HERBES SERVANT AUX MALÉFICES
fois, dans le Genevois, on faisait frire sur le feu avec de l'alun de l'herbe appelée provence, en disant : « Que le Diable sèche ainsi ceux qui ont volé ces objets jusqu'à ce qu'ils les aient rendus! ». En Provence, si après une prière de malédiction, on jette une fève de marais bien sèche dans l'huile de la lampe qui brûle près de l'autel, dès quelle commence à se gonfler celui qui a été l'objet du maléfice tombe malade et le jour où elle se fend, il meurt sans qu'aucun remède puisse le sauver ». A Liège pour faire souffrir un amant volage, on met dans la cheminée un oignon percé de treize épingles, et on allume une chandelle dans laquelle on en a enfoncé un pareil nombre. La personne visée dépérit au fur et à mesure que l'oignon se dessèche ou que la chandelle brûle2 Dans
la Vienne, une fleur de nielle offerte à une jeune fille par une vieillefemme la fait mourir ou devenir folle si la tige est coupée ou cassée parle milieu3. Jadis en Haute-Bretagne on accrochait une fleur de digitale à chacun des dards d'une croix d'épine, que l'on tâchait de faire porter à la personne que l'on voulait maléficier : celle-ci, sans défiance, baisait la croix et par conséquent les fleurs, et mourait peu après. Maintenant encore, on fait la croix, puis on retire les fleurs que l'on fait bouillir, et si l'on peut mettre l'eau qui en provient dans la boisson de son ennemi, il ne tarde pas à succomber, non pas à cause des fleurs, qui ne sont pas « méchantes », mais à cause du sort jeté \
Quelques plantes sont en relation avec le monde infernal : au XVIIe siècle, celui qui avait mangé de la courge, préparée d'une certaine manière, se trouvait possédé du démon. Les jeunes filles de Saint- Malo qui n'avaient point d'argent pourassisteràl'assemblée, s'enallaient après avoir fait un pacte avec le diable, cueillir sur les rochers du goémon dans lequel se trouvaient les bourses du diable, dont chacune contenait deux sous •. Au moyen âge on chassait un démon du midi en liant des herbes et eu prononçant des formules magiques c. Les fées et leurs congénères connaissaient seuls la vertu de quelques plantes : des bergers de la Bigorre ayanl pris le fils d'un homme sauvage, son père lui cria: « Quoi qu'on le dise el qu'on te fasse, ne révèle jamais à quoi peul servir l'écorce de la fougère. » Une fée de l'Aveyron recommanda à une de ses compagnes, qui était captive, de ne pas vendre le secret de la sauge, car si les riches le savaient, ils laisseraient mourir de faim le pauvre monde '' .
1. Blayignac. VEmpro genevois, p. 278; Béreuger-Kéraud. Superstitions et surri vances, t. V, p. 36; Begis de la Colombière. Cris de Marseille/» 280