‹ Le fond de la société sous la CommuneChapitre 32 sur 117 · PROJECTILES CHIMIQUES · texte numérisé non relu

PROJECTILES CHIMIQUES

u Le projectile chimique est au projectile physique ce que le moyen de destruction employé par le serpent est à celui donné à Taille et au lion par la nature.

u Réalisation pratique de l'idée.

u L'obus à balles de quatre renferme quatre-vingts balles de gendarmerie, reliées par du soufre fondu. En remplaçant ces quatrevingts balles par un même poids de plomb de chasse double zéro, enduit d'une substance empruntée à la toxicologie , les effets destructeurs de l'obus seront centuplés, puisqu'un seul grain de plomb suffit dans ces conditions pour mettre un homme hors de combat.

M Signé : Blanc ho.

« 21, rue de Seine, n

— Dans cette nation de comédiens, le théâtre se retrouve toujours : en 1793, c'étaient les acteurs eux-méme$. qui figuraient sur les plus hauts gradins de la Montagne : Grammont , Collot d'Herbois, Fabre d'Églantine, etc. En 1871, c'est l'imitation des drames ^u boulevard qui alimente l'éloquence des héros, de la Commune ; la prosopopée surtout joue un grand rôle. Dans la première Révolution, les livres doctrinaux étaient les Révolutions romaines de Vertot, Y Emile de Rousseau, les Nuits d'Young; aujourd'hui, c'est Mélingue, c^est Bouchardy, c'est Victor Séjour, dont on répète le jeu ou la littérature.

Quant au communisme , qu'on a pris l'habitude d'appeler le socialisme, il dérive en droite ligne de Proudhon. En 1793, on croyait, on édifiait avec Rousseau; en 1871 , on nie, on critique , on démolit avec Proudhon , qui n'a jamais su écrire que des pages, pas un livre, pas même un chapitre. Déplacez les chapitres, ils ne se suivent pas, quel que soit l'ordre que vous leur donniez. Rousseau et Proudhon marquent les deux points culminants de la période, et l'espace qui sépare la passion éloquente, l'affirmation enthousiaste , du scepticisme dogmatique et de la négation paradoxale.

{Note écrite le 28 avril 187Ï .)

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Le reporter dit plus loin le grand mot de la sagesse des modérés du temps : « L'un et l'autre (Paris et Versailles) devraient faire des concessions, n Voilà dans quel gâchis moral on était tombé! France et Commune de Paris, victime et bourreau, embrassez-vous ! 0 patriotisme de nos pères de 1792 ! Vaine fumée, piot vide, souvenir perdu, vertu qui n'existe que dans l'histoire ! Et ils se croyaient, ces- malheureux , les héritiers de ceux qui s'écriaient en défiant Téchafaud dressé devant eux : Périsse notre mémoire , mais que la patrie soit sauvée !

RAPPORTS DE POLICE

Bourse. — « La Commune oblige les usiniers à faire travailler, et elle force tous les ouvriers à prêter leur concours à la guerre civile. Ce n'est pas le moyen de favoriser le travail.

a On dit qu'en ce moment deux cent mille hommes de l'armée de Versailles investissent Paris. Un corps de trente mille hommes, parti de Besançon ,. marche sur la capitale. Il arrive tous les jours à Versailles six à huit mille prisonniers , qui sont incorporés immédiatement.

« La Commune aurait dû s'en tenir à ses franchises municipales.

ce La suppression des journaux , la loi martiale , le pillage des églises, etc., n'ont rien de commun avec les franchises municipales. En agissant ainsi , elle viole la liberté et tue la République.

a On blâme le Gouvernement de Versailles.

« On dit que le meilleur' moyen de sortir de la position actuelle serait de fonder une bonne république , mais il faut que M. Thiers reste,, pour quelque temps du moins, chef du pouvoir. Sans cela la république n'est pas possible. »

Concorde. — a La batterie du Trocadéro est impuissante contre le Mont-Valérien. Elle ne sert qu'à faire bombarder le quartier où elle est située et établie.

« Un individu qui a pu s'échapper de Versailles est arrivé ce matin à Paris* Il dit que l'on ne laisse plus sortir personne de la ville , ni femmes ni enfants. On renvoie en province des régiments {>resque tout entiers qui ne veulent pas marcher sur Paris.

(( Les habitants des environs ne peuvent plus venir s'approvisionner dans la ville.

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« Le gouvernement de Paris et celui de Versailles ont tort tous les deux. L'un et l'autre devraient faire des concessions, n

Quartiers populeux,

u Paris est radieux aujourd'hui... Ton s'aperçoit seulement que l'on est en plein printemps... Les yeux brillent d'espoir, les mains se pressent cordialement. L'on s'aborde en souriant, et toujours avec la même formule :

« Eh bien, ca marche!... ca marche!... » '

«c Ce qui provoque cette heureuse réaction , c'est la nouvelle de la grande manifestation franc-maçonnique.

« Les francs-maçons sont au Louvre; dans quelques heures , ils seront aux remparts,

« Avant deme diriger de ce côté , je vois passer plusieurs enterrements de gardes, accompagnés par les 108% 167" et 170'. Les cercueils sont recouverts de lauriers ( un feuillage inconnu à Versailles). Des victimes ! toujours des victimes ! s'écrie-t-on de toutes parts. Ce sera donc toujours le tour des honnêtes gens !

a — Patience , répond un citoyen , celui des brigands arrivera ; « l'heure de la vengeance approche.... » Bravo ! seulement l'aiguille qui doit marquer cette heure se nomme Justice.

« La rue de Rivoli regorge de monde.' Les terrasses des Tuileries sont encombrées ; aux Champs-Elysées Ton se bouscule. Ton se presse; on dirait un jour de fête. C'en est une en effet : celle du triomphe.

u II me faudrait écrire vingt pages pour donner, même sommairement, le compte rendu de tout ce qui se dit dans ces masses de citoyens.

a Cela peut se résumer de cette façon :

a Haine à mort à Versailles I

u Pas une seule concession!

u Vaincre ou mourir!

a Tous ceux que j'ai -entendus parler sont de cet avis.

« Les femmes surtout. (J'ai trop souvent dit du mal d^ elles pour ne pas leur rendre justice aujourdthui, ) Les femmes décidément acceptent la Commune, et ça n'est pas peu de chose.

u Tandis que l'on attend les francs-maçons aux Champs-Elysées, ils montent le faubourg Saint-Honoré. -Je cours au-devant d'eux. Tous sont salués avec enthousiasme aux cris de Vive la Commune l Beaucoup de conseillers communaux font partie du cortège. La démonstration, composée de dix mille citoyens au moins, et de

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quelques citoyennes, QSLQne l'avenue Friedland. Arrivée presque au bout, un. obus éclate au milieu d'elle. On se jette à plat ventre, et c'est au cri de Vive la République ! c[ue l'on se relève. Les obus se succèdent. {M, Thiers ne fait partie dt aucune loge probablement,) Peu de désordre dans les ranges. Les boites à mitraille pleuvent. Nous les saluons toujours aux cris de Vive la République I

« Une fois arrivé à la porte Maillot, je quitte la manifestation pour venir faire mon journal.

u En revenant , je vois de nombreux g^roupes dans la rue Saint- Honoré. La fureur est à son comble. Des francs-maçons qui redescendent crient : Aux armes!

ce II y a deux tués et quatre blessés parmi les francs-maçon?^ dit-on à chaque coin de rue. Une bannière a été percée. Eh bien, est-ce assez? et Paris va-t-il comprendre enfin que demain il doit ' être tout entier sous lés armes?

(c L'on ne sait si l'on doit maudire Thiers ou le remercier de ce qu'il a fait aujourd'hui.

«Moi , je le plains : on ne va pas au Capitole par Charenton. n

Bourse. — « On dit que les idées de la CSommune sont trèsbonnes, mais que la plupart des hommes de l'Hôtel de ville sont aussi ambitieux que ceux du Gouvernement de la défense. On voudrait une Commune avec des g^ens honnêtes et désintéressés, et non pas avec des hommes qui font piller les égalises et les administrations. Acceptons d'abord les principes, a dit un monsieur, nous chang^erons les hommes après, s'il le faut, mais maintenons la République. — Un monsieur dit que des g^ardes nationaux ont chanté la Marseillaise dans une égalise. C'est très-mal. On doit respecter les égalises et laisser à chacun la liberté. S'il y a des personnes qui ne croient pas à la religion , il y en a beaucoup qui ont la foi.

u On dit que si le Gouvernement de la défense nationale avait employé contre les Prussiens les éléments qu'il emploie contre les fédérés, jamais nous n'aurions été vaincus. Les g^énéraux n'avaient pas confiance en la g^arde nationale, disant que les hommes ne marcheraient pas. Nous avons la preuve contraire aujourd'hui

Concorde. — « On dit que les Versaillais ont tiré sur les francsmaçons ; la bannière a été trouée, deux francs-maçons tués , et sept ou huit blessés. Ce fait a été confirmé dans plusieurs groupes.

u On traite de brigands tous les membres du Gouvernement dg 4 septembre, n

— Lettre des sieurs Poudras, ex-capitaine adjudant-major au 213*, et Semin Gastex, publiciste^ délégué au Club central des vingt arrondissements , qui se plaignent de la conduite de Rossel à leur égard. S' attendant à être congédiés , ils avaient présenté à Rossel, alors colonel d'état-major de Cluseret, la note de ce qui leur était dû. Celui-ci , pour toute réponse , « fit appeler huit hommes et un officier de garde, et leur donna l'ordre de fermer les bureaux et de jeter tous les employés à la porte. Le hasard voulut que nous étions déjà descendus dans la cour de rhôtel lorsque r escouade envoyée par le sieur Rossel pour nous expulser passa à côté de nous. »

Cette lettre est écrite le 29 avril. Il parait que l'emportement de Rossel n'eut pas, sur le moment, des conséquences fâcheuses pour les signataires, car ils restèrent employés au ministère de la guerre, après l'avènement de Rossel aux fonctions de délégué.

— On commençait à rechercher les jeunes gens pour les enrôler de force. Je me rendis chez le commissaire de police du quartier avec un jeune homme de dix-sept ans pour lui demander un certificat constatant son âge, qui l'exemptait de tout service militaire. Le magistrat, qui lui-même avait à peine dépassé cet âge , me fit observer que j'aurais dû produire un acte de naissance , des témoins , etc. « Vous savez , me dit-il , que la loi est très-sévère à cet égard, et qu'elle force tous les jeunes gens qui ne justifient pas être âgés de moins de vingt ans , à faire partie des compagnies de marche. » Rien de curieux comme le sérieux imperturbable avec lequel ce haut et grand fonctionnaire appelaft loi le décret de la Commune. .

Il était sans doute sincère. Il se croyait le protecteur des intérêts sociaux et le représentant du gouvernement le plus honorable. Ce gouvernement était un gouvernement de fait : cela suffit au plus grand nombre.

Nous vivons dans une machine composée de rouages qui continuent longtemps à se mouvoir régulièrement dans l'irrégularité, comme l'aiguille d'une horloge qui marche au milieu de rincendie jusqu'à ce que la flamme l'ait atteinte.

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Notre commissaire était moins austère que celui du Gros- Caillou. Uq habitant du quartier se rend un jour au bureau de celui-ci pour se plaindre d'un locataire riche qui déménageait sans payer. Il entr' ouvre la porte, aperçoit un individu qui halayait la salle, suppose que le magistrat n'est pas encore arrivé, et s^ éloigne discrètement. Deux heures plus tard, il revient, voit la môme personne épousseter et essuyer les meubles, et se décide à lui adresser la parole : « Pourriez-vous me dire à quelle heure on trouve le commissaire de police? — Citoyen, il est devant vous. — Ah! "pardon, monsieur, dit le quidam, qui ôte avec empressement son chapeau et le tient à la niiain. — Couvrez* vous , citoyen , lui dit le commissaire , vous n*étes pas devant Badinguet ! »

Le mot de ce brave homme qui n'admettait pas qu^on dût ôter son chapeau à personne , Badinguet excepté , est épique.

On lui expose l'objet de la plainte; le décret de la Commune qui permet de déménager sans payer ne saurait s'appliquer aux gens plus riches que leurs propriétaires? — « Il s'applique à tout le monde. -— Ainsi , je vais être dépouillé par un homme plus riche que moi? — C'est son droit. — C'est inique. — Je vous dis que c'est son droit, et si vous insistez sur ce sujet, je vous fais empoigner. » Le plaignant ne se le laissa pas dire deux fois, 11 partit sans saluer, se soumettant jusqu'au bout à la rigidité communarde.

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