarville, p. 18 ; 0. Colson, in Wallonia, t. IV, p. 51 ; Régis de la Colombière, 1. c, p. 146.
4. F. Daleau. Trad. de la Gironde, p. 56; E. Rolland, p. 245: E. Monsenr. l.r Folklore wallon, p. 9; Alfred Harou. Folklore de Godarville, p. 15.