‹ Le folk-lore de FranceChapitre 295 sur 403 · Ch. Thuriet. Trad. de la Haute-Saône, p · texte numérisé non relu

Ch. Thuriet. Trad. de la Haute-Saône, p

de sa tourelle, la placèrent sur un cheval et reprirent le chemin du logis; mais, arrivés sur un escarpement rocheux qui borde l'Orne, le cheval fit un faux pas et disparut dans la rivière avec sa charge ‘. Lors de la destruction du vieux Tulle, les cloches roulèrent dans le Brézou et tombèrent à l'endroit où le ruisseau resserré précipite son cours dans un abîime profond appelé le Gourg Nègre ou le Gouftfre des cloches. Un plongeur essaya de les ramener à la surface avec un crochet, et il y parvenait, lorsque, ayant proféré un juron, elles lui échappèrent. Depuis, elles n’ont plus bougé ; mais elles signalent leur présence en sonnant d'elles-mèêmes, les jours de grande fête, quand celles des paroisses voisines se meltent en branle?. Lorsque la Cure brisa les montagnes entre lesquelles elle creusa le lit où elle coule aujourd'hui, l'église de Pierre-Perthuis s’écroula et sa cloche s’enfonça dans l’abîime. On fit venir d'habiles plongeurs pour la retirer et déjà les cabestans la ramenaient à la surface de l’eau, quand un des ouvriers s'écria: « De par tous les diables, nous la tenons! » A l'instant les cordes cassèrent et la cloche disparut. On plongea de nouveau, mais nul ne put la découvrir dans l'abime ; cependant elle y est encore, et on l’entend sonner pour annoncer les jours de fête ?. Aux ‘environs de Dinan, les maires des communes riveraines de la Rance font, à cerlains moments, curer la rivière, et la vase qui en provient est employée à fumer les terres. Les anciens assurent que ce n’est pas leur véritable but, mais qu'ils essaient de retrouver les cloches de l’abbaye de Saint-Samson, qui sonnent encore parfois sous les eaux *. Au fond du gouffre d’un torrent, près du Pont d'Enfer, à Vieu en Valromey (Ain) on entend les tintements d'une cloche mise en branle par des moines qui y furent jadis précipités par le diable en punition de leurs péchés luxurieuxÿ,.

Quelquefois les cloches sonnent au jour anniversaire du désastre qui les engloutit, comme celles du prieuré de Glény (Corrèze), qui dévalèrent lors d’un incendie, dans un gouffre profond de la rivière 5, et celle de l’église de Grammont (Lot-et-Garonne); elle était en argent et on ne la sonnait que pour les quarante heures, ou quand un seigneur de Lauzun était gravement malade. L'un d'eux, le sire de Caumont, la fit apporter dans son château. Le prieur de Grammont vint la lui redemander ; le seigneur se prit à rire et lui dit: « Tu veux ta cloche ? hé bien, tu l’auras et elle ne te quittera plus ! » Cela dit, il fit jeter le

1. J. Lecœur. Esquisses du Bocage normand, t. I, p. 89. 2. Lemouzi, mars 1895.

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