‹ Le fond de la société sous la CommuneChapitre 22 sur 117 · RAPPORT AU GÉNÉRAL · texte numérisé non relu

RAPPORT AU GÉNÉRAL

Le capitaine Tribalet.

u Hier soir, vers neuf heures, dans la salle qui précède le cabinet du colonel chef d'état-inajor, j'étais occupé à écrire un rapport. Le capitaine Tribalet, que je ne connais presque pas, à qui je n'ai jamais rien fait, et qui paraissait excessivement surexcité, m'a injurié gravement.

u II a dit qu'il y avait à l'état-major des lâches, des traîtres. Je lui ai dit de se calmer et de «s'expliquer.

0 II m'a dit alors, avec un emportement approchant de l'ég^arement, que si j'avais ving^t-deux ans de service, je n'étais qu'un vieux serin ^ que j'étais trop connu, que j'avais mendié mes galons; que j'étais chez lui et qu'il pourrait me faire sortir,

«Je l'ai sommé de produire ses états de service, en lui offrant de lui montrer immédiatement les miens. // a refusé.

u J'aurais pu et je pourrais mettre cet officier aux arrêts pour avoir insulté un homme qui lui est supérieur en grade.

« Je préfère vous faire simplement connaître un fait aussi scandaleux.

u J'en ai parlé au colonel Henry.

u J'«n ai parlé à plusieurs de mes collègues et à des capitaines, qui sont indignés.

« Si le général ne croit pas devoir intervenir, je demanderai la réunion d'un conseil de famille ou d'un conseil de commandants, devant lequel le capitaine Tribalet devra s'expliquer et se justifier.

u La scène a eu lieu devant le lieutenant Segoillat et un autre officier.

« Le commandant faisant fonctions de secrétaire général de tétat-màjor,

« Signé : G. Épailly. «

On cherchait des prétextes contre les prêtres, comme le prouve cette note d'un rapport.

sous LA COMMUNE. 85

Rapport du 8 avril du chef de la police municipale A. Dupont,

u J'ai été informé qtie les réacteurs cléricaux répandent le bruit que tout sera terminé cette nuit (nuit du 8 au 9 avril). »

Certainement, beaucoup de personnes à Paris pensaient que la rentrée des troupes, après une retraite étrangement précipitée, ne se ferait pas attendre.

A Cluseret.

« Le directeur de la maison d'arrêt de Saint-Lazare me prévient qu'il a à votre disposition des femmes pouvant faire des cartouches.

« Ed. LEyRAUD.»

« Il y a au Château-Rouge un dépôt de je ne sais quoi, un bureau quelconque On y a trouvé un état-major considérable. S'il y a une besogne quelconque, c'est de, distribuer des effets aux soldats rentrant dans Paris. On se décharge de ce soin . sur quelques gardes nationaux, et tout l'état-major passe sa vie,... à déjeuner!.... Ce sont tous ce qu'on appelle de bons garçons, de ces bons garçons qu'on trouve à minuit ou une heure dans des estaminets borgnes, de bons vivants A V Officiel et partout, c'est

la même chose. Il faut chasser à coups de fouet toute cette bohôme. Boire, fumer et manger, dire des ordures, il lui importe peu aux dépens de qui elle vivra, République ou Empire, » etc.. (10 avril.)

Cette lettre est signée Pérot >.

RAPPORTS DE POLICE

Nous commençons ici la publication de ces rapports de police dont nous avons parlé plus haut. Ils peuvent être considérés comme faisant suite à ces rapports des observateurs de r esprit public avec lesquels nous avons composé un tableau de Paris en 1794 et 1795. On dirait qu'une parenté étroite

^ Beaucoup de pièces que nous reproduisons sont tirées des dossiers individuels composés avec les papiers de la Commune. Les unes se rapportent à la situation de Paris, les autres à l'état moral des esprits, au fond de la société sous la Commune.

unit les rédacteurs de 1794f et ceux de 1871. La ressemblance des procédés de rédaction , l'analogie des sentiments et des réflexions, donnent à ces relations un caractère de famille. Qu'on les rapproche , et on reconnaîtra la justesse de notre observation. Quant au fond de la société qu'ils dépeignent, il a également

bien des traits de ressemblance. Cependant , à choisir, nous aimerions mieux l'ancien Paris. Il restait en lui des préjugés salutaires, par exemple, l'amour de la patrie, et le progrès n'avait pas encore introduit la religion de l'égoïsme et le culte des intérêts des classes, qui est devenu le dissolvant de toute sociabilité , la négation des nationalités.

Les reporters qui adressaient leurs relations au reporter en chef y dont nous publions l'œuvre de rédaction, se répandaient dans toute la ville. Ils exploraient successivement les quartiers riches et les (\\x^vi\eT^ populeux . Ces quartiers riches étaient qualifiés réactionnaires y tels que la Bourse, les boulevards, la rue Saint-Honoré. On récueillait les propos qui s'y tenaient, géné- . ralement fort hostiles à la Commune, et il semble que la complaisance avec laquelle ils sont relatés parfois accuse un peu, non certes la bonne foi du reporter ^ mais au contraire une sorte d'adhésion secrète à la critique. Une phrase dans laquelle il regrette que ses moyens ne lui permettent pas d'user plus largement de l'impériale des omnibus (15 cent, par voyage), indique que ce fonctionnaire , comme les autres fonctionnaires de la Commune, était assez maigrement rétribué.

QUARTIERS POPULEU]!^.

Boulevard SébastopoL — « L'on dit que M. J. Favre a eu aujourd'hui une entrevue avec M. de Bismarck, à Enghien, au sujet des affaires de Paris.

« Une dame de Lagny est venue à Paris ce matin. Elle a dît qu'il arrivait chaque jour de nouvelles troupes allemandes dans cette contrée, avec le matériel des ambulances; elle en a quatre chez elle. Ils lui ont dit qu'ils allaient bientôt se battre avec les Parisiens. Ils ne chercheront pas à nous prendre par la force ou à bombarder la ville, parce qu'il y aurait trop de victimes. Ils nous auront par la famine. .

Fac-similé de l'arrêté concernant la Colonne Vendôme,

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sous LA COMMUNE. 87

Bourse. — « M. Thiers maintiendra la République tant qu'il restera au pouvoir. La Commune la renversera.

M Le suffrage universel n'a pas de raison d'être maintenant. La population de Paris n'est pas assez instruite pour le comprendre, non plus que celle de la province. Il faut instruire avant de le mettre en pratique.

<( La Commune n'a pas le droit de réquisitionner ce qui appartient à l'État ; elle n'a pas non plus le droit de se donner comme un gouvernement; elle ne peut pas faire de lois ni de décrets.

« Il ne suffit pas de prêcher les doctrines républicaines , il faut encore les pratiquer. Si la Commune était restée dans le programme qu'elle s'était tracé , elle aurait beaucoup plus d'adhérents qu'elle n'en a; mais elle a voulu déposer un gouvernement, et aujourd'hui elle voudrait gouverner Paris et encore la province. Elle devrait s'en tenir à ses franchises municipales.

« Il faudrait proposer le citoyen Louis B]anc pour être Président de la République. C'est un bon patriote et un vrai républicain.

Concorde. — « Les deux gouvernements jouent la comédie ; ils se battent pour rire. Ce n'est pas avec des coups de canon qu'on nous donnera la liberté. — Un monsieur est allé, il y a deux jours, à Asnîères et à Levallois. Il a dit que l'on employait de la poudre pour rien. On tire beaucoup de coups de fusil , mais ils n'atteignent pas. n

RÉPUBLIQUE FRANÇAISE

COMMUNE DE PARIS

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