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POURQUOI L'ÉPI EST COURT

blé, saisit la tige entre le pouce et l'index, k ras de terre, et en tirant fit tomber les grains de l'épi en allant de bas en haut; il allait arriver a l'extrémité du chaume, lorsque lange s'écria: « Bon Dieu, laissez-en au moins quelques grains pour les pauvres de Jésus-Christ!» Dieu touché de cette prière s'arrêta au moment où il ne restait plus que quelques grains à l'épi '. D'après une légende du Morbihan, le* grains de blé commençaient aussi au bas de la tige, et les hommes coupaient «a paille en la frappant entre deux pierres aiguisées ; un paysan inventa la faucille; Dieu qui passait parla saisit l'épi par en bas en disant' « Tu as voulu l'éviter de la peine, mais tu en auras autant qu'auparavant. » Suivant la tradition vosgienne, Dieu fatigué des crimes de 1 homme, résolut de lui retirer cette plante nourricière. « Le blé que tu cultives à la sueur de ton front, lui dit-il, ne te fournira désormais que de la paille, .1 ne te donnera plus de grains. - Seigneur, dit l'un des anges, le chien et le chat ont-ils eu part aux crimes de leurs maîtres' - Non, répondit le Seigneur. -Alors nous te supplions de laisser au bout de la tige la part de grains que l'homme leur a réservée jusqua ce jour. » Le Seigneur y consentit, et c'est depuis que la tige de blé est longue et 1 épi court. On raconte dans le Morbihan que les hommes étant devenus mauvais, Dieu saisit l'épi au ras de terre et rifla le chaume presque jusqu'au haut : la Vierge à ce moment lui arrêta la main et c'est grâce a elle qu'il est resté assez de grains pour la nourriture des chrétiens -.

Des herbes ont été bénies ou maudites en raison des actes que leur attribuent des traditions qui parfois leur accordent une sorte d'animisme. La Vierge fuyant la colère d'Hérode dit à un laboureur qui semait du ble d'aller chercher sa famille pour le couper ; le paYsan sourit d abord, mais .1 se laissa persuader, et quand il revint avec les siens le ble était mûr. Il le faucha, et la Vierge se cacha sous les herbes avec son enfant, en recommandant au paysan de ne pas la trahir Les tiges de blé n'étaient pas assez longues, et l'on apercevait un pan de son manteau ; mais les branches des sauges et des basilics qui l'entouraient se penchèrent, s'entrelacèrent et formèrent un faisceau qui protégea Marie. A quelques pas se trouvail une touffe de menthe ■ tout a coup Hérode survient avec ses cavaliers, et demande si Ion n'a pas vu une femme et un enfant. « Si, répondit le laboureur, mais c'était au moment des semailles. - Alors elle doit être bien loin » dit Hérode et il s élança à sa poursuite. Heureusement, il n'entendit pas un geai,' et

i. Bérengei-Féraud, in La Tradition, 1894, p 36

2. Paul Guteysse, in Rer . des Tmd. pop. A. XII d IT? ■ I F sanVA ,„ r ;

une menthe qui disaient : « Sota la garbevota ! sous la gerbe. » La mère de Jésus dit à la menthe :

Tu ets menta y mentiras, Floriras y no granaras.

Tu es menthe, et tu mentiras toujours ; tu fleuriras, mais lu n'auras pas de graines. Puis s'adressant au basilic, elle lui dit :

En f algue, Deu te salvia Floriras y granaras.

Basilic, Dieu te sauve, lu fleuriras, et tu auras des graines. Depuis lors, il est la plante favorite des jeunes filles qui en accrochent un bouquet à leur corsage '.

Suivant une légende des environs de Bruxelles, la Sainte famille au moment de la fuite en Egypte s'étant réfugiée dans un fossé, le bout pointu d'un jonc vint effleurer l'œil du petit Jésus qui dormait; il se réveilla et se mit à pleurer ; la Vierge maudit la plante malencontreuse, et depuis la pointe de son épi est noircie et brûlée. L'herbe aux couleuvres porte le nom de pain en Haute-Bretagne parce que les hommes s'en nourrissaient avant de connaître l'usage de la farine ; mais une méchante fée l'empoisonna, et la plante, honteuse du mal qu'elle ferait désormais, se cacha au fond des fossés parmi les ronces et les épines 2.

Que.lquesespèces,qui ne poussenl que dans des endroits assez rares, s' v trouvent à la suite de circonstances légendaires : On raconte à Sainl- Amand /Cher) que la farsetia clypeala, appelée herbe de Jérusalem, herbe des Croisades, et qui semble n'exister que dans cetle localité, y a été apportée de Palestine par un croisé dans les sabots de son cheval : celui-ci. ayant frappé violemment le sol en passant près d'une forteresse qui existait alors à Montrond, on y vit, peu de temps après, une petite étendue de terrain couverte d'une plante inconnue. A Saint Valery-sur-Somme, une jolie fleurette que l'on remarque sur les anciennes fortifications, s'appelle le muguet des Croisades, et l'on dit qu'elle a été rapportée de la Terre Sainte par un seigneur du pays. On attribue la même origine à une gracieuse fleur rose, de la famille des carvophyllées [Diathus caryophyllea) qui y pousse également. Les paysans de la Bigorre disent qu'un bœuf ayant pénétré dans la grotte de Mountharran, y resta huit jours, et qu'à son retour de la terre des nains, on ramassa dans ses déjections une graine que l'on cultiva; c'est le millet, autrefois très abondant en cette région '.

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