‹ Le folk-lore de France (volume 4)Chapitre 341 sur 491 · K2. ARBORICULTURE · texte numérisé non relu

K2. ARBORICULTURE

Le nombre des observances usitées lors de la plantation des arbres semble peu considérable. En quelques pays de Bretagne, il est d'usage, quand on plante une vigne, de boire une bouteille de vin et de répandre trois gouttes sur le pied et trois gouttes sur les racines ; si c'est une bouture, ces trois dernières sont versées sur la partie que l'on enfonce dans le sol; certains croient que, sans cette cérémonie, la vigne ne pousserait pas ; s'il s'agit d'un pommier, la libation est faite avec du cidre. Dans le Gard, on arrose de bon vin le dernier cep planté, aux cris Je Vivo lou mayoou ! Jadis, dans le Bocage vendéen, on creusait pour mettre le dernier cep, un trou d'assez vastes dimensions,, dans lequel on jetait cent sous en monnaie de bronze ; pendant que chacun des vignerons cherchait à prendre le plus possible de pièces, le propriétaire arrosait de vin la terre que ces hommes pétrissaient comme du mortier s. Aux environs de Dinan, pour qu'un arbre quelconque pousse sans encombre et prenne de solides racines, celui qui le plante doit s'accroupir dans la fosse el s'y soulage? ; plus il le fera copieusement, plus il assurera la réussite de l'arbre : les diables, bêtes ou lutins qui voudraient lui nuire se prendn.nl à

1. Richard. Trad. de Lorraine, p. 219; Ch. Beauquier. Les mois m Franchetomle,v. 129; L.-F. Sauvé. Le F.-L. des Haut es- Vosges, p. 371; A. M, vrac. lrad. des Antennes, p. 182 ; Alfred Harou, in Itev. des Trad. pop., t. XVII. p 199

2 Alfred Harou, in lier, des Trad. pop., t. XI, p. 128, ibid.. t. X, p. 631 I Rolland. Fhre pop., t. IV, p. 47. Daus le Centre quand en cassant des noix on trouve, ce qui n'est pas commun, un pigeon dans le tas de noix, on boil un coup, M les garcona malins vont même jusqu'à embrasser leur voisine Comm de M ' Emma fiiraudet.

3 Paul Sébillot. Notes sur les Iradiliona, p. 17, 18; H. Rolland. Flore pop., I- III, p. 275 ; Jehan de la Chesnaye, in Rév. des Trad. pop., t. XVIII, p. -1 7 o .

cette sorte de glu ou se hâteront de s'éloigner ; un pois mis sous la racine du pommier les fait trébucher s'ils tentent de lui causer quelque dommage. Dans la même région pour qu'un sapin pousse droit, il faut que celui qui le plante soit en état de péché ; sans quoi le diable le courbera en passant auprès '. Au XVIe siècle, on avait en ce qui concerne l'olivier, des idées toutes opposées: On tient qu'il devient plus fertile et copieux en fruits, s'il est planté et cultivé de personnes vierges ou qui n'auront violé le lit d'autrui ; même qu'en d'aucuns pays les enfants chastes plantent, traitent et gouvernent les oliviers, dont ils viennent beaux et fertiles2.

Les arbres sont, comme les bêtes, exposés à la fascination : on croit en Périgord que si un Mau-Jaunens ou porte-malheur survient pendant que l'on en plante un, il ne prendra pas. En Haute-Bretagne, on invile les enfants à la plantation d'un arbre, en leur disant : « Viens le voir planter, pour voir si tu grandiras autant que lui » '. J'ai aussi entendu dire que jadis quand on plantait un arbre destiné à servir de limite, on frappait les petits enfants qui assistaient à celte opération, pour qu'ils en gardent le souvenir.

L'usage des arbres commémoratifs d'événements remarquables est bien connu en France, grâce surtout aux arbres de la Liberté, plantés à plusieurs époques de notre histoire ; il a été aussi pratiqué par des particuliers*. A Morey, dans la Cùte-d'Or, on plantait autrefois un noyer à la naissance du premier-né, si c'était un garçon ; en quelques cantons de Normandie, c'était une aubépine que l'on plaçait près de la porte, quel que fût le sexe. Suivant une croyance des environs de Dinan, le pommier planté le jour de la naissance d'un enfant souffre lorsque celui-ci est malade, et si devenu homme, il meurt, l'arbre se desséche et dépérit ; on dit dans le sud de la province de Liège qu'à la mort d'un homme, tous les arbres qu'il a plantés meurent aussi \

Les paysans pensent que la réussite de la plantation ou de la greffe dépend du jour où elles sont effectuées ou, plus souvent, de circonstances atmosphériques. En Anjou, le myrte ne prend racine que s'il a élé mis en terre le jour du Vendredi saint0. Dans la Gironde et dans la Touraine, on plante et on marcotte la vigne en vieille lune : les provins

1. Lucie de Y. -II., iu llev. des Trad. pop., t. XIX, p. 209-210.

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