MAIRIE DE PARIS
Séance du 21 mars 1871 , soîr, onze heures,
« Eudes propose le licenciement de l'armée.
« Henry déclare que la question est résolue, puisque l'on a confié au citoyen Lavaur le soin de subvenir à l'alimentation des soldats.
« Boursier dit que l'on a même été plus loin que Ton ne devait, et que les soldats aiment mieux de l'argent que des vivres. Sur les forts, il croit que les militaires seraient plus utiles, étant mêlés avec les g^ardes nationaux. Il demande si l'on se bornera à subvenir à leurs besoins en tant que logement et vivres , et s'il n'y aurait pas ing^ratitude à ne pas leur fournir les centimes de poche qu'ils sont habitués à toucher, tout en déclarant qu'il a cru voir qu'ils aimaient mieux l'argent que les vivres.
u Varlin demande ce que l'on veut faire, tout en faisant ressortir que ce n'est pas au titre de soldats.
il Henry déclare que ce n'est que compoe gardes nationaux.
« BouiT dit que l'on ne peut pas faire un décret de licenciement.
« Dupont dit que certains maux se produisant, forcent à se prononcer sur de certaines questions , et il pense que l'on devrait les incorporer dans les gardes nationaux.
« Eudes est de cet avis , et craint que les mettre dans les forts , sans les adjoindre aux gardes nationaux, sans les niveler, est un danger.
u BiLLiORAY ne croit pas que nous ayons le droit d'incorporer dans la garde nationale les étrangers à la ville de Paris , et ne croit
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pas que nous puissions avoir une armée soldée. Du reste^ cela ne leur conviendrait certainement pas.
a veut que l'on les mêle à nous. Ils seront utiles.
« Castiani est de cet avis. 11 ne croit pas devoir les licencier. Si l'on les renvoie dans leurs pays , ils en reviendront tournés contre nous.
a Varlin croit que l'on doit supprimer l'armée permanente. C'est dans nos principes. Il faut l'annoncer à la province, en laissant le droit aux soldats de se faire incorporer dans la garde nationale.
« Eudes cite l'arrêt Thiers, qui les. fait arrêter partout où on les trouvera. L'on doit, pour le moment, les utiliser, car ils pourraient être une arme contre nous. Il ne demande pas que l'on en fasse un corps spécial.
« Castiani ne veut pas que l'on dise qu'il veut une armée permanente. L'on doit les prendre comme des enfants et des frères. L'argent n'est rien. L'on doit être révolutionnaire. L'on trouvera de l'argent par n'importe quel moyen. Plus tard nous les renverrons dans leurs pays comme gardes nationaux.
u Lacord ne veut pas qu'on les renvoie , et ne veut pas que l'on les laisse inactifs. Les mêler, ils seront utiles.
u BouiT demande que l'on prenne les meilleures mesures , mais toutes provisoires.
« L'Assemblée adopte l'arrêté suivant : » (Il manque.)
Manifestation pacifique accueillie, place Vendôme, par les coups de fusil des troupes du Comité central.
Le lendemain même, l'amiral Saisset avait annoncé dans une affiche qu'il était nommé, par les maires, commandant supérieur de la garde nationale , que les lois sur les échéances et sur les loyers seraient modifiées, et que le principe de l'élection de tous les officiers de la milice citoyenne était admis. Plus, d'un côté, on paraissait disposé à la conciliation, plus, de l'autre, oh paraissait pressé de verser le sang , pour rendre toute conciliation impossible.
Les élections sont £xées par le Comité central au 26 mars.
— Je passais par la rue Neuve-des-Petits-Chainps.lorjsque les
coups de feu furent tirés. L'épouvante se répandit avec une rapidité extraordinaire dans tout le quartier. Des hommes, couverts de boue et de poussière, parcouraient les rues en criant : On a tiré sur nous ; aux armes ! aux armes ! En un instant, toutes les boutiques furent fermées. A des boutiquiers qui se hâtaient de placer leurs volets, je dis : « On assassine là-bas. Prenez vos fusils. » Plusieurs me répondirent d'un air résolu : « C'est ce que nous allons faire. » J'allai sur le boulevard, près du nouvel Opéra. Devant nous défilèrent les hommes qui venaient de se signaler par le meurtre de gens désarmés , mais dont le nombre et les cris avaient pu leur inspirer quelque crainte. Il v avait en tête des officiers revêtus d'uniformes de l'armée régulière qui agitaient leur képi ; chefs et soldats criaient Vive la République ! Vive la Commune ! en provoquant, par leurs gestes, des acclamations semblables. Peu de cri^ répondirent. Celui de A bas le désordre ! fut poussé à côté de moi avec fureur, sans paraître attirer l'attention ou mériter la colère des gardes nationaux. {Note écrite en mars 1871.)
Voici un acte sublime, digne d'être comparé à celui du jeune; Desilles, que nous a raconté un témoin oculaire, M. Lemai^ gnen , blessé à la manifestation.
Au moment de la première décharge, un mobile faisant partie des groupes pacifiques -se précipite au-devant des fédérés qui s'apprêtaient à redoubler : « Misérables! vous n'êtes pas des Français, puisque vous êtes des assassins; tuez-moi donc ! » s'écrie-t-il en ouvrant violemment son gilet et en présentant sa poitrine nue. A peine avait-il prononcé cette parole qu'un officier des fédérés abaisse un fusil, et l'obscur héros de l'humanité, dont le nom est resté inconnu, tombe mort.
Le fait a été établi devant le conseil de guerre, l'officier a été déclaré coupable, mais il n'a pas été condamné à mort. Peut-être la mort a-t-elle paru trop douce pour ce monstre !
Dans VHistoire de la Commune qu'il a publiée à Londres en 1871, Vésinier, l'ancien membre et secrétaire de la Com-
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inune , délégué au Journal officiel, appelle émeutiers les auteurs de ce mouvement pacifique. Les gardes nationaux campés sur la place Vendôme auraient été assaillis à coups de pistolet par ces émeutiers. Et il ajoute : La répression de l'agression faite par les amis de l'ordre a été plus que modérée.
Si nous avions l'intention d'écrire une histoire de la Commune, nous raconterions la marche et l'issue de la manifestation, à laquelle bien des éléments ont participé, mais où dominait le sentiment le plus généreux. On vient de voir quelle justice et quelle exactitude nous devons attendre des hommes de la Commune dans le récit de leurs œuvres.
PAPIERS D£ LA COMMUNE