‹ Le folk-lore du pays basqueChapitre 29 sur 177 · III. — Ze Räteau (histoire vraie · texte numérisé non relu

III. — Ze Räteau (histoire vraie

2 ANS le pays de Bevyrie, il y avait une À Es & grande maison de laboureurs. Un jour, 23 pendant qu’on y était occupé à blanchir

le maïs, le garçon dit à une demoiselle de la

maison (1) qu’il avait oublié aux champs le râteau. La demoiselle lui dit qu’il aïlle le chercher. Le garçon lui répond que non, qu’il ne sortira point à cette heure: il était onze heures passées. Une servante dit: « Eh bien! moi j'irai», et ils parient quelque peu de chose qu’elle ira et qu’elle rapportera le râteau. Elle sort et y va. Pendant qu'elle revenait avec le râteau, minuit sonne dans les airs. Elle est prise par les esprits. Vous savez que de nuit les sorcières ont beaucoup de pouvoir. En allant ainsi dans les airs, elle passa au-dessus de sa maison et jeta le râteau par la cheminée en criant: « Le voici ! » Si cette pauvre fille, étant ainsi emportée, s'était souvenue d’invoquer Dieu, les esprits l’auraient laissée; mais ce fut seulement en passant à la chapelle Saint-Sauveur qu’elle pensa à dire : « Seigneur, sauvez-moil » Aussitôt les esprits la laissèrent à la pointe de cette montagne, et l’on peut encore l’y voir. Elle est demeurée là même. On lui a fait une habitation en verre, et on lui a mis le râteau à la main.

(Louise Lanusse, Saint-Jean-de-Luz, 1875. — Sa mère a vu la maison et le corps de la jeune fille à Saint-Sauveur.)

(x) Eïcheko-alaba « fille de maison ». On appelle ainsi les filles puînées de tout propriétaire. L’aînée s’appelle « l’héritière » prima ou andregeya « la future dame ».

Page 1