LES HERBES DE LA SAINT- JEAN
maladies de peau ; un lépreux est sur de guérir s'il va se rouler, le matin, dans un champ où poussent les plantes miraculeuses '.
Quelques croyances bordelaises sont en relation avec le milieu même du jour Saint-Jean : On se procure un porte-bonheur efficace eu ramassant, à midi, une cosse de pois renfermant neuf ou dix grains, que l'on ouvre, et où l'on prend, pour les conserver précieusement, quatre grains. Un pied de verveine sauvage, que l'on a cueilli soi-même, et planté dans un pot, constitue pour l'appartement porte-bonheur : si on désire ardemment se réconcilier, avec une personne avec laquelle on est fâché, il faut s'agenouiller devant cette plante, lui adresser une fervente prière et ce vœu sera exaucé. Mais il est nécessaire que ce pied ail été cueilli à midi sonnant, qu'on ait récité cinq Pater et cinq Ave en le déracinant, qu'il ait été transplanté immédiatement. En Wallonie, le trètle à quatre feuilles trouvé a la Saint-Jean par une jeune tille lui assure un époux dans l'année2.
Les herbes destinées à servir de talismans aux habitations y sont quelquefois placées avec une sorte de cérémonial : Le matiu de la Saint-Jean, au lever du soleil, les paysans béarnais cueillent dans les vergers et dans les vignes plusieurs pieds d'herbe de la Vierge s<'dum ou sempervivum) qu'ils suspendent ensuite aux planchers de leurs maisons et de leur grange en disant :
Herbe, nui l'es arronsade Au casait et tiens la prade, Bitt lounglemps en ma maysou, Ta qiïoubtiengvey tnoun perdon.
Puixs après hc-m plaa mouri, Chausi miel/te ne poui/ri.
Herbe qui t'es arrosée. — Au jardin et dans la prairie. — Ici longtemps dans ma maison. — Pour que j'obtienne mon pardon : — Ensuite fais-moi bien mourir. — Choisir mieux je ne pourrais. Pour que la protection soi) reconnue entière, il faut que la plante ne se flétrisse que juste un an après, le jour encore de la Saint-Jean, au moment où elle va ètr< remplacée z.
Dans le Gard un bouquet de mille-pertuis et de menthe, composé la veille de celte fêle et placé dans l'endroit le plus en vue de la maison la met à l'abri des sorciers, qui ne manquent p;i^ alors de dire :
'• 1. Gaston Constant, in Her. des l>n,(. /„,/,. t. XVI, p. 361; E. Kollainl
pop., t. III, p. 119 : F. Pluq-uet, Contes de Bayeujc, p. ifi ; Horace Chaovat.
Légendes du Roussillon, p. 69.
2. C. de Mensignac. Sup. de la Gironde, p. 126, 121 : Wallonia, 1896, [>.
■i. Barthety. Pratiques de sorcellerie en Béarn, p. lu.
M'iir.z attrapai Quand avez amassa Le vehio de la san-Jan De menlo e de trescolan.
\ ous m'avez attrappé. — Quand vous avez amassé. — La veille de la Saint-Jean. — De la menthe et du mille-pertuis '. Au moyen âge on faisait en Picardie des ceinturés avec de l'armoise récoltée à la Saint-Jean, et des couronnes qui suspendues dans les maisons lesétables et les bergeries étaient conservées pendant une année'-.
Le l'eu allumé traditionnellement au solstice d'été communique aux
plantes des vertus spéciales ou augmente celles qu'elles possèdent déjà.
Lorsqu'on fait passer au travers les bouquets de millepertuis, pour en
préparer une huile vulnéraire, on chante par trois fois : Sen ■Ion la
grano ! ou :
Lou trescalan
Bon per tout l'un !
Herbe de trescalan — lionne pour tout l'an. En Languedoc, onen l'orme des croix que l'on attache aux portes des maisons et des établès pour les préserver de tout, maléfice ; dans la Bigorre on y met des tleurs passées sur le bûcher et tressées en croix ; en Béarn il suffit qu'elles y aient été placées le matin de la fête :i.
Dans le Lot-et-Garonne, le millepertuis entre dans la composition de la croix de Saint-Jean que l'on prépare pour être brûlée au l'eu solennellement béni la veille delà fête. Eu Provence on jetait dans la cendre chaude des gousses d'ail que les enfants mangeaient à déjeuner pour être préservés de la fièvre ; elles portaient aussi bonheur et garantissaient dés sortilèges. Dans le Mentonnais elles sont ellleaees eoulre la fièvre, et dans le Var contre bien d'autres maladies : dans la Corrèze les ails passés neuf fois dans le feu sacré guérissent les douleurs de ventre; des tiges de blé qui, après cette sanctification, ont été attachées à la ceinture pendant quelques instants, donnent de la force aux moissonneurs et préservent des douleurs de reins : la même croyance existe en Limousin : les tiges doivent être au nombre de trois et les neuf fois ne sont pas obligatoires '. En Poitou, la vieille femme qui se ceinl les reins de lierre terrestre, l'herbe à Saint-Jean, pendant que ses parents et amis iront baller autour du feu, et qui conserve celle ceinture jusqu'à son couche)-, évite les douleurs de l'âge"'.
! . E. Rolland. Flore pop. t. III. p. 179.
-!. Hucauge, cité par A. de Gubernatis. Mythologie des plantes, t. I, p. 189-190.
:;. K. M. el I,. L. in Rev. des L romanes. t. IV, p. 568 : la même pratique a lieu en Dordogne : N. Rosapelly. Au pays de Bigorre, p. 3lj ; V. Lespy. Prov. du Béarn, P. 157.
4. E. Rolland. Flore pop. t. III. p. 179 ; Villeneuve. Statistique des Bouckes-du- Rhône, t. III. p. 2i5 : .l.-B. Andrews, in liev. des Trad /<"/<. IX. p. 218 : .Mistral. Trésor. J. Chossat, in Her. des Trad. pop., t. IX, p. 330 : M. M. Gorse. Au bus pays de Limosin, p. 242.