F.-M. Luzel. Veillées bretonnes, p
dit sur le rivage pour rechercher son cadavre; il y rencontra un moine qui, après lui avoir dit qu'il le lui ferait retrouver, frappa la mer avec une branche d'olivier: elle s’entr'ouvrit, et tous deux, marchant à pied sec, arrivèrent, bien loin sous les eaux, à une grotte où le seigneur vit son fils, paisiblement endormi‘. Dans un conte de la Gascogne, qui ne se rattache pas à la légende dorée, un petit garcon frappe par trois fois la mer avec une gaule, et elle se sépare par le milieu pour qu'il puisse la traverser’. Une filleule de la Vierge, par la seule vertu de la baguette qui lui a été donnée par un ermite, force la mer à entourer un château, et la contraint ensuite à se retirer *. Kerdanet cite une tradition d’après laquelle la mer s’ouvrit d'elle-même pour laisser passer saint Guénolé. Dans une version bretonne de voyage vers le Paradis, la mer en fureur se sépare devant la baguette de Jannik*.
Il arrive parfois que la mer devient extrêmement lumineuse ou que les vagues semblent tout en feu, bien que cependant elles ne brülent pas. C’est ce qu'on appelle la phosphorescence de la mer. Elle est populairement désignée par des termes, qui, pour la plupart, se rattachent à l'aspect de ce phénomène. Lorqu'il se produit, on dit en Provence, La mar cremo, la mer brûle ; on l'y appelle aussi l’Ardent de la mer, le brasillement ; en Haute-Bretagne, c’est le Brâsi, le charbon ardent ; en français vulgaire les Flammes marines, le Cordon de feu; en français du Finistère, le Mordant dans l’eau. Les termes: la mer lumineuse, la mer qui lampe, usités en français vulgaire, le breton Lampr, font allusion à sa brillante clarté 5.
Ce météore est l’objet de plusieurs légendes explicatives : s’il en faut croire un romancier breton qui avait été officier de marine, c’est la longue trainée de feu rouge laissée par le navire du diable fuyant devant l’auge de saint Houardon‘ ; d’après un autre romancier, saint Elme a coulé le trois-mâts que le diable avait construit avec le bois des forêts infernales ; mais parfois quand la nuit est noire et l'atmosphère chaude, le navire se reprend à brûler, et ses flammes soufrées montent jusqu à la surface de l’eau’. On dit en Haute-Bretagne que lorsque le diable des eaux, énorme poisson qui habite le fond de l'Océan, fait la guerre aux autres poissons, il lance par la bouche un feu qui, en
1. Bérenger-Féraud. Légendes des Provençaux de l'antiquité, p. 251-252.