A. DE GuBERNATis, Mythologie zoologique, t. II, p
2. Paul Sébillot, Traditions de la Haute- Bretagne^ t. II, p. 355.
turedififérente. Ils se font aussi des colliers avec des coques (bucardes) ou des farim (buccins). Les petits pêcheurs des Asturies ont les mêmes coutumes que ceux de Saint-Cast, qui fabriquent des colliers avec des coquilles de brigot (turbo littoreus) et les cornes toutes petites qu'on trouve sur le rivage. Cet usage remonte à une haute antiquité, puisqu'on a retrouvé des colliers semblables dans les sépultures les plus anciennes que l'on connaisse (cf. G. de Mortillet, le Préhistorique^ p. 561 et suiv.), et les navigateurs les ont vus couramment employés par les peuplades de l'Océan pacifique.
Les ternis (patelles) servent à faire des lunettes : les plus estimées sont celles qui, trouées au sommet du cône pour le passage du rayon visuel, sont percées aussi sur le côté, de manière à pouvoir être réunies par une ficelle comme des lunettes véritables.
Autrefois les femmes plaçaient aux yeux des enfants qui louchaient des bernis percés d'un trou, pour leur rectifier la vue, comme on le fait au moyen de lunettes.
38 l'enfance du pêcheur
On obtient aussi, à Taide d'un bernis surmonté d*une pelure d'oignon, une sorte d'instrument de musique ; on le fait tourner autour d'un bâton, et il produit un bruit assez strident.
Les petits pêcheurs réunissent en tas les varechs et les rubans que la mer apporte ; chacun fait le sien et s'efforce d amasser un tas plus gros que ses voisins. Chacun doit respecter la propriété d'autrui, à l'exemple des ramasseurs de varech adultes qui ont pour le tas amoncelé par chacun d'eux le plus grand respect. Il n'y a que les gens indélicats à oser prendre quelques poignées à l'amas d'autrui, qui reste parfois plusieurs jours sur le sable sans être touché par aucun des riverains.
Les enfants s'attachent en sautoir des baudriers de ribères, larges varechs tuyautés sur les bords, pour imiter ceux des gendarmes. Les rubans de flèche leur servent à orner leurs chapeaux ; ils emploient les olives du goëmon en guise de boucles d'oreille, ou les arrangent en chapelets, lisse font des ceintures avec des algues en forme
de cordes très longues et rondes, que la mer jette sur le rivag-e et qui poussent dans les fonds qui découvrent seulement à la grande marée. Parfois ils s*amusent à en réunir plusieurs ; l'un tient le faisceau par le bout, tandis que Tautretire dessus; généralement le varech écourte brusquer ment et les deux joueurs tombent sur le dos, chacun de son côté.
Au cap de Bonne-Espérance, les enfants s'amusent à souffler dans le varech-trompette {fucus buccinHlis), comme dans l'instrument dont il porte le nom (1).
Pour imiter le bruit de la machine à battre, les petits/pêcheurs tendent au vent un ruban de flèche, et ils lui disent en l'approchant de leur oreille :
Si tu résonnes
Tu auras des pommes ;
Si tu ne résonnes pas je tè hacherai
Menu comme chair à pâté.
Les olives des goémons leur servent à 1. Thunberg, Voyages, t. !, p. 273.
AO l'enfance du pëcheuk
faire des sifflets. Ils jouent aux osselets avec des galets ronds ou ovales choisis sur la grève. A Pléhérel, cela s'appelle jouer aux pincettes .
Ils s'amusent à faire rebondir des cailloux sur les rochers en les lançant avec force, comme dans les tirs à ricochet. Celui qui ricoche le mieux est proclamé vainqueur Lorsqu'on joue à ce jeu, on dit :
La mer est au pied de la falaise.
Elle s'en retournera tantôt.
Et nous irons sur la grève Manger des petits brigots.
En Bretagne et dans les Asturies, les enfants lancent des pierres ou des coquilles horizontalement sur la crête des vagues, de manière à produire le plus grand nombre de ricochets possible Les petits pêcheurs de Lastres appellent ces ricochets des sopis (soupes) (1). En Haute-Bretagne, ils se nomment des « yeux de bœuf. » Ce jeu de ricochet est également en usage dans beau-