‹ Le fond de la société sous la CommuneChapitre 34 sur 117 · LA PRESSE SUBVENTIONNÉE SOUS LA COMMUNE · texte numérisé non relu

LA PRESSE SUBVENTIONNÉE SOUS LA COMMUNE

Traité u entre les citoyens Gàudier et Arnold, d'une part, et tt Bouillot et Coben Isidor, 21, rue du Croissant, pour la vente «de dix mille exemplaires du journal la Fédération, org^ane du « Comité central, dont le siège est au ministère de la guerre , 90, u rue Saint-Dominique Saint-Germain , moyennant la somme M unique et à forfait de six cent cinquante francs. »

« Autourd'eux (les bataillons de la Communia) se multipliaient les compagnies de volontaires , sous les noms les plus divers : Francs-tireurs de la Commune , Vengeurs de la République , Éclair eur s de Belleville, Turcos de la Commune , Vengeurs de FlourenSy Volontaires de Montrouge, Volontaires blindes de la Villette ; les Enfants du Père Duchéne, les Lascars de BâtignolleSy les Éclair eur s de la délivrance ^ etc. » (Malon, p. 285.)

M. Reclus est nommé directeur de la Bibliothèque nationale. Son prédécesseur communeux avait été le citoyen Vincent , qui ëtait venu un beau matin s'installera la tète de l'établissement, sans mandat, sans titre, sans nomination. Cette prise de possession avait été à peu près ratifiée plus tard par le citoyen Cournet. Vincent n'eut pendant son passage au pouvoir qu'une préoccupation, celle de dépenser de l'argent et de faire toucher aux employés leur traitement, qu'ils ne réclamaient pas et que plusieurs refusèrent de prendre. Celte mystérieuse insistance trouva son explication dans l'état des dépenses de la, Commune, publié par le citoyen Protot , où figure une somme de 30,000 fr.

qui aurait été affectée aux dépenses du personnel. Or, Vincent n'avait employé pour la Bibliothèque que 20,000 francs. '

Nous trouvons dans nos notes de cette époque une réflexion qui ne saurait s'appliquer jusqu'à présent aux fonctionnaires de la Commune. Mais l'avenir nous réserve bien des surprises. Avoir occupé une place , c'est une facilité pour la reprendre et un titre pour la réoccuper un jour.

Un homme prend une place dans une révolution. Vacante ^ il n'a point eu la peine de la demander à quelqu'un , il l'a prise. A moins de quelque miracle , il se trouve incapable de la remplir ; mais tant d'autres sont dans le même cas ! Tout encore est bouleversé. Il faut s'occuper de choses plus importantes que de son maintien ou de son remplacement. Et puis, ne voit-on pas comme il fait bon marché de son importance nouvelle? Il dit à tout venant qu'il est provisoire ; pourtant il espère bien que les jours qui se succèdent consacreront ce provisoire. Quand le calme est rétabli, on se résout, après bien des hésitations, à le remplacer : mais, en conscience, peut-on se dispenser de lui donner un dédommagement? Va-t-on mettre sur le pavé un homme qui a été directeur , administrateur , ministre; qui, en définitive, a rendu des services, ne fût-ce qu'aux directeurs et ministres de la veille? Le voici promu à d'autres fonctions. Même incapacité; nouveau changement. Enfin , de compensation en compensation , de chute en chute , il se trouve, par le renversement des lois de la gravitation, avoir monté si haut , que personne n'ose plus y toucher.

AVANT LE r" MAI

Lorsqu'un jour on étudiera la folie qu^on appelle la Commune, il sera bien difficile de la comprendre. Il y a deux choses qui la caractérisent ég;aiement ; le crime et la bêtise. Cette bêtise est-elle une circonstance atténuante ou aggravante dans le pays qui a imaginé de confier ses destinées au suffrage universel? Quoi qu'il en soit, on est arrivé chez nous à raisonner comme raisonne l'auteur d' Une page de l'histoire de France dans dix ans. Il est établi dans cette pièce que la Commune a été l'élan sublime de tout un peuple, qui voulait réformer les abus de FEmpire et échapper à la domination, étrangère ; que M. Thiers a fait mourir de faim des milliers de femmes et d'enfants, et que la France a volé au secours de Paris, etc. ! ! !. La vision de Fauteur de l'article nous fait assister aux hallucinations de certains partisans de la Commune :

UNE PAGE DE l' HISTOIRE DE FRANCE DANS DIX ANS.

«La France vaincue, humiliée ^ désarmée, allait devenir la proie delà Prusse, qui, d'accord avec les autres puissances de l'Europe , s'apprêtait à en faire une nouvelle Pologne et à la démembrer.

« Un homme s'est rencontré, qui aurait pu la sauver.

M Placé par les événements à la tête de ce malheureux pays , cet homme , nommé Thiers, aurait pu , nouveau Washington , lui rendre la liberté que lui avait ravie pendant vingt ans le plus inepte des tyrans.

a II ne l'a pas voulu !

« Il a préféré devenir le jouet d'une Assemblée réactionnaire qui, composée elle-même d'éléments hétérogènes, antipathiques

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les uns aux autres , ne song;eait qu'au triomphe des partis qui ]a divisaient. Cette Assemblée , dans laquelle on comptait beaucoup de royalistes, d'orléanistes , de bonapartistes, et peu de républicains, s'occupait surtout de faire triompher chacun son parti , et nulle* ment la République.

(c Dans ces tristes conjonctures , voyant la France à moitié conquise , l'Assemblée (divisée) plutôt monarchique que républicaine , fatig^ué de huit mois de luttes stériles , le peuple s'est enfin levé ; il a pris en main son propre drapeau et a dit : u Moi seul fétcLbliraî la République y moi seul je repousserai P étranger! n

u Mais loin de le seconder dans cette noble tâche, le nommé Thiers, s'associant aux ennemis du peuple , dirig^ea contre ce dernier l'armée qu'il tenait dans sa main par des promes^ses de toute nature , et bombarda la capitale de la France, où ses obus firent un nombre incalculable de victimes.

« Bien plus , il l'investit de toutes parts , et , sous prétexte que ceux qui voulaient sauver la France n'étaient que des insurgés , il leur coupa les vivres , empêcha tout ravitaillement dans cette immense capitale, où les vieillards, les femmes et les enfants moururent en grand nombre, après avoir supporté les horreurs de la faim et d'un long siège , victimes de l'ambition égoïste de ce vieillard entêté , qui n'avait pas voulu comprendre l'élan sublime de tout un peuple se soulevant en masse pour réformer les abus de l'Empire et pour échapper à la domination étrangère.

u C'est à la suite de ces événements que la France fut sur le point d'être partagée entre la Prusse, l'Autriche et l'Angleterre; mais elle fut sauvée de ce naufrage par l'héroïsme de la population parisienne, dont la longue défense permit au reste de la France ^ mieux éclairée, de voler à son secours. »

Que de gens à Paris, de ceux qui se croient sages, honnêtes, courageux , et qui aujourd'hui tonnent le plus fort contre la Commune» justifiaient, par leur langage, ces phrases stéréotypées dans presque tous les rapports adressés au Comité de salut public, à côté de critiques un peu vives parfois, qu'il fallait bien racheter : « On blâme le Gouvernement de Versailles ! » Que de gens prétendus sages disaient : « Pourquoi le Gouvernement a-t-il commencé les hostilités? On pouvait s'ar^

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ranger, s'entendre! C'est une faule, c'est un crime. Faire répandre le sang des Français par des Français ! » On maudissait M. Thiers, et c'est timidement que les conservateurs essayaient d'excuser l'Assemblée nationale trompée par lui. Mais le citoyen Edouard Moreau n'entend pas de cette oreille, comme le prouve le morceau oratoire qu'on va lire, où il se prononce contre le partage des responsabilités. Écoutez-le , ne fùt-ce que pour apprendre à connaître la foule qui l'aurait écouté et applaudi :

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