‹ Le fond de la société sous la Commune: décrit d'après les documents qui constituent les archivesChapitre 24 sur 100 · PRÉFECTURE DR POLICE. POLICE MUNICIPALE · texte numérisé non relu

PRÉFECTURE DR POLICE. POLICE MUNICIPALE

« 12 avril 1871.

« Mon cher Cluseret ,

« En ce moment, aucun détail quel qu'il soit ne doit être négligé : c'est pourquoi je vous envoie les renseignements suivants sur le citoyen Dombrowski , renseignements que je tiens de plusieurs de ses compatriotes qui ont été ses compagnons d'armes.

« Excellent républicain , honnête et loyal surtout , possédant toutes les qualités d'un bon général , Dombrowski n'a qu'un défaut, mais immense : excès d'audace.

u Gomme notre pauvre et regretté Flourens , c'est un homme à risquer tout sur un coup de dés. Si mes renseignements sont exacts, à vous d'aviser.

« Salut fraternel. « A. Dupont. »

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Dombrowski. — . « Il vivait de la vie et de la nourriture du soldat, et soumettait son état-major à toutes ses épreuves. On a calculé que ses aides de camp vivaient en moyenne trois jours. » (Malon.)

Dans un rapport de Clément ( J. B. ), du J2 avril :

Executive à place.

u II serait indispensable aussi , Citoyen , de donner aux soldats qui servent dans nos rangs des habits de garde nationale. Ils seraient plus rassurés.

« Ensuite , il faudrait aussi enrôler ceux qui errent dans nos arrondissements. Ils nous ruinent et se promènent.

« Cependant ils ne demandent pas mieux que de taper sur les gendarmes. Leur refuser ce plaisir, c'est les priver de leurs droits civils et politiques. »

Curieux ! instructif! Il a de l'esprit , cet ami du soldat, inexorable pour le gendarme.

RAPPORT DE POLICE

Nuit du 12 au 13. — Asnières.

« Les positions sont gardées avec vigilance. Quelques obus sont tombés de loin en loin sans qu'il en soit résulté aucun accident.

« Des bandes d'hommes , jeunes pour la plupart , au nombre de dix à douze, se font remarquer voyageant tant sur le terrain occupé par la garde nationale que sur le terrain ennemi. Ils ont été arrêtés et dirigés sur l'état-major.

« Un détachement de Seine-et-Oise est venu se joindre à nos troupes; le meilleur esprit règne dans ses rangs. »

Arc de triomphe. — Neuilly, Une heure et demie. — « Un obus éclate sur la place de l'Étoile, auprès d'un enfant qui n'a heureusement pas été touché. Dès que le projectile eut éclaté, le bambin, loin de s'effrayer, courut en ramasser un débris, aux applaudissements des spectateurs ' . »

^ Nous avons vu tomber ceUe bombe. Ce n*est point un gamin , mais dix gamins qui coururent s'en disputer les débris.

L'insurrection n'avait encore aucun caractère bien sérieux, et de jour en jour on s'attendait à voir entrer les troupes nationales.

u Quatorze obus ont déjà frappé l'Arc de triomphe , laissant une trace noire qui , g^râce à Versailles , nous est à présent bien connue. Il est à remarquer que jusqu'à présent aucun bas-relief n'a été atteint.

it Malgré les avertissements énergiques des gardes nationaux, les curieux imprudents continuent à stationner et à circuler sur l'avenue de la Grande-Armée. Il est à remarquer que le nombre des femmes et des enfants est relativement considérable. »

Trois heures. — « De l'avepue de la Grande- Armée on entend la canonnade et un violent feu de mousqueterie dans la direction de Neuilly.

« Le bruit court que le commandant du 173® bataillon aurait été tué en avant de Courcelles.

« La contenance de nos blessés est admirable. C'est surtout en les voyant que l'on peut reconnaître le caractère particulier de cette guerre.

« Il faudrait, nous écrit la directrice d'une ambulance volante, que les Versaillais pussent les voir, pour ouvrir les yeux sur l'infamie de leurs attaques. Nous n'en citons qu'un exemple : un canonnier a les deux bras emportés pendant qu'il chargeait une pièce dont la lumière était mal bouchée. Au moment où on l'emportait à l'ambulance : « Dépêchez-vous de me remettre sur pied, dit-il, afin que j'aille apprendre le métier à ceux qui ont encore leurs deux bras. »

« Les quartiers les plus réactionnaires se rattachent à la Commune. L'agression de Versailles et les insultes de Jules Favre à la garde nationale ne peuvent résister à l'examen de la bonne foi la plus élémentaire. Le Comité central reçoit de partout des adhésions nouvelles, et tous comprennent que c'est dans la fédération que se trouvent les plus solides garanties contre la guerre civile. »

Au fort ctissy,

« Le 4 avril , des gardes nationaux du 122« viennent demander au général Eudes quels sont les. ordres, vu que les bataillons qui gardaient le plateau de Châtillon sont disparus, manquant de .vivres, de munitions et de commandement. Eudes, qui était encore couché à neuf heures du matin , répondit que les gardes qui , manquant de tout, n'avaient pas su conserver leurs positions, n'étaient pas des solda

« Le commandant du fort d'Issy ayant été arrêté par ordre du

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général Eudes, ce fort est resté sans commandant tout un jour, le 4 avril.

« Du 11 au 12, le fort de Montrouge ne possédait que six coups pour son artillerie, qui était insuffisante. On s! adressa au commandant pour avoir des munitions et des armes. Il mit à la porte les délégués réclamants. Par exemple, ce commandant reconduisit très-poliment un Dominicain qui lui avait rendu visite.

« On avait signalé le couvent des Dames-Blanches, 12' arrondissement , rue de Picpus , comme contenant des armes cachées ; une visite fut faite. Le couvent était gardé intérieurement par une quarantaine de gardes du XI* arrondissement , qui avaient été placés à ce poste par le commissaire de la place du Trône. Le capitaine commandant le détachement du XI« voulait s'opposer à la perquisition , qui n'a fait découvrir que des effets civils et militaires, chaussures, campement, et un havre-sac caché dans un tombeau,

« Ce commissaire de la place du Trône, sur Tordre de l'ex-préfecture de police, faisait enlever les baraques en planches qui avaient été faites pour les gardes mobiles ; mais comme les gardes nationaux font la police , ils arrêtèrent le voiturier qui enlevait les planches.

u Signé : Audoïnaud, « Il faut dans notre journal créer une tribune fédérale, m

Au milieu d'un peuple dont ils faisaient le bonheur, MM. de la Commune n'étaient pas très -rassurés. Les citoyens du Comité central partageaient les mêmes inquiétudes. Ils s'étaient fait, ainsi que d'autres fonctionnaires, distribuer des revolvers. Les membres de la Commune suivirent cet exemple, comme le prouvent les pièces ci-dessous :

« Bon à prendre livraison de quarante revolvers , déposés au chef du matériel des travaux publics à l'Hôtel de ville.

« Paris, le 13 avril 1871.

« Le chef de la commission et enquête,

u LeBRETON. ))

{En note.) « La Commune de Paris a reçu hier quarante revolvers pour l'armement de ses membres. Elle en a besoin d'un plus grand nombre. Ces quarante revolvers sont à la questure, m

« Vous comptez vous-même les têtes qu'il nous faut , et que nous aurons.

u Trompez la province , vous n'avez jamais fait que cela ; mais Paris est levé en masse, et vous donnera bientôt de ses nouvelles. »

PIÈCES SANS DATE PARAISSANT SE RAPPOBTER AU MOIS d' AVRIL.

Nous reproduisons ici quelques pièces qui ne portent pas de date.

La première est encore due à un inventeur dont l'invention n'avait point été utilisée; de là ses fureurs.

 cette époque , la Goihmune commençait activement à rechercher ces armes , ces canons, ces engins de destruction dont le gouvernement de la défense nationale avait fait la commande à l'industrie privée et dont il avait négligé de prendre livraison. Encore une queue du siège! Le siège et la Commune sont deux actes, deux actions enchevêtrées du même drame.

Aux citoyens membres de la con^mission executive et de la Commune

de Paris.

u Les hommes de Versailles sont capables de tout aujourd'hui.

« Vous les avez vus à l'œuvre, et nous pensons avec vous qu'ils sont suffisamment jugés.

« Nous devons donc nous mettre en garde pour paralyser leur action, afin de ne pas nous trouver en retard, afin que le sang français, celui des bons citoyens , ne soit pas versé inutilement, une fois encore, comme en juin 1848 et/cn décembre 185L

u Nous avons déjà eu l'honneur , à la date des- 20 mars , 25 et 1«' avril , de proposer au Comité central et aux généraux chargés de la guerre, l'emploi du feu grégeois contre les troupes versaillaises, dont l'inventeur se trouve à Paris depuis le 17 septembre

« Envoyé de Marseille à Paris pour offrir au Gouvernement de la défense cet engin de destruction , l'inventeur, un citoyen de cinquante ans, fit des expériences à la commission d'armement, aux travaux publics d'abord.

« D'autres expériences eurent lieu ensuite, et la commission des barricades , présidée par Rochefort , assisté de Dorian , adopta pour défendre les barricades l'emploi du feu grégeois. Une commande

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en fut ordonnée, mais Trochu refusa cet eng^in de destruction, em-t ployé en bombes à la main , comme inhumain , et réprouvé par la convention de Genève.

« On offrit alors à l'inventeur une récompense de trente mille francs, qu'il refusa, ajoutant qu'il réclamerait une récompense luimême à la future Assemblée nationale.

« Bref, un mois plus tard , Trochu refusa à Finventeur une autorisation de faire des essais nouveaux au polygone de Vincennes. L'inventeur fit alors quelques expériences au pont d'Asnières , et plus tard, en novembre, il continua ses expériences à la rue de Vaugirard, à llusine du citoyen Clairin, où les officiers de tout g^rade de la garde nationale, les ingénieurs et rédacteurs de journaux , assistèrent tour à tour.

« Les expériences de la rue de Vaugirard furent on ne peut plus concluantes.

u Le citoyen Pyat lui-même se plaisait à en donner les détails et les résultats, quoique l'inventeur lui fut inconnu.

u En effet, l'inventeur préparait ses produits pendant les essais, et on ne voyait guère au milieu des spectateurs qu'un citoyen à la stature colossale, qui avait demandé à l'inventeur, avant son départ de Marseille, la faveur de l'accompagner à Paris.

« L'inventeur , ancien maître de verrerie 'à Paris , de 1852 à 1861, poussa la générosité jusqu'à bien vouloir accorder à ce citoyen, ayant nom Decanis, un tiers sur la récompense qu'il pourrait avoir du gouvernement , pour l'avoir accompagné à Paris alors qu'il était malade.

« Vous direj Citoyens membres de la Commune, ceq u'est devenu le sieur Decanis, nous l'ignorons. Nous avons formé des souscriptions par groupes, nous avons versé des sommes même assez rondes à la rue Vivienne; mais d'effet, point.

« Le sieur Decanis est parti de son logement, rue d'Issy, ne laissant que des dettes dans le quartier. Bref, il est disparu, et avec lui est disparu aussi le montant de nos souscriptions recueillies sou à sou pendant le siège; mais l'inventeur, lui, n'est pas disparu, il est à Paris, et s'est généreusement et patriotiquement mis à la disposition du Comité central d'abord, de la Commune ensuite. L'inventeur n'a nullement trempé dans ces souscriptions, dans ces quêtes faites à domicile, et dont les recettes dépassaient souvent quinze cents francs en unç seule journée.

« De nombreuses plaintes ayant été portées par ceux qui avaient

versé de fortes sommes dans leurs domiciles , un mandat d'arrêt fut lancé contre le sieur Decanis , pour escroquerie, et c'est depuis lors qu'il a furtivement quitté Paris.

tt Le feu g^rég^eois, citoyens membres de la Commune et de la commission executive , a été retrouvé par l'inventeur depuis 1844. A cette époque, l'amiral Mackau, après essais, le refusa comme arme déloyale.

u En 1848, Arag^o, ministre de la marine, le refusa comme moyen inhumain dans un combat naval.

« En 1849, mêmes expériences, et même refus.

a En 1854, l'inventeur fut envoyé à Lorient pour préparer des bombes et boulets creux percutants , afin d'incendier la flotte russe devant Sébastopol.

u Huit jours plus tard , le ministre de la marine fit arrêter les essais; l'Angleterre, alliée de la France dans cette guerre, ayant déclaré à Bonaparte qu'elle refuserait son concours à la France si Bonaparte persistait à employer ce moyen de destruction; et l'inventeur revint à Paris, sans indemnité.

« Enfin, en 1870, l'inventeur est venu à Paris, tout maladif, passant des semaines entières au lit, subir les horreurs du siège, et, aussitôt Tarmistice conclu, on lui signifie, à la date du 8 février, d'avoir à retourner* à Marseille. On lui donne même un laisserpasser tout prêt, afin qu'il ait à déguerpir de Paris dans- les quarante-huit heures.

« L'inventeur, en bon patriote, est resté à Paris quand même, et depuis lors il s*est mis à votre disposition.

« Bref, surveillé par les espions prussiens pendant ses expériences publiques, le Gouvernement du 4 septembre espérait le voir quitter Paris, et le voir arrêter en traversant les lignes prussiennes. Voilà la récompense qui lui était destinée par les hommes du 4 septembre.

a Le feu grégeois peut être employé en bombes à la main , faisant explosion.

u II peut être lancé en fusées de 1 , 2, 3, 4, 5, 6, 7, 8, 9, et 10,000 mètres de distance.

« U peut être lancé par les croisées dans la rue.

u 11 peut remplir les obus et les bombes.

u Le kilogramme revient à 2 francs; la fusée de 5 à 6,000 mètres, à 5 francs ;

« Les fusées de 4,000 mètres , 4 francs ;

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ff Celles de 2 à 3,000 mètres , 3 francs ;

u Celles de 1 à 2,000 mètres, 2 francs;

« En éclatant, une pluie de feu couvre infantefrie, cavalerie, .artillerie. Les chevaux non atteints se collent à la fourchette du sabot ce qui tombe à terre , et désarçonnent le cavalier.

a Ses brûlures sont de trois degfrés :

u Le premier deg^ré, 8 jours d'ambulance ;

a Le deuxième deg^ré, 1 mois d'ambulance;

« Le troisième degré , ing^uérissable aux trois quarts.

u Si le feu grég^eois était connu , vulgarisé , dans Paris et les villes , nulle troupe , nulle armée , n'oserait parcourir les rues : personne n'oserait affronter une pluie de feu , et les matières les composant , inoffensives tant qu'elles ne sont pas employées , deviennent terribles dans leurs effets.

u Tout citoyen peut le préparer avec l'indication écrite. C'est un mélange de six matières, et un enfant de dix ans peut agir tout seul.

u II se conserve intact pendant dix ans une fois préparé.

M Si la ville de Paris avait en ses mains cet engin de défense , jamais on ne verrait un képi rouge dans les casernes de la capitale.

a Ce serait le moment de le vulgariser, les royalistes y seraient pris les premiers , et cette vulgarisation , faite par la Commune , jetterait la terreur dans le camp de Versailles. La troupe ne voudrait jamais affronter une bataille des rues , et la Commune en agissant ainsi deviendrait libre dans Paris.

u Cette vulgarisation , cet engin de destruction mis dans la main de tous les citoyens, vaudrait à la Commune 500,000 chassepots et 500,000 hommes de plus.

« T. Martin,

« Rue de l'Arbre-Sec, n» 66. »

Nulle troupe , dit l'inventeur, ne pourrait tenir contre le feu grégeois, et un enfant, une fois la formule connue, pourrait le préparer. L'inventeur n'oublie qu'une chose : c'est que la formule, connue de tout le monde, n'aurait pu rester un secret pour le Prussien et pour le Versaillais. Ces prétendus inventeurs sont des enfants terribles ou des fous furieux. Nous leur donnons une assez grande place dans ce livre , parce que c'est surtout au moment des catastrophes qu'ils surgissent. Dans les temps ordinaires, ils fournissent à Bicétre une partie de sa clientèle.

La pièce manuscrite suivante , avec un en-tête imprimé : Mairie de Paris, est extraite du dossier du Comité central qui fait partie des archives de la justice militaire :

u La presse réactionnaire a recours au mensonge et à la calomnie pour jeter la déconsidération sur les patriotes qui ont fait triompher le droit du peupJe. Nous ne pensons pas attenter à la liberté de la presse ; seulement , les lentes formalités de la justice étant supprimées, nous prévenons les écrivains Je mauvaise foi qu'ils soront livrés au Comité central de la garde nationale pour qu'il en soit fait prompte justice,

u Les hommes de Septembre nous représentent comme des incendiaires, des dévastateurs et des propagateurs de doctrines subversives. Formuler notre programme, c'est réfuter leurs lâches calomnies :

« lo Le budget de l'instruction publique est largement doté, afin que tous les esprits soient mis devant les mêmes avantages matériels et intellectuels. Leurs diverses aptitudes reçoivent les plus complets développements;

« 2° Séparation absolue de l'Église et de l'État. Nous sommes également opposés à ce qu'on constitue de grands avantages aux prêtres, et nous sommes d'avis qu'on les assimile aux devins, aux sorciers, et qu'on les rende passibles des mêmes peines et des mêmes condamnations;

u 3° Réorganisation complète de notre système de production et de consommation. Les économistes disent que toute richesse donne du travail. Nous prouverons que dans notre société actuelle, si ceux qui travaillent toujours possèdent rarement, ceux qui ne travaillent jamais possèdent presque tout.

it Fénelon disait : Si la terre était mieux cultivée, elle produirait cent fois plus. Nous qui avons sérieusement étudié les cléments de production et de consommation de notre pays... »

La suite de ce morceau manque.

Demandes de places adressées à Gluseret : sur la lecture de l'une , Yalentin fut nommé commandant des prisons militaires. Après avoir proposé à Gluseret de former une cinquième compagnie dans chaque bataillon avec les célibataires de dix-sept à trente-cinq ans, inexpérimentés au maniement des armes, il ajoute :

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« Si je me suis permis ces observations, c'est que je ne suis pas tout à fait novice dans l'art de lag^uerre. (Je ri* ai jamais été à t Ecole polytechnique , je suis de C école du soldai. ) Je compte quatorze ans de service, dont onze comme sous-officier dans l'armée active, etc. Si mes pauvres connaissances peuvent être utiles au salut de ]a République, usez-en, citoyen g^énéral. Vous oblig^erez un homme qui, sans vous connaître particulièrement, partage depuis longtemps vos opinions. »

a Le nommé Gilard , déténu à Mazas , condamné le 22 octobre 1870 à un an de prison, a l'honneur de solliciter sa mise en liberté pour s'engager dans les bataillons de marche.

(( Il est ancien zouave , et ne demande qu'à prendre un fusil. )>

En marge, de la main de Cluseret :

« Condamné pour quel motif? n

Était-ce parce qu'il se montrait si disposé à acculsillir et à enrôler dans la milice communarde tous ceux qui se présentaient, que Cluseret mérita d'être dénoncé comme agent bonapartiste ? Si l'on pouvait, en cette histoire, s'étonner de quelque chose, on s'étonnerait d'une pareille découverte.

Quoi qu'il en soit , la défense était encore bien mal organisée, et la rentrée des troupes nationales à Paris eût été facile dès cette époque , si nous en croyons Lacord et Chouteau , qui ont adressé à Cluseret, de la part du Comité central, un rapport auquel nous empruntons les lignes suivantes (fin avril?) :

«La porte de Neuilly est mal gardée. Les hommes sont ivres, les chefs aussi. 11 y a trop longtemps qu'ils sont de service, et les vivres ne leur sont p^s servis avec régularité. . .

« 11 y a un bataillon de piquet dans l'avenue des Champs-Elysées. Il est exposé aux bombes, qui tombent jusque-là. Ces hommes seraient mieux placés dans les rues adjacentes de l'avenue de la Grande- Armée. D'abord ils seraient à portée de secourir la porte de NeuilFy; ils seraient abrités, et l'effet moral ne serait pas désastreux comme celui que produit leur présence aux Champs-Elysées, où un simple cordon de sentinelles suffirait , etc. »

u Lullier, Ganier, d'Albain , du Bîsson et tous les (généraux du 18 mars dont la Commune n'avait pas jugé à propos de se servir, avaient été (jag^nés.

u Le Comité central ne fut pas plus heureux en installant les frères Brin à Saint-Thomas d'Aquin comme directeurs de la pyrotechnie. Ces deux messieurs centralisèrent dans leurs mains tous les moyens chimiques de défense dont on avait effrayé les Versaillais, et le 22 mai iJs déclarèrent , en plein Comité central , que les membres de la Commune étant trop indignés, on ne se servirait pas de ces moyens. J'ai dit et je répète que ce Comité central ni les chefs de légion ne trempèrent jamais dans une conspiration versaillaise ; mais il est hors de doute que, par la complaisance qu'ils mirent à écouter dans leurs déclamations contre la Commune des agents versaillais qui se couvraient devant eux d*un masque de révolutionnaires et accusaient le pouvoir communal de réaction , ils firent souvent, sans s'en douter, le jeu des ennemis de Paris. » (Malon, p. 297-298.)

Général Eudes au général Cluseret,

« Tout semble tini : la nuit a été terrible. La bataille n'a pas cessé depuis dix heures du soir. C'est le fort de Vanves qui a supporté l'attaque la plus violente. Les royalistes ont fait des pertes énormes. Ils sont repoussés sur toute la ligne, etc. » ^

Les Parisiens n'oublieront pas cette nuit du 14 au 15. Le vacarme sur la rive gauche a été prodigieux, et la quantité de poudre brûlée par les fédérés défie toute évaluation. Nos fédérés sont des héros. Il faut toutefois excepter un ancien commis libraire dont on avait fait un commandant, et qui ne se souciait guère, comme tant d'autres, d'aller se faire casser la tête pour une pareille cause.

RAPPORT

« Paris, le 15 avril 1871.

u L'an mil huit cent soixante et onze , le 15 avril , à dix heures du soir, le commandant Girot , 74* bataillon , est venu à mon bureau déclarer que son bataillon , commandé pour un service inté-

sous LA COMMUNE. iOl

rieur, ne pouvait pas marcher. 'Le 74" bataillon devait aller en réserve à la porte Maillot. J'ai répliqué au commandant que la place ne demandait au 74" bataillon que le service qu'il devait à la viile de Paris , qu'il ne marchait point à l'ennemi , que la mauvaise qualité des armes dont il était porteur ne pouvait pas lui faire refuser le service , puisqu'il n'avait pas un seul coup de fusil à tirer. Mal- Qré mon observation, le commandant persista dans son refus, disant qu'il ne pouvait pas faire marcher ses hommes. Je rappelai alors au commandant qu'un chef de bataillon devait, avant de faire une pareille déclaration , user de son influence pour ramener ses hommes dans le devoir. Ne pçuvant obtenir du commandant autre chose , et l'ayant encore une fois eng^ag^ à partir, il refusa. Alors je le fis arrêter et conduire au Cherche-Midi. Je me rendis ensuite au casernement du 74"^ bataillon. Je parlai aux hommes, que je finis par faire partir aux remparts. Je constate que l'on peut toujours faire marcher un bataillon quand les officiers font leur devoir, car, soutenu seulement par le capitaine, le lieutenant et le souslieutenant de la 5* compag;nie, je suis arrivé à faire partir le 74™ bataillon, malg^ré l'opposition de tous les autres officiers, qui, chaque fois que j'obtenais l'adhésion des hommes, les détournaient de l'obéissance, ou reprenaient avec moi la discussion sur le vêtement, les armes et les munitions.

«J'ai été forcé de faire, au milieu de ces pourparlers, arrêter un lieutenant plus récalcitrant que les autres, et enfin, après avoir prouvé aux hommes qu'ils devaient obéir à un ordre de marcher, le 74= bataillon se rendit à son poste.

tt Le chef (f escadrons (f état-major, « Signé : Gaudin.

u La cour martiale délègue le chef d'escadrons d'état-major Gaudin comme rapporteur de la présente affaire. » (Suivent les signatures.)

Les observateurs de l'esprit public, qui s'appellent reporters, parcourent, avons-nous dit, les différents quartiers. Leurs rapports sont résumés par le reporter en chef Moreau , pour le délégué à la guerre. Moreau ne fait de ces informations qu'un seul rapport , où il rassemble les principales observations faites

dans chaque quartier, d'abord dans les quartiers réactionnaires, voisins de la Bourse,, ensuite dans les quartiers populeux. Nous respecterons cette division.

RAPPORT DE POLICE

Bourse, — « La Commune devait faire connaître par des affiches le compte rendu de chaque séance à Fhôtel de ville; jusqu'à présent on ne nous en a jamais donné connaissance. Du reste , ils ne tiennent pas à nous satisfaire. Ils ne travaillent que pour s'enrichir et contenter leur ambition.

« Nous avons nommé des représentants, aujourd'hui ils ne valent rien. Donnez-leur-en d'autres demain , dans huit jours ils n'en voudront plus. »

Boulevard des Italiens, — « Un monsieur est allé à Versailles il y a quelques jours. Il a eu des renseig^nements d'un de ses amis qui est à l'Assemblée. Il lui a dit que l'on ferait entrer vingt-cinq mille hommes dans Paris quand on voudra; il pense que ce sera bientôt. Ce joui>là tous les gens d'ordre se grouperont autour, et plus de la moitié de la gardé nationale déposera les armes; la plus grande partie de ces hommes sont induits en erreur.

« Le Gouvernement de Versailles payera la solde à tous les gardes jusqu'au moment où ils auront repris le travail.

« Il y a à Paris vingt-cinq ou trente mille Anglais, Italiens, etc., le rebut des nations. ( Ces gens-là se rangent avec le parti de la Commune.)»

Concorde, — « Le Gouvernement de Versailles traite d^ pillards les citoyens de la Commune, quand ils ont pillé eux-mêmes avant de s'en aller; ils n'ont rien laissé dans les mairies. Ils ne se sont pas contentés d'emporter seulement les registres , ils ont emporté jusqu'aux tapis. Quand on va pour faire enregistrer un enfant, on est fort embarrassé.

« Les commerçants se plaignent que les fournisseurs ne veulent plus vendre de marchandises, parce qu'ils sont payés avec dés bons de la Commune. Ils n'en veulent poiqt. On augmente tous les jours le prix des denrées. On a vendu ce matin à la Villette deux francs quarante centimes le kilogramme de viande, que l'on vendait un franc quatre-vingts centimes il y a deux jours ; les côtelettes de mouton de trente à trente-cinq centimes ont été vendues ce matin cinquante. Les marchands disent que la viande va manquer sous peu;

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ils sont forcés de l'aug;menter. II faudrait empêcher cela. Les épiciers cachent déjà une partie de leurs marchandises: ils augmentent aussi les prix. On dit que les chemins de fer vont être tous coupés. »

11 y a une phrase stéréotypée dans tous ces rapports : On blâme le Gouvernement de Versailles, au moyen de laquelle on se permettait quelquefois des critiques un peu vives des actes du gouvernement de Paris en les mettant au compte des réactionnaires.

RAPPORT DE POLICE

Palais-Royal, — « On dit que la garde nationale de Marseille {parti de la Commune) a déposé les armes.

« On blâme le Gouvernement de Versailles. »

Bourse, — « Un monsieur dit que la garde nationale a beaucoup tiré hier à Levallois pour effrayer les habitants, et que pendant ce temps d'autres gardes nationaux entraient dans les maisons pour les piller.

« Un autre monsieur raconte qu'il vient de causer à l'instant (trois heures) avec un garde national qui arrive de Neuilly; il a encore la figure barbouillée de poudre. Il lui a dit que la garde nationale a été battue et mise en déroute ce matin. Sur §00 qu'ils étaient, ils sont revenus 200, et ils ont dû abandonner leurs fusils.

« Un autre monsieur dit que la Commune a validé les élections d'hier. Dans un arrondissement, un candidat élu n'a obtenu que 500 et quelques voix, et le même cas s'est produit dans d'autres arrotidissements.

« On dit également que les citoyens de la Commune savent bien qu'ils n'ont plus longtemps à rester à l'hôtel de ville; pour cette raison ils se dépêchent de bâcler les affaires , afin de pouvoir remplir leurs poches.

« Les Versaillais entreront dans Paris quand ils voudront. »

Boulevard des Italiens, — « On dit que , bien que la Commune serait victorieuse, elle ne pourra pas exister deux mois. Les puissances étrangères interviendront et viendront nous imposer un roi. »

u Concorde, — On blâme partout le Gouvernement de Versailles, notamment le général Trochu. On dit qu'il n'est pas incapable.

mais qu'il nous a trahis. Mêmes plaintes qu'hier sur les bouchers et épiciers.

u On dit aussi qu'un riche banquier de Londres aurait offert à la Commune l'arguent nécessaire pour le premier payement à faire aux Prussiens. Il ne demande pour cela qu'un intérétde 5 pour 100 * . »

— Nous sommes allé au-devant des gardes nationaux fugitifs, dans l'avenue de la Grande-Armée. Nous avons causé avec plusieurs : leurs dispositions n'étaient rien moins que belliqueuses. Un vicaire de Saint-Philippe du Boule se promenait en soutane au milieu des groupes, et leur répétait en se moquant d'eux presque ouvertement : « Mes amis, vous êtes trahis! retournez chez vous. » — Un sergent lui ayant dit qu'il possède douze mille livres* de rente, « Comment! lui dit le curé, vous possédez douze mille francs de rente , et vous allez avec ces genslà !.. . — Je ne peux pas m'en aller, répétait le sergent , car que diraient les camarades du quartier? »

Il n'y avait ni canons sur les remparts, ni munitions, ni dispositions prises. On croyait dans le quartier des Champs-Elysées que les troupes allaient entrer dans les vingt-quatre heures.

La veille, avait paru au Journal officiel un arrêté réglant la procédure et les peines de la cour martiale. On va voir que leur mise en pratique ne se fera pas attendre. Il est juste d'ajouter que les condamnations à mort ne paraissent pas avoir été exécutées. A cette époque, la Commune se trouvait absolument maîtresse de Paris ; il n'y avait ni possibilité ni parti pris de lui résister. On doit presque lui savoir gré d'une modération relative qu'elle a perdue au fur et à mesure que la situation est devenue plus grave et le dénoument fatal plus imminent.

^ Il est bien entendu que nous ne réfuterons aucune des allégations, aucun des rabots répétés et rapportés par les observateurs de Fesprit public. Tous ces commérages, plus ou moins ridicules, qui circulent dans la multitude , aident à la peindre et à la faire connaître. Ils devaient donc trouver place dans ce livre, et ne pouvaient être négligés par ceux qui étudient le fond de la société, là crédulité et les passions qui y régnent.

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— Le citoyen Henri Brissac, publiciste, a été nommé secrétaire général delà commission executive de la Commune de Paris. (Journal officiel,)

RAPPORT DE POLICE

Réaction»

Boulevard Sébastopol. — « On dit que les fédérés ont été complètement battus à Asnières et qu'ils ont éproUvé de grandes pertes. Ce matin encore, ils ont été battus sur le inéme point. Deux bataillons sont entièrement détruits. »

Bourse. — « Le gouvernement de Paris et celui de Versailles devraient se retirer, et il faudrait procéder à de nouvelles élections i mmédiatement

« La Commune a aboli la peine de mort il y a quelques jours ; elle a fait brûler la guillotine, et aujourd'hui elle établit la cour martiale. On ne vous guillotinera plus, mais on vous fusillera. C'est plus humain.

« La Commune ne veut pas de conciliation. Le comité de l'Union républicaine, à son retour de Versailles, lui a fait part des propositions de'M. Thiers, qui n'ont pas été acceptées. Elle a répondu qu'elle maintenait son programme, qui est tout à fait absurde.

« On vient d'afficher qu'on avait fait une brèche au Mont-Valérien. Ce fait n'est point exact. C'est un petit mur qui se trouve au bas du fort qui a pu être atteint.

« 11 y a à Versailles dix mille marins qui ont demandé à marcher sur Paris; le chef de l'armée s'y est opposé.

« La Prusse a proposé au Gouvernement de Versailles, dans le cas où celui-ci ne se croirait pas assez fort, de lui prêter la main pour étouffer l'insurrection.

u J^a plupart des membres de la Commune sont plus bonapartistes que républicains. »

Concorde. — « On dit que la batterie du Trocadéro n'atteint pas le Mont-Valérien. Les obus tombent en plein dans SuresnBS.

a Les délégués de la Commune ne se montrent pas parce qu'ils n'ont pas de victoires à annoncer.

u On blâme le Gouvernement de Versailles. »

Le jugement du commandant Girot (Jean-Nicolas) , courtier en librairie , demeurant à Paris, rue de Bagnolet, 19, âgé de

]e citoyen chef de poste de la Manufacture nationale des Gobelîns, pour arrêter la citoyenne Baudon , sous prétexte que son mari était à Versailles et que cette dernière avait des relations ave(: son mari.

« Le citoyen Baudon proteste énergiquement contre cette arrestation illégale et contre la violation de son domicile, et demande que le citoyen Réjade soit poursuivi conformément aux lois.

« La citoyenne Baudon a été conduite au 9* secteur et a été mise immédiatement en liberté.

u Salut et fraternité.

« Signé : J. Baudon. »

u L'an mil huit cent soixante et onze , le 20 avril , à cinq heures du soir, moi, officier d'état-major commandant la justice, ai reçu la déclaration du citoyen Leveugle (Alphonse), huissier à la légation de Belgique, séant à Paris, faubourg Saint-Honoré , 153, laquelle est conçue en ces termes :

« Samedi dernier, vers huit heures du soir, quatre marins et un individu en blouse (grise, je crois) se sont présentés à mon bureau, me demandant, l'un d'eux, si je voulais lui permettre d'aller dans les cabinets , situés dans la cour. Je ne refusai pas un service aussi simple, ils me remercièrent et partirent. Vers neuf heures, j'eus une seconde fois leur visite, mais cette fois ils étaient suivis d'une vingtaine de gardes nationaux, parmi lesquels deux ou trois individus en blouse. Ils se présentèrent en me disant qu'ils venaient au nom de la Commune pour me mettre en état d'arrestation. Je leur demandai en vertu de quel pouvoir et pourquoi. Ils me répondirent que la maison leur semblait suspecte, et qu'ils n'avaient pas d'autres explications à me donner. Ils me sommèrent de leur prouver, par la visite de mes papiers, à quel titre j'appartenais à la légation et quelle était ma nationalité. Pour éviter un conflit, je fis droit à leur demande. Après cette visite, ils reconnurent être dans l'erreur, et se retirèrent. — Une troisième fois, à minuit et demi, ils revinrent et sonnèrent avec force; ils frappèrent même à la porte avec la crosse de leurs fusils. Je me dirigeai vers la porte, au-dessus de laquelle je pus constater qu'ils étaient au même nombre, pt me sommèrent encore une fois, au nom de la Commune, de leur ouvrir. Je leur refusai, en leur disant que s'ils avaient besoin de moi, ils pourraient revenir le lendemain matin.

« Sur mon refus, l'un d'eux me répondit : « Eh bien , nous ver-

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rons. » Et deux d'entre eux se soulevèrent au-dessus de la gorille, derrière laquelle est appliqué un panneau de fer plein , et cherchèrent à voir dans l'intérieur. Cependant ils s'en tinrent là, et après un instant de conversation , quelques-uns se retirèrent et les autres rôdèrent pendant quelque temps aux alentours ,. et enfin deux, parmi eux , se sont couchés en travers de la porte. — Ce n'est que vers quatre heures et demie du matin , et après avoir mis le drapeau de la légation au-dessus de la grille , que, montant au premier étage, je constatai qu'ils étaient enfin partis.

a Je dois ajouter que les gardes nationaux étaient armés, et que c'est le même marin auquel j'avais rendu le service demandé qui me fit des sommations au nom de la Commune, n

Dès cinq ou six heures du matin, au lever du jour, les canons du Mont-Valérien commençaient à tonner; ils balayaient avec le boulet et les boîtes à mitraille toutes les avenues qui aboutissent à TArc de triomphe. Amis ou ennemis, le boulet ne connaissait personne. II fallait du courage, ce dont les départements ne paraissent point se douter, de la part des habitants de Paris anticommuneux , pour circuler dans des quartiers où le devoir les attachait, sans être jamais certains de pouvoir rentrer ou de pouvoir sortir, car la mort planait sur eux comme dans un champ de bataille.

RAPPORT DE POLICE

Bourse, — « Les fédérés sont pour la plupart des malheureux qui vont se faire tuer pour trente sous. On les grise avant d'aller au feu.

u On dit que quelques grandes villes de province (on cite Rouen) ont fait don au Gouvernement de Versailles de plusieurs pièces d'artillerie pour combattre l'insurrection. Il en est déjà arrivé un grand nombre. Les Versaillais ont une artillerie formidable.

u II y a une nouvelle insurrection à Bordeaux en faveur de la Commune.

« Le gouvernement de la Commune , lorsqu'il aura pillé les églises et les administrations , forcera les rentiers à lui donner de l'argent.

« Le Gouvernement de Versailles devrait laisser Paris s'arranger

comme il l'entendrait (ville libre), et choisir une ville de province pour capitale. — Paris ne doit pas g^ouverner la France.

« On blâme beaucoup le Gouvernement du 4 septembre , ainsi que l'Assemblée, n

Concorde. — « Une conciliation n'est pas probable. La Commune ne veut pas en entendre parler.

« Les gros propriétaires de Paris ne s'opposeront au bombardement que lorsque leurs propriétés seront menacées , c'est-à-dire les beaux quartiers. Peut-être qu'alors ils tenteront une démarche auprès du Gouvernement de Versailles pour la conciliation.

« On blâme tous les g^ouvernements monarchiques , et l'on demande la République. »

Boulevard SébastopoL — u Un maraîcher est passé ce matin à Saint-Denis avec une voiture de lég^umes pour Paris. Il a entendu dire que les Prussiens devaient évacuer la ville aujourd'hui , et que les troupes de Versailles allaient l'occuper. Les Prussiens font l'inspection des voitures , et demandent si Ton n'apporte pas des munitions à Paris. »

Bourse. — «On dit que le Gouvernement de Versailles a payé le premier terme à la Prusse , et que Saint-Denis , ainsi que les forts de droite et du Sud, vont être occupés par les troupes versaillaises. Les gendarmes sont arrivés hier au soir à Saint-Denis. La résistance devient impossible maintenant. On ne pourra pas empêcher les Versaillais d'entrer par Charenton. Le jour de leur entrée , plus de cinquante mille gardes nationaux déposeront les armes. Beaucoup de chefs ne sont pas pour la Commune.

« N'ayant plus de gouvernement à Paris, la Commune a dû s'occuper, bien qu'elle n'en avait pas le droit, des affaires gouvernementales. En cela, elle n'a fait qu'imiter lé Gouvernement de la défense nationale.

M On dit que Paris va être investi , et qu'on nous prendra par la famine. U n'y a pas pour plus de deux mois de vivres.

« La Commune va tout réquisitionner pour la garde nationale. Les citoyens qui voudront manger seront obligés alors de prendre un fusil , et de marcher avec les autres , s'ils ne veulent pas mourir de faim.

« On blâme beaucoup le Gouvernement de Versailles. »

Concorde. — « M. Thiers a dit en 1848 que les forts ne bombarderaient jamais Paris. 11 nous en donne lui-même la preuve aujouird*hui. -

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u La Commune aurait dû faire sa déclaration plus tôt. On sait ce qu'elle demande. Beaucoup l'ignoraient.

« On blâme beaucoup le Gouvernement de Versailles.

« Ce soir , à cinq heures , un voyageur arrive de Saint-Denis. Il dit que les Prussiens y sont encore, et qu'il n'a pas vu de Versaillais. »

On trouve dans ces rapports l'expression de l'inquiétude qui commence à s'emparer des communeux au sujet de deux choses : la disette, — la rentrée des troupes à Paris. Aussi voyait-on des femmes aller chercher leurs maris aux avantpostes pour les ramener au logis. Nous nous souvenons d'avoir entendu les doléances faites par l'une d'elles dans un omnibus à des dames qui paraissaient approuver toutes ses paroles : « Je ne trouve pas mauvais que mon mari ait des opinions et combatte pour elles ; mais alors il devait rester garçon . C'est aux garçons de se battre et de se faire tuef. Puisqu'ils ne se battent pas, je vais chercher njon mari, qui est père de famille, et le faire rentrer à la maison. » Pas un mot de blâme dans l'auditoire sur la cause au service de laquelle cet homme s'était mis. La moralité aussi bien que la sincérité courageuse faisaient défaut partout.

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