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LES COQUILLAGES ET LA MÉDECINE

est guéri ; on assure dans le pays de Tréguier que la chair de ce testacé est un spécifique contre l'hydrophobie, et que c'est pour le trouver que les chiens fous, avant de mourir, viennent sur le bord de la mer. En Haute-Bretagne on fait manger des patelles bouillies aux cochons malades '.

Dans l'antiquité on accordait aussi aux coquilles beaucoup plus de vertus thérapeutiques que de nos jours -. Plusieurs observances modernes montrent cependant qu'on ne les a pas toutes oubliées : en Haute- Bretagne on met au coU des enfants un collier de patelles pour les préserver des vers. A Menton, l'opercule du gasteropode Turbo pugosus, nommé la pierre ou l'œil du poulpe, est employé contre le pourpre, maladie dans laquelle l'œil est injecté de sang. Jadis les femmes de Penvenan près de Tréguier s'appliquaient sur le sein de grandes coquilles de patelles non percées, pour faire passer leur lait. D'après un procès qui eut lieu à Nantes vers 1884, les demoiselles T. prétendaient guérir la rage, de père en filles, au moyen de la poudre d'huîtres mâles qu'elles faisaient avaler à leurs clients ; ce remède singulier est d'ailleurs indiqué dans la Médecine et la Chirurgie des pauvres, p. 476- 478, où il est décrit avec détails 3.

Suivant une légende dont nous avons vu les parallèles à la section des poissons de mer, les bucardes qui étaient jadis très abondantes dans la Braye du Valle, à Guernesey, ont commencé à devenir rares, depuis qu'une vieille femme eut, à diverses reprises, été en ramasser le dimanche ; la quasi disparition d'une espèce de bigorneau est attribuée à une impiété semblable4 Lors d'un des sièges de La Rochelle, des coquillages servirent à nourrir les habitants, et l'on regarda leur abondance comme miraculeuse :

Que vois-je ? L'Océan à la face incognue Qui, en contrefaisant la nourrissière nue, D'où le désert blanchit par les célestes dons Veut blanchir le rivage abrié de sourdons. Dites, physiciens, qui faites Dieu nature Comment la mer, n'ayant mis cette nourriture Dans ce havre jamais, trouva ce nouveau pain Au poioct que dans le siège eutroit la pasle laim : Et pourquoi cette manne et pasture nouvelle Quand la faim s'en alla, s'enfuit avec elle5.

Le rôle des coquillages de mer est peu important dans les contes et

les légendes de France ; à celles de leur création on ne peut guère

1. Levinus Lemnius. De occultis rerum miraculis, 1. 111, c. 7; Paul Sébillot, in lU-v. des Trad. pop., t. II. p. 308; Paul Sébillot. Trad., t. Il, p. ^>6.

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