‹ Le folk-lore de France (volume 4)Chapitre 89 sur 491 · INTERPRÉTATIONS DU LANGAGE DES DÊTËS · texte numérisé non relu

INTERPRÉTATIONS DU LANGAGE DES DÊTËS

sur cheval, car qui chiet de l'asne il dist criève, et qui chiet de cheval il dit liève. On recommande aux enfants provençaux de ne pas monter sur le chien, parce que s'il venait à les jeter, ils pourraient tomber du mal caduc '.

Le chien, disent les paysans du Poitou, n'a que sa queue pour exprimer ce qu'il pense, et en plusieurs autres pays on prétend qu'il parle avec sa queue2. Un vieil écrivain poitevin fait allusion à cette croyance : Selon l'opinion des sages, Dieu a baillé les oreilles et la queue aux animaux, et au lieu de cela les yeux flexibles aux humains, pour par un langage muet témoigner leurs intérieures affections3.

Les paysans qui traduisent le chant des oiseaux par tant de phrases burlesques, facétieuses ou sentimentales, ordinairement inspirées par une assimilation entre les sons qu'ils émettent et certains mots usuels, ont plus rarement essayé d'interpréter de la même manière les cris des mammifères domestiques. Ils croient cependant qu'ils peuvent parler: dans le Finistère quand les chats en rut sont réunis, ils s'appellent du nom de leur maître, Reno, François, etc., et le matou dans la maison duquel se fait la réunion défie les autres en breton. Leur ron ron a donné lieu à diverses assimilations à des bruits ou à des murmures: ils filent, ils rouent, font aller leur rouet, récitent leurs patenôtres ou leurs prières. Quand ils sont assis dans le foyer ils prononcent, en certaines circonstances, des paroles qui ont quelque rapport avec leurs cris habituels, et que comprennent aisément ceux qui les écoutent*.

Il y a des interprétations, parfois ingénieuses et qui sont en quelque sorte traditionnelles, de la voix des bêtes: une petite légende de la Haute-Bretagne rentre dans cet ordre d'idées ; c'est la chèvre qui a appris aux tailleurs à faire les aiguillettes : un jour que l'un d'eux était embarrassé, une chèvre lui cria: « De biais ! de biais!5 ». En Rouergue, le cheval qui est tout fier de ne pas être né âne, se moque du pauvre bourriquel: « Hi, hi, hi ! qxin poulil poidi! Hi, hi, hi ! quel beau poulain ! ». L'âne en a dépit, et de rage brait des injures au cheval : Nigaufnipau ' nijau! oida ! oidaf oidal Nigaud, gros nigaud, maroufle ! oui-da, oui-da, oui-da ! 6

Quand les bœufs sont fatigués, ils prient le bouvier de venir les dételer:

1. Les Evangiles des Quenouilles, II, 4 ; Armana prouvençau, 1890.

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