G. Dottin. Les Parlers du Bas-Maine, p
1. L. Lex. Le Culle des eaux en Saône-el-Loire, p. 45 ; Ch. Thuriet. Trad. du Doubs, p. 496; L. Morin, in Rev. des Trad. pop., t. XIII, p. 90 ; Augustin Fabre, Notice sur les anciennes rues de Marseille, 1862, p. 83, :
plonger toile ou drap, pour que l'étoffe reprenne immédiatement le métrage quelle avait avant d’avoir été frauduleusement diminuée par lui. C'est alors qu'un homme s’aperçut que le boïteux avait perdu un de ses souliers, et que son pied était fourchu. Il engagea ses amis à accepter cette proposition en leur disant que c'était le diable. Celui-ci cracha par terre, et l’on vit sourdre à l'endroit même une fontaine très limpide".
En plusieurs pays, on dit que des pierres placées au-dessous des sources les empêchent de déborder ou de couler. C'est à cette croyance que se ratlache un trait merveilleux rapporté par l'historien provençal Bouche : au XV® siècle, un jeune homme pressé par la soif, rencontra un vieillard du nom de Joseph qui lui conseilla, s’il voulait trouver de l'eau, de déplacer une pierre qu'il lui montra. Elle était si grosse que dix hommes n'eussent pu la remuer. Le jeune homme la souleva comme une plume et une source abondante coula aussitôt. Quand ilse retourna pour remercier le vieillard, il avait disparu, et l'on crut que c'était saint Joseph en personne?. Un épisode analogue figure dans un conte de la Basse-Bretagne : l'eau vient en abondance dès qu'on à enlevé le galet qui couvrait la source mère.
Les propriétés de plusieurs sources thermales ont été indiquées par des animaux dans des circonstances qui, en général, ne sont pas miraculeuses. Le seigneur d'Orthez ayant blessé un sanglier, fouilla inutilement le bois pour le retrouver. Quinze jours après, un pâtre le découvrit dans un endroit très écarté où l'eau tombait en cascade et recouvrait complètement son cadavre, qui, au lieu d’être en putréfaction, paraissait encore frais. On reconnut que cette eau étail très salée, et que c'était à celte cause que l’on devait attribuer la conservation d’un animal mort depuis deux semaines. La source de Barèges fut montrée par une chèvre qui se frayait un chemin à travers la neige pour aller y boire ; celle de Bex, dans la Suisse romande, aussi par une chèvre qui allait se désaltérer à une source salée au milieu des précipices*. Les eaux de Soulzbach en Alsace furent indiquées par une vache qui s’écartait du troupeau pour entrer sous bois, et en revenail ensuite en gambadant joyeusement; le berger l'ayant suivie, la vit boire avidement à une petite source jaillissant d’un rocher et qui semblait couverte de rouille‘. Les gens de Vrigny disent que leur fontaine fut
. Lucie de V.-H., in Rev. des Trad. pop., t XIII, p. 432-3.
. Bérenger-Féraud. Superstitions el survivances, t. III, p. 296. . F.-M. Luzel. Contes de Basse-Bretagne, t. I, p. 132.
. À. Certeux, in Rev. des Trad..pop., t. II, p. 219-220.
5, Aug. Stœber. Die Sagen des Elsasses, n, 72,
LES PIÈRRES SOUS LES EAUX 18ÿ
découverte par un habitant du lieu, couvert d'une gale affreuse ; peu de temps après, un vieux cheval poussif vint s'abreuver à la source ferrugineuse. Tous deux, après y avoir bu devinrent sains et robustes. C'est aussi un pauvre cheval, abandonné par son maître qui, en se baignant à la fontaine de Bagnols de l'Orne, et en y recouvrant la santé, montra ses vertus curalives?.
Une source thermale célèbre a été révélée aux hommes dans des conditions plus merveilleuses. Un vieux pâtre des Pyrénées avait été averti qu'il mourrait quand la terre serait blanche. Il venait d'atteindre sa neuf cent neuvième année lorsque la neige se mit à tomber, et il comprit que sa fin était proche. Il appela ses fils et leur dit que, quand il serait mort, ils eussent soin de suivre la plus belle de ses vaches, qui avait.au cou une bruyante sonnette : elle devait d’abord les mener à Bagnères, dans la région des eaux chaudes, et ses fils devaient s'arrêter où elle s'arrêterait. Lorsque le vieillard eut expiré, ils suivirent la vache qui, d'elle-même, se mit en route ; elle alla aux eaux thermales de Bigorre, puis elle continua sa course et ne s'arrêta qu'au lieu où l'on voit le beau village de Montgaillard *, Suivant une autre version, dont le début ne diffère que par les délails, le vieux pâtre mourut à l'âge de mille ans moins un jour, et la vache noire marcha tout droit dans la vallée jusqu'à ce que la terre ne fût plus blanche: les enfants la suivirent, et là où elle s'arrêta ils trouvèrent les eaux chaudes qui ont fait plus tard la fortune du pays de Bagnères#.
Plusieurs pierres que l'on aperçoit sous l'eau des sources sont, en raison de leur forme ou de leur couleur, l’objet de légendes explicatives. Le cheval de saint Rou, qui fut un fameux chasseur, Semporla dans une lutle contre des sangliers, el vint se noyer ainsi que son cavalier, dans la fontaine de la forêt de Rennes qui porte le nom de saint Rou. On ÿ montre au fond, sur une pierre énorme, l'empreinte de ses sabots, et durant les tempêtes, on entend des hennissemeuls effroyables. Depuis que le saint s'est noyé dans ces eaux, elles possèdent une vertu miraculeuse Ÿ. Les gens de Saint-Papoul assurent qu'il y a dans la fontaine dédiée à leur patron une pierre rouge qui doit sa coloration au sang du martyr, décollé non loin de là ; une des pierres de la fontaine de Vieille-Brioude est tachée de rouge, depuis que les gouttes du sang de saint Julien y sont tombées ; jamais on n'a