LA COMMUNE, SEUL GOUVERNEMENT LÉGAL
tt Le grand argument sur lequel la réaction de Versailles s'appuie pour appeler la France aux armes contre la Commune de Paris, est que M. Thiers représente seul la légalité. . tt Des républicains honnêtes, convaincus, penchent vers l'Assemblée rurale, à cause de cette légalité dont ils sont pénétrés.
«< En outre, la plupart des Français de province inclinent les uns vers le Comte de Chambord, \q% autres vers le Comte de Paris, enfin, chose incroyable, vers l'homme de Sedan, parce que, à leurs
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yeux, ces personnages titrés représentent la légitimité ou le droit de succession.
.«Je vais essayer de leur prouver, par des faits, qu'à part les trois Républiques françaises, la France n'a jamais joui, jamais, d'un gouvernement légal , non-seulement en conformité de la loi naturelle, mais même des lois des hommes.
u Les Gaulois, nos ancêtres, chacun le sait, nommaient des chef^ par voie d'élection, chefs. non héréditaires, et exécutaient ainsi la vraie loi, la loi naturelle, qui récompense le mérite et la vaillance en la personne du plus capable et du plus brave.
« En 481 , Clovis P»*, s'armant de ses victoires et ([e sa férocité, se déclare roi et fait la loi salique. Ses fils régnent après lui ; l'hérédité est créée.
a Cette royauté héréditaire, qui n'est sanctionnée que par l'ambition des évéques de Rome et par la force, c'est le début du règne de l'illégalité.
u Cependant acceptons-la un instant, comme le peuple trop faible l'accepta alors.
u En 752, la race mérovingienne est tout à coup chassée... Par qui? parle peuple, qui reprend sa souveraineté ?.. . Non.
tt Par un maire du palais qui, sans autre droit que celui du plus fort, se fait nommer roi de France par des seigneurs auxquels il accorde des honneurs et des biens.
M La seconde race, pas plus que la première, n'a donc de base légale.
« Durant cette seconde race , deux seigneurs ambitieux prennent le trône, et, après avoir emprisonné le Roi véritable, ou l'avoir battu et tué, régnent à sa place. Tels Eudes et Raoul.
« Enfin , en 987, Hugues Capet , au détriment de Charles de Lorraine, frère et héritier de Lothaire, se proclame Roi et fonde la troisième race.
(c Voilà 1^ point de départ illégal au premier chef de cette race qui, aujourd'hui encore, invoque le droit divin.
M A la branche des Capétiens succèdent les branches des Valois, des Valois-Orléans, la seconde des Valois, puis celle des Bourbons, en la personne de Henri IV, qui prît Paris et la couronne à la pointe de l'épée. Ce qui remplaçait alors le suffrage universel.
tt A chacun de ces changements de race , la noblesse et les prêtres furent consultés sans doute, mais comme ils ne représentaient
pas en tout le dixième de la population, on ne peut dire que la France fût pour quelque chose dans la nomination des Rois.
tt En 1789, le peuple, revendiquant enfin le pouvoir laissé trop longtemps aux mains de ses mandataires forcés, reprit ses droits, et, pour la première fois depuis les Gaulois, se nomma librement des chefs.
tt Personne aujourd'hui ne nie les principes de la Révolution, l'indiscutabilité de la République; aussi les monarques qui vont suivre ont-ils tous occupé le trône dan^ des circonstances extraordinaires ou par des semblants d'élection.
a Est-il légal ce premier Empire qui jette les Cinq-Cents à la porte et s'implante avec une majorité qui n'atteint pas la moitié des électeurs inscrits, tant les abstentions furent nombreuses et les républicains crucifiés ?
tt Est-elle légale cette Restauration qui prend les rênes du gouvernement par les mains de l'étranger ?
u Est-il légal ce gouvernement constitutionnel qui , en 1830, sort d'une révolution républicaine, surprise de voir qu'elle s'est battue pour les intérêts d'un prince intrigant ?
u Est-il légal ce deuxième Empire, bâti sur le coup d'État du 2 décembre , sur la violation des serments les plus sacrés , sur le •corps des Parisiens assassinés, et sur l'appui d'une bande de généraux avides de fortunes et de grades ?
tt Est-il vraiment universel ce suffrage dirigé par les préfets à poigne et les prêtres , aveuglé par la cupidité ou l'ignorance des paysans, tronqué, dénaturé dans les boîtes du scrutin devenues des gobelets de saltimbanque ?
tt Est-il légal ce Gouvernement de la défense nationale qui prend le pouvoir des mains d'un lâche pour continuer les mêmes errements, et qui fait sanctifier son usurpation par Paris seul, lorsqu'il s'est rendu indispensable à la défense de Paris et de la France, qu'il livre ensuite ?
a Est-elle l'expression du sufiBrage universel cette Assemblée nationale, nommée le lendemain de la défaite et sous ia pression des Allemands ?
« Enfin, nommée pour voler la paix , a-t-elle fait acte de légalité, tt 1« En nommant un Chef du pouvoir exécutif, ce qui appartenait seulement au suffrage universel ?
« 2* En ne prononçant pas sa dissolution dès le 2 mars ?
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it 3<> En laissant nommer des ministres par un Président qu'elle n'avait pas elle-même le droit de nommer?
u 4° En se déclarant constituante et £eiisant des lois sans même fixer l'époque de sa dissolution ?
u Non , cent fois non , aucun de ces ^gouvernements n'est légal, ni légalement constitué.
« Tout homme sensé doit donc aujourd'hui conclure avec nous en disant :
« Que l'Assemblée de Versailles doit se dissoudre ;
u Que le peuplé sera appelé dans ses comices par les soins des conseils municipaux , seuls représentants des lois du pays , à l'effet de nommer une Constituante ;
(i Que la^Gommune de Paris, nommée par sa libre population, est le seul gouvernement légal existant en ce moment , mais pour Paris seul ;
a Que la guerre impie faite par le pouvoir illégal de Versailles n'a qu'un but , celui de faire triompher l'axiome despotique : La force prime le droit.
« Et après ces réflexions , chacun se rangera , convaincu et plus fort, sous le drapeau de la Commune, qui est, pour la première fois, celui de la légalité, n
Nous donnons place ici \ quelques pièces non datées , bien qu'écrites à une époque postérieure au 1" mai :
ministere de la guerre. cabinet du ministre.
« Mon cher Rigault,
« Hier, je suis monté trop tard à l'archevêché. La chose était faite. Il importe maintenant de savoir si elle a été bien faite.
a Au moment où j'écris, on m'apprend que la compagnie du 84" bataillon qui occupe l'archevêché , fait bombance. Des objets précieux auraient disparu pendant la nuit.
u Le poste que j'avais installé la veille, composé de bons patriotes, a dû assister à ces scènes; mieux que cela, défense a été faite à la cuisinière de donner des vivres à ces hommes.
a Je n'affirme rien , je n'accuse personne , mais il me semble qu'il y a là quelque chose à voir.
u Salut , égalité.
« Maître. » *
Dans une note manuscrite de Lacord :
u Tant que la Commune ne casse pas une décision du Comité central y nulle autorité ne peut annuler cette décision ou la restreindre, n
u Aussi voit-on le Comité central continuer à siéger, bien que le Comité de salut public , sans en avoir le pouvoir^ dit la note de Lacord, lui eût retiré l'ordonnancement et la nomination aux emplois. »>
Au Citoyen Rosse l^ délégué à la guerre.
a ClT01[EN, "
« J'ai reçu en une heure vos trois dépêches de cette nuit.
« Ne me demandez jamais si je puis me charger dtune chose. Vos ordres seront toujours acceptés par moi y à moins d impossibilité de les faire exécuter.
u Je vais m'occuper des démolitions demandées par vous.
« Quant "à Issy, je prépare des hommes de bonne volonté, et dans le plus (bref) délai , nous irons.
u Pour Versailles, vous avez reçu un mot de moi.
a Pour toutes ces choses, j'ai besoin de vous voir, et le temps me manque. J'ai besoin de vous consulter et de vous serrer la main.
u Donc, à bientôt. A vous de cœur.
u Gaillard père, n
« P. S. Le Trocadéro marche bien. Les fossés creusés partout. La construction commence aujourd'hui. »
Cette ëpftre suffira à donner une idée de ce qu'était le père Gaillard , un des grands hommes de la Commune.
Ne me demandez jamais si je puis me charger d'une chose; je me charge de tout, excepté de ce dont je ne puis me charger parce ,que je ne puis pas, -» est un raisonnement de la force des barricades que le père Gaillard avait construites en artiste. Il était cordonnier et sentimental , comme le prouve ce besoin de serrer la main de Bossel. Emphatique imbécile!
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