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LES COMPTABLES MILITAIRES SOUS LA COMMUNE

Pour être exact, ce titre aurait dû être allongé de quatre mots, et pendant le siège, La fatalité des circonstances, la désorganisation générale , l'esprit d'indiscipline et de révolte , l'incapacité et la couardise des hommes qui s'étaient chargés du gouvernement , ont fait du siège , il faut le répéter sans cesse , l'école de tous les vices, de tous les abus, de tous les désordres qui se sont produits sous la Commune. Il faut, disons-nous, ne pas se lasser de le répéter, parce qu'il est bon qu'on sache enfin chez nous au prix de quelle responsabilité morale on s'arroge le droit de protéger, de diriger, de gouverner la nation.

Monsieur Cluseret, chef de la commission militaire.

« Vous ignorez probablement que la plupart de MM. les capitaines de la garde nationale se font un assez joli revenu sur l'état effectif des compagnies, en faisant figurer sur la feuille beaucoup plus de présents qu'il n'en existe réellement. Le surplus dans leurs poches. '

« Vous êtes trop exalté républicain et trop honnête homme pour participer à un tel abus ou à un tel vol.

« Vous l'ignorez sans doute; il est bon de vous en'instruire, pour que vous jugiez de la probité de quelques républicains, et mettre un terme au gaspillage des deniers de la Commune.

«Recevez, Monsieur, l'assurance de notre considération, avec laquelle nous avons l'honneur d'être votre serviteur. *

« Signé : L. Louis.

« Avril 1871. >

sous LA COMMUNE. 117

Extrait d'une lettre du chef de la 17« l^ion de la garde nalîonalede Paris, du 21 avril 1871 :

«Appelé par le délégué à la guerre, le général Cluseret, le citoyen Bourban faisait au Trocadéro , en présence d'officiers d'ar- ^tillerie , des expériences.

« Si le délégué à la guerre ou le comité d'artillerie sont disposés à se servir de ce moyen , aussi prompt que redoutable, ils peuvent donner les ordres nécessaires pour faire livrer dans l'endroit qu'ils jugeront convenable les produits préparés.

« La quantité à la disposition de la guerre est en .ce moment d'environ quatorze cents litres. »

Extrait d'une autre lettre de Bourban :

« Depuis six jours je suis le seul gardien responsable de douze cents kilogrammes de produits inflammables dont vous m'aviez ordonné la fabrication. »

l'orthodoxie de la commune.

« Au moment où le citoyen Couenin (ancien militaire en retraite) passait devant la grille d'entrée des Tuileries, il fut arrêté par le capitaine Méseray, du 61" bataillon, et chef de poste. Le motif de cette arrestation, au dire du caporal et des hommes du poste qui ont amené le citoyen Couenin, serait le propos suivant, tenu par le citoyen garde national au bataillon : En voilà un qui ne marque pas trop bien, ce doit être un gendarme. — Puis le même citoyen ajouta peu après : On vous arrête parce que vous avez une figure qui n'est pas catholique, »

Suivent les signatures de six personnes qui attestent avoir été témoins du fait.

On vient de voir qu'il n'était pas bon d'avoir un physique non orthodoxe aux yeux des autorités militaires de la Commune. Mais les fédérés ne se ménageaient pas entre eux, comme le prouve le rapport suivant, revêtu du timbre de l'étatmajor de la garde nationale de la Seine :

, RAPPORT

«Allant à la maison de distribution àes vivres, boulevard

Lannes, le factionnaire Austruy, sur le rempart, nous couche en joue et tire sur nous.

u La bourre est tombée à nos pieds.

u Suivent quatre si(]^natures : Broc , sous-lieutenant du 72*" bataillon, 7* compagnie; Hermann , sergent -fourrier; Michael , Beubech. n

J'ai trouvé un certain nombre de pièces du même genre (dossier Police) ; histoire de rire !

RAPPORT

Service. — « Le service est généralement mal fait^ des sentinelles assises , même couchées ; les officiers n'osant pas commander, et laissant commenter tous les ordres par les gardes.

u La 8* compagnie du 109", arrivée avant-hier sur la place, ne possède plus actuellement qu'un caporal et trois gardes ; les officiers, sous-officiers et caporaux, ont quitté la place peu après avoir reçu leurs vivres. »

Rapport des délégués du comité sur t affaire du commandant Ferrât,

a Jeudi, 20 du courant, les soussignés se sont transportés au XX* arrondissement pour procéder à une enquête sur l'affaire du citoyen Ferrât, commandant le 80* bataillon, lequel bataillon tout entier se trouvait réuni salle de l'Élysée-Ménilmontant.

u Deux points étaient à éclaircir, savoir : insubordination , réquisitions.

« Sur le premier chef, il ne s'est trouvé personne pour affirmer le fait qui se serait passé entre le général Cluseret et le citoyen Ferrât.

a Pour les réquisitions , elles se bornent à ce simple fait , qu'un paysan a été réquisitionné de trois ou cinq lapins , que le citoyen Ferrât aurait payés par un bon d'une valeur de huit francs.

« Dé plus , tout le bataillon proteste contre l'arrestation de spn chef, et demande qu'il soit relaxé immédiatement, ayant conservé l'estime de tous ses subordonnés «

« Le membre du Comité central délégué à cet effet.

• u Signé : Fougère.

• 22 avril 1871. »

sous LA COMMUNE. lltt

Petidant que les rapports de police montrent la lassitude qui s'empare des esprits à riches convictions , et le redoublement d'efforts pour arriver à la conciliation dont l'espoir les leurre, — voici par quels mensonges on cherchait à prévenir les effets du découragement des défenseurs de la Commune :

ft Rapport militaire. Un bataillon de ligne a mis bas les armes à Asnières pour venir à nous, etc.; — un escadron de chasseurs à cheval s'est présenté pour se rendre, etc. »

On publiait ces impostures dans le Journal officiel. Bien entendu qu'il n'y avait pas là un mot de vrai.

RAPPORT DE POLICE

Quartiers réactionnaires.

Palais-Royal. — « On dit que la Ligue de l'union républicaine vient de modifier son programme : il se rapporte avec la déclaration de la Commune. Il a été communiqué aux membres de l'Hôtel de ville, qui ont donné officieusement leur assentiment, et on espère qu'il sera adopté en délibération. Tout le monde le souhaite.

« Une délégation de la Ligue doit se rendre à Versailles pour demander un armistice qui fera aboutir à une conciliation.

fc On dit qu'un membre de la Commune a donné sa démission hier au soir, parce que les autres membres ne vpulent pas entendre parler de conciliation. »

Concorde, — « Un voyageur, arrivé de Saint-Denis depuis midi,, dit qu'il est arrivé hier une centaine de gendarmes versaillais dans cette ville. Ils ne sont pas armés. Depuis quelques jours , beaucoup de soldats versaillais désertent, et c'est dans le but d'arrêter les déserteurs qu'ils ont été envoyés sur ce point.

« On blâme partout le Gouvernement de Versailles.

« Un armistice a été demandé au Gouvernement de Versailles, afin de permettre aux malheureux habitants de Neuîlly, qui sont depuis plusieurs jours réfugiés dans les caves, de rentrer dans- Paris. Il a été refusé. Us sont moins humains que les Prussiens.

u On blâme le Gouvernement du 4 septembre, w

Quartiers populeux,

« Aujourd'hui , dans les q.uartiers Montreuil , Gharonne, Neuilly, et dans le faubourg Saint-Antoine, grande agitation.

« L'on ne s'occupe guère que d'une chose aujourd'hui : la menace de l'occupation des forts de l'Est par les Versaillais.

« Ce que Ton craint le plus , ce ne sont pas les canons versaillais, après les canons Krupp ; non , c'est la possibilité d'être rationné à nouveau. .

« Les femmes jettent les hauts cris : Plutôt mourir, disent-elles , que d'être soumises encore aux souffrances que nous ont infligées Trochu , Favre, Ferry et consorts ; plutôt mourir que de recommencer à faire la queue !

u Et que Ton ne rie pas avec ce mot-là. Faire faire la queue serait une cruelle chose pour notre cause.

u Plusieurs citoyens répondent à ces femmes qu'elles sont folles de trembler.

u Eh bien, et le fort de Vincennes?... et la province qui se reu mue, et qui ne souffrira pas un second siège? et l'impossibilité u de cerner Paris avec l'armée de Versailles ( il faudrait trois cent u mille hommes pour cela)? n Et la révolte qui fomente de plus en plus dans les rangs de nos ennemiis ! Et puis enfin le soleil de la vérité qui , perçant les lignes versaillaises , projettera bientôt ses rayons sur les villes et les campagnes même.

« J'ai entendu dire à des citoyens : a Qu'ils s'emparent des forts , s'ils l'osent!.... et demain tous les citoyens qui ne veulent pas marcher sous prétexte (je l'ai entendu dire souvent ) que cette guerre est une guerre (fopinionsy prendront alors le fusil pour détruire ceux qui voudront. les faire mourir de faim. {Ils laissent de côté le bombardement,)

u D'autres citoyens traitent les bruits qui courent ( voire même la présence des Versaillais à Saint-Denis et à Charenton ) de canards réactionnaires. A l'appui de cela, un garde, revenant d'Asnières, assurait qu'une colonne de gendarmes s'étant présentée à Saint- Ouen, aurait été repoussée par un cordon de Prussiens, et que même un échange de coups de fusil aurait eu lieu. Je donne ceci comme je l'entends, c'est-à-dire sous toutes réserves.

Cl Beaucoup de citoyens demandent que l'on fasse sortir deux cent mille hommes à la fois, flanqués d'une menaçante artillerie, afin d'en finir de suite avec Versailles. Bon nombre de citoyens

répondraient à cet appel (se disant : Enfin !... nous allons en finir !).

u Là serait, ajoutent-ils, le moyen d'apporter le dénoûment si désiré de cet effroyable drame.

« L'article de Rochefort de ce matin a fait, beaucoup de bien sur l'esprit des masses.

«I Je répète ce que j'ai dit souvent : Le peuple aime Rochefort, n'étant pas optimiste, jugeant ^généralement à froid les événements qui se succèdent avec tant de rapidité. Lorsqu'il a confiance, ses lecteurs ont confiance. Il dit aujourd'hui que la province* se soulève, et qu'il y a presque anarchie dans le camp de nos ennemis. Cela est un lénitif , un baume pour les blessures que vient de faire dans le cœur dei bien des g^ens la menace de l'occupation des forts par nos ennemis.

tt Plus le dangfer est pressant , et plus on doit prendre des mesures énergiques. C'est l'avis de tous ceux que j'écoute, et l'on s'étonne que le décret de la Commune , concernant la levée des hommes de dix-neuf à quaraQte ans , reste encore aujourd'hui presque à l'état de lettre morte (au moins pour ceux qui refusent obstinément de marcher).

u Le découragement se met dans les rangs même des hommes à riches convictions , se voyant,- eux, pères de famille avec trois ou quatre enfants, toujours le fusil à la main, toujours sur la brèche, lorsque Paris, en ce moment même, pullule de grands et forts jeunes gens se promenant dans les riies les bras ballants.

ti II faut que la Commune avise une dernière fois, et cela d'une façon radicale ; sinon ses plus chauds partisans finiront par rentrer chez eux pour n'en plus sortir.

a J'ai dit déjà, d'après l'avis de beaucoup, ce qu'il fallait pour obvier à la répugnance que les gardes éprouvent à faire eux-mêmes respecter les décrets de la Commune; ce serait de créer un corps spécial, qui ne connaissant pas les réfractaircs ne pourrait s'en faire des ennemis. (II me répugnerait d'aller trouver un voisin récalcitrant pour lui dire : « Tu vas marcher ! »)

« Les démissions de trois conseillers communeux indisposent la population, celle en expectative de Félix Pyat surtout.

« L'on craint la désunion , la désunion étant l'arme fatale qui a toujours perdu les meilleures causes.

«L'on parle aussi de la franc-maçonnerie, qui, armée du programme de la Commune, veut arriver à une entente.

u Mais la franc-maçonnerie et l'Union républicaine ne donnent

que des espérances. Il faut plus que cela aujourd'hui, il £Eiut la conviction de Vaincre, et pour cela, sans s'occuper d'autre (;hose , il faut consacrer tous ses instants à l'organisation. L'on voit des canons partir sans affûts. (Les pièces sont dans un parc, les affûts à une lieue de là, ) Si l'on voulait nommer une commission , recueillir tous les eng^ins, projectiles semés çà et là, la tête séparée du corps, en deux jours on aurait de nouveau, et en boni ordre, un parc formidable d'artillerie. Même chose pour les fusils et munitions.

« Réorganisation , réorganisation ^ et surtout levée sérieuse d'hommes, et dans peu de temps*, Paris, la France, et qui sait? l'Europe peut-être, illumineront, la tyrannie ayant mordu la poussière.

u Voilà ce que /entends dire.

« Bref, journée agitée ; cette agitation est provoquée, comme je le dis plus haut, par la crainte de voir les forts occupés par les Versaillais. »

Jamais journée plus glorieuse *pour la Commune, si l'on en juge d'après les rapports publiés dans V Officiel:

« Une mitrailleuse a mis les Versaillais en déroute. »

« Quatre heures du matin. Versaillais repoussés avec perte. »>

« Trois heures. Versaillais en retraite. »

« Versaillais fléchissent. »

Cependant, c'est avec joie qu'on pensait au lendemain et à l'armistice de vingt-quatre heures accordé aux malheureux habitants de Neuilly pour se soustraire aux horreurs du bombardement.

RAPPORT DE POLICE

Quartiers réactionnaires,

Bourse, — « On dit que les membres de l'Hôtel de ville sont désunis, et que bientôt la Commune aura existé. Chaque jour un ou plusieurs membres se retirent; il n'en reste presque plus. Ils voient 'leur cause perdue*.

« On accuse le gouvernement de Paris de recevoir de l'argent des Bonaparte, e1 de travailler pour FEmpire.

sous LA COMMUNE. ' 123

u On dit que les fédérés sont déjà très-fatigués de la lutte. La plupart refuseront de marcher d'un moment à l'autre , et pour le moindre échec.

u La Commune fait faire des perquisitions dans certaines maisons, sous prétexte de voir s'il y a des armes cachées; c'est tout simplement pour s'emparer de l'argent, quand il y en a.

« On blâme beaucoup le Gouvernement de Versailles.

il On dit que la Commune s'occupe trop des affaires eouvernementales. Elle aurait plus de partisans si elle s'en tenait aux affaires municipales. »

Concorde, — « On dit que dans le département de Seine-et-Oise les sergents de ville vont dans tous les cabarets faire parler les ouvriers, et tous ceux qui défendent les fédérés sont arrêtes le lendemain.

« On dit qu'il y a à Versailles des régiments entiers qui ne veulent pas marcher sur Paris. Un monsieur a causé ces jours derniers avec un lignard , qui lui a dit que ce n'était pas la peine de se ■rendre à Paris, parce que la. garde nationale fusillait de suite les prisonniers. ,

it On devrait empêcher les curieux de monter sur l'Arc de triomphe à cause du danger. 11 y en avait plus de cinquante aujourd'hui, et les bombes pleuvent tout autour.

« On blâme partout le Gouvernement de Versailles. »

FÉDÉRATION BÉPUBLICAINE DE LA GARDE NATIONALE

COMITE CENTRAL

« 24 avril 1871.

« Citoyen Moreau ,

« Nous recevons la protestation que nous avons adressée à Cluseret après l'arrestation de Ferrât. Cette protestation est annotée par Cluseret. Il passe à côté de la question. Nous n'avons pas protesté contre l'arrestation du commandant, mais contre celle du délégué au sein du Comité.

« Nous garderons l'attitude que nous avons prise tant que le citoyen Cluseret n'aura pas pris en sérieuse considération les notes que nous lui avons adressées.

(t Pour le Comité', et par délégation, le sedrétaire général.

a Signé : L. Boursier-Lacord, »

Pendant l'armistice, spectacle navrant de la retraite sur Paris d'une partie des habitants de Neuilly. Cependant beaucoup restèrent à Neuilly, vivant dans les caves, s' attendant à chaque instant à y recevoir des obus et des balles, subissant successivement la loi des troupes et celle des communeux , qui se disputaient la possession de leur territoire. Comment expliquer ce bizarre attachement au toit et au logis?

RAPPORT DE POLICE

Intérieur,

Bourse, — « On dit que les Yersaillais ont une artillerie trèspuissante, et dix fois supérieure à celle des fédérés. Une attaque décisive est prochaine , et cette fois ils entreront.

u Les Yersaillais doivent attaquer sur plusieurs points à la fois afin de disséminer les forces des fédérés. Gela leur permettra d'entrer plus facilement. Ils ont fait de grandes concentrations de troupes depuis deux jours.

« Il est question d'attirer les fédérés dans Neuilly, et de les écraser.

« On blâme toujours le Gouvernement de Versailles. »

Concorde, — « On dit que les ministres sont en désaccord à Versailles. M. Thiers n'est pas d'accord avec les généraux. Le premier travaille pour le Comte de Paris, et les autres pour l'Empire.

« Si les fédérés peuvent tenir quelques jours encore, les lignards de Versailles se battront avec les gendarmes et les sergents de ville, parce qu'ils ne veulent pas marcher sur Paris.

u On blâme partout le Gouvernement de la défense nationale.

«Nos positions ne sont pas assez pourvues d'artillerie, et ne pourront pas résister à une attaque sérieuse , principalement à Neuilly et à Montrouge. »

Bourse, — « On dit qu'il y a uii grand découragement parmi les fédérés. La moitié de ceux qui rentrent disent qu'ils ne retourneront plus se battre, ils sont tout au plus cinquante mille hommes (soldats de trente sous), ils n'empêcheront pas les Versaillais de rentrer.

« La Commune n'a pas plus de raison que le Gouvernement de Versailles; ils sont aussi entêtés l'un que l'autre. Comme la conciliation n'est pas possible , il faut demander leur démission et faire de nouvelles élections de suite.

u On dit que Thiers et les ministres sont fous, n

Concorde, — « On dit que les lig;nards et les marins de Versailles se battent contre les g^endarmes et les sergents de ville.

a Si la Commune triomphe , Paris et la France seront sauvés ; sinon la lutte recommencera dans quelques mois.

« Si les Versaillais entrent dans Paris , tous les citoyens prendront les armes et aideront les fédérés. Ce jour-là , presque tous les li(piards mettront la crosse en l'air.

u On demande que M. Thiers soit pendu. »

XIX* arrondissement, — « Envois continuels de Cet arrondissement des citoyennes dont les maris ou enfants qui appartiennent à l'armée soit comme prisonniers ou blessés et non rentrés à Paris, qui réclament l'allocation des soixante-quinze centimes qui leur est refusée par ces motifs que le délégué ou employé à cet effet dans l'arrondissement exige que le bureau de la guerre constate qu'ils ne reçoivent rien d'autres mains.

« Me renseigner.

a En attendant, j'ai du renvoyer ces mères en subsistance dans

leur arrondissement.

u Signé : Gontué. »

Nous avons vu plus haut la résistance des gardes nationaux , dans l'affaire Ferrât, aux ordres de Cluseret. Voici une protestation d'un autre bataillon contre Rossel, qui bientôt sera appelé à prendre la succession de Cluseret. Anarchie partout.

COMMUNE DE PARIS

COMM.ISSION EXECUTIVE.

« Paris, le 21 avril 1871. tt Au Citoyen Clusebet,

tt Le 105« bataillon est devant la prison du Cherche-Midi pour réclamer ^es officiers (au nombre de sept).

u Parmi ces officiers se trouve le citoyen Garantie, excellent républicain, blessé grièvement, dont le fils vient d'être fusillé par les

Versaillais; le citoyen Durand, de la délég^ation du XX" arrondissement, etc., etc. '

« C'est le citoyen Rossel qui a signé l'ordre d'arrestation du citoyen Garantie.

«Le commandant du 105*, Wise, homme d'affaires, ivrogne, est honni de son bataillon.

« Le 105'^ est le seul bataillon fédéré du VU" arrondissement.

« Citoyen Cluseret, avisez à cette situation pressante.

u Salut et égalité.

<f La permanence de la commission executive, ti Signé : Paschal Grousset, Jules Andrieux, Léo Franrel. n

Le 26 avril , une nouvelle réunion maçonnique prit la résolution suivante : -

a Ayant épuisé tous les moyens de conciliation avec le Gouvernement de Versailles, la franc-maçonnerie est résolue à planter ses bannières sur les remparts de Paris , et si une seule balle les touchait, les F.*. M.*, marcheraient d'un même élan contre l'ennemi commun. »

u Les francs-maçons devaient tenir leur parole , et faire du 26 avril 1871 une des plus grandes journées de la révolution, n (Malon, p. 244,246.)

Extrait du discours du F.*, Thirifocq à l'assemblée maçonnique :

(I Oui, Citoyens frères, nous allons nous adresser à ces

soldats, et nous leur dirons : Soldats de la même patrie, venez fraterniser avec nous ; nous n'aurons pas de balles pour vous avant que vous nous ayez envoyé les vôtres ; venez, nous embrasser, et que la paix soit faite. (Bravos prolongés. — Sensation.) n (Malon.)

Le F.-. Thirifocq avait eu là un trait de génie. Il estclairque si ce langage était toujours entendu par les soldats, il n'y aurait jamais de résistance , et toutes les insurrections seraient victorieuses. Nous recommandons ce procédé aux voleurs parlant aux gendarmes. Quel est le gendarme qui ne serait touché' jusqu'aux larmes par cette éloquence fraternelle?

sous LA COMMUNE. 127

— Nous nous rappelons avoir rencontré vers cette époque , peut-être le 28 avril, trois personnages qui se promenaient gravement à dix heures du soir dans Tavenue d*£ylau, revêtus de costumes bizarres fort chamarrés. Le plus grand et le plus âgé disait à ses compagnons : « Je ne puis croire qu'ils ne s'arrêteront pas devant la majesté de ces insignes. — Allons donc ! répliquait le plus petit, est'-ce qu'ils respectent quelque chose? £h bien! moi, je suis certain qu'ils nous accueilleront à coups de fusil. » Ce doute reridait évidemment perplexe le grand homme , qui se tâtait pour savoir s'il remettrait son costume le lendemain. Il parait que les prévisions du francmaçon sceptique se sont réalisées. Cependant nous ne croyons pas qu'il y ait eu de francs-maçons tués ou blessés, lors de leur démonstration solennelle.

La confiance de cet important personnage maçonnique dans la magie prestigieuse de ses insignes était assurément ridicule, mais qui la lui avait inspirée? Ne sont-ce pas les gouvernements, qui ont successivement montré tant de déférence pour une institution surannée , dépourvue de toute siîgnification , qui ont mis à sa tête de hauts fonctionnaires de l'Etat? Comment ces bonnes gens ne se preiidraient-ils pas au sérieux lorsqu'ils voient jusqu'à des maréchaux de France, rechercher l'honneur de figurer au nombre de leurs premiers dignitaires? Il faut traiter la franc-maçonnerie comme elle mérite de l'être. Si c'est une association dangereuse, la combattre; si c'est une association futile, la dédaigner; si c'est une institution salutaire, l'honorer et lui donner une importance dans l'État. On Ta laissée subsister, en s'en moquant et en la surveillant. Le peuple ne comprend rien à ces finasseries ; il croit à la franc-maçonnerie , et il se sent plus fort lorsqu'il marche avec elle.

RAPPORT DE POLICE

Quartiers populeux,

« Aujourd'hui, grand émoi dans le XI« arrondissement. u Le lait a manqué dans certains endroits. De Jà, cris d'alarme des ménagères, se voyant déjà aux beaux jours du rationnement.

« Il y a huit jours ^ elles en eussent rendu la Commune respon* sable ; aujourd'hui elles s'en prennent aux Yersaillais. — Le progrès marchera toujours.

« À la porte de la Mairie , où il y a beaucoup de monde, j'écoute quelques orateurs.

« L'un dit : — L'on peut parfaitement empêcher l'eau d'arriver à Versailles ainsi qu'au Mont-Valérieni Pourquoi ne le fait-on pas? Ils veulent nous affamer ! Assoiffons-les ! {sic.)

u Un autre : — Le seul moyen d'en finir au plus vite, c'est de fermer les ateliers ; de cette façon, les réfractaires , ne travaillant plus, seront bien obligées de marcher pour mang^er.

« Une femme : — Ah ! si vous aviez vu comme moi hier dans quel état est Neuilly. Affreux ! épouvantable ! plus une maison debout ! — Gela vous étonne, citoyenne ! répond un garde national loustic, ne savez-vous pas que Thiers est un démolisseur?

u Ce qui me frappe dans tout ce que j'entends , c'est l'accord parfait qui existe pour stigmatiser les bombardeurs ruraux.

u Un citoyen , arrivant de province , assure dans un groupe que l'on donne partout aux soldats arrivant d'Allemagne des blouses et des pantalons de toile , afin qu'ils puissent échapper au recrutement des gendarmes.

u Les gendarmes deviennent de plus en plus nombreux à Saint- Denis.

« Je me dirige de nouveau vers Montmartre, car c'est sur ses buttes que Ton rencontre le plus de monde. Toutes les classes de la société semblent chaque jour s'y donner rendez-vous. Tout s'y trouve mêlé.

« Le rouge et le blanc s'y repassent la lorgnette.

u A deux heures, combat sur toute la ligne : toutes les batteries entrent en licç. Toutes entonnent le cantique de la mort (celles du château de Bécombe (Bécon) prennent le dessus). Les éclats d'obus se succèdent de toutes parts , et les mitrailleuses ne tardent pas à se mêler au concert funèbre.

« A la vue de cette tuerie d'hommes et de maisons, il y a là encore un touchant accord pour maudire les Attila et les Tamerlan de Seine-et-Oise.

u II n'est plus question d'opinions. — Tous disent en montrant les positions versaillaises : u Allons, il faut en finir avec cela! »

tt II faut en finir ^ voilà ce que tout le monde dit aujourd'hui.

(( Beaucoup de mots et peu de résultats !

sous LA COMMUNE. i£9

« On craint que le découragement ne se mette dans les rangs de la garde nationale, et alors !

u II faut employer, fait-on presque partout, les moyens les plus énergiques, pour en finir au pJus vite.

(1 C'est long c'est trop long.

f( Beaucoup de citoyens que j'écoute causer sur les buttes arrivent à ne plus prendre au sérieu^i le chef du pouvoir exécutif tVi partibus.

« Ils l'appellent : Obus /•% vieux puffiste y vieux saltimbanque,

a Mais ce qui fait le plus de bien à notre cause, c'est la certitude que l'on a aujourd'hui que Thiers n'a fait que tirer les marrons du feu; que les traineurs de sabre préparent l'entrée triomphante de Paris au jeune Badinguet.

(c Thiers propose, Mac-Mahôn dispose.

« Les bourgeois repoussent cette idée avec horreur. — « Si cela u était, disent-i]s, nous prendrions le fusil aujourd'hui même. »

a Vous les enteiidriez crier : La Commune ou la mort I

a Un Suisse, qui me montre son passe-port, m'assure que la guerre entre son pays et la Prusse est chose certaine à l'heure qu'il est, et que l'Helvétie rappelle tous ses enfants.

M Un citoyen nous annonce que le 147*, qui vient de revenir pour se reposer un jour seulement, a perdu 50 hommes tués ou blessés. Je dis perdu y ajoute-t-il, parce qu'aujourd'hui toutes les blessures qu'ils nous font là-bas sont suivies de mort presque immédiatement *. M. Thiers n'aime pas voir souffrir.

tt Ce qu'il y a de bon dans ce que j'ai recueilli aujourd'hui, c'est, je le répète, le mépris presque unanime que l'on a dans Paris pour nos ennemis. »

Le citoyen Sellie réclame huit hommes, dont quatre du génie, pour couper les eaux de Bécon et du Mont-Valérien :

u Ancien inspecteur de la Compagnie des eaux, il sait où sont les regards ,^ qu'il a posés lui-même.

u II peut couper les eaux de Marly par la Maison-Rouge, dont il

t II est bien vrai que V alcoolisme dont étaient atteints la plupart des blessés, rendait ordinairement leurs blessures mortelles.

a la clef. Ce citoyen a déjà coupé les eaux d'Asnières jeudi et celles de la presqu'île de Gennevilllers.

u Le chef (f état-major, n

Lettre de la femme Piçiaire, membre de t Union des femmes pour la défense de Paris,

« Couper l'eau du Mont-Valérien. »

Réponse, — « Ils vont chercher l'eau à la Seine avec des tonneaux. »

a Le directeur de la maison d'arrêt (du Cherche-Midi) reconnaît avoir reçu aujourd'hui , dans ladite maison , le nommé Jansoulé, commandant de la place, en exécution d'un ordre du citoyen Cécilia, en date du 26 avril, n

Il y avait un fonds de naïveté prodigieux chez ces hommes de la Commune. Le jour de la manifestation maçonnique, nous yfmes arriver au grand trot dans l'avenue des Champs-Elysées un gros garçon paré des insignes de membre de la Commune, qu'on nous dit être Léo Meillet. Il se dirigeait vers l'Arc de triomphe , lorsqu'on lui cria : Citoyen , n'avancez pas , on tire sur les francs-maçons. Impossible de voir rien de comique comme l'expression du visage de ce brave. On y lisait la crainte, et l'horreur du sacrilège qui lui était révélé, mais la crainte surtout. Après un instant d'hésitation , il tourna bride et piqua des deux vers l'Hôtel de ville.

A propos de ce Léo Meillet, je demande la permission atr lecteur de rapporter une anecdote que j'ai entendu raconter par un membre du Gouvernement de la défense nationale , anecdote qui peut donner une idée de la présomption du personnage et de ces agitations factieuses qui pendant le siège ont préludé à l'insurrection du 18 mars. En rentrant chez înoi , j'ai écrit la conversation à laquelle j'avais assisté. Je crois donc que mon récit doit être exactement la reproduction de celui qui a été fait en ma présence :

sous LA COMMUNE. 131

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