‹ Le folk-lore de France (volume 4)Chapitre 405 sur 491 · LE MIRACLE DES ROSES · texte numérisé non relu

LE MIRACLE DES ROSES

en beaucoup d'autres pays et dont voici le thème initial : une femme compatissante qui, d'ordinaire, est la fille ou l'épouse d'un seigneur avare et dur, est rencontrée par celui-ci alors qu'elle porle des vivres à des malheureux ou à des ouvriers mal nourris ; il lui ordonne de déplier le tablier où elle cache du pain ou de la viande ; quand elle a obéi, il n'y voit que des objets divers ou des fleurs. La dame de Laval qui fut ensépulturée en l'abbaye de Clermont (1272), était si aumonière que souventesfois les officiers de l'hostel se complaignoient à leur seigneur. Si advint qu'un jour mon dit seigneur, son mari, la rencontra portant aux pauvres plein giron de viande, et lui demanda que c'estoit qu'elle portoit? Elle respondit que c'estoient couppeaux ; il regarda et ne veid que couppeaux. Par quoy il la laissa aller et s'en alla faire son aumosne ; puis, quand vint au soir, il lui enquist plus diligemment que c'estoit qu'elle portoit en son giron, et elle luy dist la vérité, et quand il connut sa bonté, il la licencia de faire tout ce qu'elle voudroit des biens de son hostel1. Le mari de la dame de Ruthye qui portait dans son tablier deux petits pains destinés aux pauvres du village, l'arrêta et lui dit : « Que caches-tu dans ton tablier, et où vas-tu ? — Je vais porter chez le tisserand deux pelotes de fil ». Le mari ouvrit le tablier, et au lieu de pain trouva deux pelotes de fil2.

Plus ordinairement les objets miraculeux sont des fleurs, et c'est pour cela que l'on donne parfois à ces légendes le nom de miracle des roses. Le sire d'Estouteville ayant rencontré sa fille qui portait dans un pan de sa robe des provisions destinées aux artistes qui travaillaient à l'église de Valmont et que son père nourrissait mal, lui demanda ce qu'elle avait dans son tablier : « Mon père, répondit-elle, ce sont des roses ». Et quand elle eut déroulé sa robe, il s'y trouva en effet un beau bouquet. Le sire de Crocq rentrant de la chasse plus tôt que d'habitude, trouva sa femme qui avait rempli son tablier de pains destinés aux pauvres du voisinage, et il lui demanda ce qu'elle portait : « Monseigneur, ce sont des fleurs pour la sainte Vierge », réponditelle en tremblant ; le baron rabattit le tablier, et il s'en échappa des fleurs. Cette donnée figure aussi dans les contes populaires: une marâtre croyant que sa fille emportait à manger, la force aussi à montrer ce qu'elle avait dans son tablier, et par la vertu d'une baguette donnée par une fée, elle n'y trouve que des fleurs. C'est aussi ce que voient, sans intervention de baguette, une autre femme qui soupçonnait sa propre fille de porter à manger à une belle-fille qu'elle haïssait, un

1. Lebaud. Chronique\de Vil7'é,p. 50-51, cit. par Baron Dutaya. Brocéliande, p. 83.

2. J.-F. Cerquand, t. I, p. 47. Cette légende est racontée dans une chanson que Francisque Michel a reproduite dans le Pays basque, p. 391.

père qui, averti par sa seconde femme, croit que sa fille cache du pain dans son tablier, un roi qui détestait les pauvres, et qui rencontre une petite servante qui leur portait du pain et de la viande ».

1. Amélie Bosquet. La Normandie romanesque, p. 383-384 ; J. Bonnafoux. Léoendes de la Creuse, p. 24 ; Paul Sébillot. Dix Contes de la Haute-Bretagne, p 14 ■ tontes, t. p^ 228 ; j.-F. Bladé. Contes de Gascogne, t. Il, p. 137-138 ; F. Ortoli! Contes de l île de Corse, p. 68 et 3uiv.

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