FINANCES
« Paris, !•» mai 1871.
c( Cher Citoyen,
u Je sais obligé de vous consulter à propos de conflits d'attributions qui, en:se renouvelant à chaque instant, gênent ou interrompent les reiitréeis du Trésor.
- u 1* Les municipalités, l'administration de la guerre, ont vendu, sans m'avertir^ les bois provenant des baraquements militaires établis sur les boulevards extérieurs et autres endroits , et ont cru pouvoir disposer des fondis assez considérables provenant dé ëes
ventes.
il Ainsi, la municipalité du XIIP arrondissement, tout en sachant pertinemment que les baraquements élevés sur son, territoire ne lui appartenaient pas , les a vendus à son profit et a touché plus de 18,000 francs.
(c La municipalité du XVIIl* arrondissement a effectué la même opération le 28 avril, sur une étendue de territoire considérable, et l'un des membres de la commission municipale a même affirmé à l'un des vérificateurs de mon administration que j'avais délégué à cet effet, que c'était avec votre autorisation formelle que la mairie avait encaissé le produit de cette vente. Il est pourtant indiscutable qu'au domaine seul, appartient le droit de vendre ces ba- • raques et d'en encaisser le prix.
il Faites trancher la question par un vote de la Commune, et, au minimum, le Trésor y gagnera plus de 200,000 francs.
u II faudrait même aviser à faire rentrer les fonds déjà touchés, par ce fait, par plusieurs municipalités.
« La Commune de Paris est une. Chaque municipalité ne peut s'arroger des droits appartenant exclusivement à la Commune entière * .
« 2® Un décret ordonne la démolition de la chapelle Bréa.
« Je. me rends à la mairie du XIIl* arrondissement pour m'entendre avec les citoyens de la commission municipale sur l'exécution de ce décret.
« On m'oppose que cette chapelle étant située sur le XIII* arrondissement , ayant été construite sur des terrains offerts par des citoyens de l'arrondissement, les matériaux, le matériel, le terrain appartiennent de droit au XIII" arrondissement.
« Ici encore il est incontestable que le droit du domaine ne peut être discuté à aucun point de vue : cette chapelle appartient à la Commune de Paris, et non pas uniquement au XIII* arrondissement : les fonds provenant de la vente du matériel et des démolitions doivent faire retour au Trésor.
« 3» Une chose que je crois encore devoir signaler à- votre attention, ce sont lès fréquentes demandes de mobiliers qui vous sont adressées par différents fonctionnaires qui n'y ont aucun droit. Le mobilier de la Commune, déposé au Garde-meuble, sous ma responsabilité, n'est destiné qu'aux ministères et aux grandes adminis-
^ II «'y a qu'un raotJi changer dans cette phrase pour la rendre politiquement correcte : la nation (au lieu de la Commune) est une, etc.
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trationsy mais nullement aux fonctionnaires, quel que soit leur çrade.
« Grâce à la simplification et aux nombreuses modifications que j'ai apportées danç mon administration, j'ai pu apporter déjà de notables économies dans cet important service.
« Je compte, cher Citoyen, que vous voudrez bien me répondre promptement sur ces divers points, mon intention étant de commencer, sans le moindre retard , les ventes en question.
« Salut et ég^alité.
« Fontaine. »
RAPPORTS DE POLICE
Concorde. — « On dit que le Gouvernement de Versailles n'a tenu aucun compte de la démarche faite par la franc-maçonnerie ayant pour but d'arrêter la guerre civile.
(( On ne pourra pas dire maintenant que la Commune ne veut pas de concessions, attendu que les francs-maçons ne sont intervenus qu'après s'être entendus avec les membres de l'Hôtel de ville. Donc les Versaillais ont tort.
« On traite de voleurs et de brigands les membres du Gouvernement de la défense nationale. »
Quartiers populeux,
a Groupes nombreux. Paris est agité , toutes les conversations roulent sur la manifestation d'hier. Les Versaillais ont-ils, oui ou non , tiré sur la bannière franc-maçonnique, une fois plantée sur les remparts? Voilà ce que l'on se demande généralement. Un francmaçon est pour la négative , et assure même que pas un frère n'a été touché par les obus de M. Thiers. Un autre franc-maçon, au contraire, affirme que l'emblème de la paix, de la conciliation et de l'union fraternelle a été troué, et qu'il a vu tomber à côté de lui un vénérable. Le premier dit que les délégués qui sont à Versailles arriveront sûrement à obtenir une trêve de vingt-quatre heures, trêve qui sera suivie nécessairement d'un armistice. Le second n'est pas tout à fait du même avis , si l'on en juge par ses paroles : « fis veulent la guerre ? eh bien , soit ! ils tauront, mais u une guerre à laquelle ils ne s'attendent pas^, » En entendant ces
^ La guerre aux maisons avec le pétrole, sans doute.
mots, des citoyens se demandent ce que peut être cette guerre, tt Toujours des paroles 'mystiques , font-ils ; la franc-maçonnerie ne peut se défaire de sa gourme cabalistique. Il n'y a que deux manières de faire la guerre suivant ces citoyens : la guerre de propagande, et alors qu'ils appellent leurs frères à eux; ou , s'ils le préfèrent , la guerre à coups de chassepot , et alors qu'ils aillent chercher des fusils, et qu'ils accourent grossir nos rangs. »
a — Mais, pour Dieu, dit-on de tous côtés, si Versailles ne veut pas céder, plus de discours! Cédons la parole, aux mitrailleuses y puisque M. Thiers et consorts n'entendent que cette voix-là. » Le groupe dans lequel se tiennent ces discours grossit de plus en plus. Les conversations s'animent , prennent tout à coup un caractère agressif contre l'organisation actuelle. Mon métier de reporter me fait un devoir de reproduire ici ce que j'ai entendu.
«■ — Mauvaise organisation, dit-on. Ici des poudrières presque abandonnées ; des canons appelant leurs affûts, lorsque plus loin les affûts pleurent leurs canons. Là , des pièces à longue portée restant inactives , tandis que la ligne de bronze des Versaillais nous encercle de plus en plus ; des projectiles in globo, que Ton enlève cans aucun ordre de la place ni même un ord^e émanant d'un pouvoir sérieux. Vuis y partout , des barricades défendue par trente ou quarante hommes, lorsqu'il en faudrait le double; les vivres se faisant attendre, et les renforts arrivant presque toujours trop tard. — Nous avons foi dans le général Cluseret, dit un autre citoyen, la plus grande foi même. Son passé nous répond de lui. Nous avons confiance dans beaucoup de ceux qui dirigent la guerre, mais ceux <]ue nous attaquons , ce sont les chefs subalternes chargés de transmettre les ordres et de les faire exécuter. Les ordres sont parfaitement conçus , mais , hélas ! souvent oubliés , ou fourrés à dessein •dans une poche percée. Remplacez les Aztèques (?) par des hommes, les timides et les incapables par des audacieux et des intelligents. Mollesse, tergiversation, indifférence, sont des mots que l'on trouve dans le dictionnaire des traîtres. Ouvrez celui des héros, vous y trouverez conviction et audace, »
Cour du Louvre. — « Foule compacte. C'est le meeting de l'AJliance républicaine des départements. Chaque département a son groupe particulier. Les conversations sont des plus agitées. Tout le monde, du reste , paraît être du même avis. Paris doit avoir les franchises communales. Décidément la Commune est acceptée à Paris, et le drapeau rouge, qui fait blanchir pas mal de cheveux, pourra désor-
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mais raconter tranquillement son histoire au vent. Deux citoyens , qui sentent la bourg;eoisie à plein nez, me plongent dans le ravissement. Voici ce que disent ces nouveaux convertis : w Mais, en dé- « finitive, où sont-ils ces pillards, ces assassins? 11 faudrait en finir « avec ce dada de M. Thiers, il est poussif. Nous ne voyons que « d'honnêtes ouvriers qui vont se faire tuer pour leur foi républi- « caine. Et ces ambitieux, où sont-ils? Voilà Barbes, Flourens, tous u deux jeunes, instruits, intell ig^ents , et tous deux ayant une belle « fortune, qui acceptent, de gaieté de cœur, la mort sur le Golgotha. a Les voilà , tous deux se vouant à la cause du peuple. Et pour le u martyre^ quelle sera la récompense? Une' page dans l'histoire, « citoyens! » La séance en plein vent est ouverte, les orateurs mon* tent à la tribune. La foule est tellement grande que je ne puis attraper art passage que quelques bribes de discours. Les voici à peu près :
'« Paris veut sa Commune, il doit l'avoir, il l'aura. (Applaudis* u sements; cris de Vive la République!) L'histoire dira en parlant « de M. Thiers : Il fut le mauvais génie de Ùa, France, (Applaudis^ «sements prolongés.) Venez à nous, frères de province, et vous c( verrez que ce n'est pas Vatis ^ assassin qu'il faut dire, mais Paris « martyre (Cris frénétiques de Vive Paris! Von se presse les mains, c( Ton s'embrasse.) Ils tuent nos feftimeset nos enfants,et nous ne crie^ . a rions pas vengeance ! mais alors nous serions aussi lâches qu'eux* n (Cris de Mort aux bombardettrs ! Vive la Commune! etc.) La séance est levée à trois heures. La foule s'écoule au milieu de la plus grande agitation. A partir de ce moment, l'on ne s'occupe plus dans les groupes que du résultat de la démarche faite à Versailles par les délégués de la franc-maçonnerie. L'on prétend qu'ils né sont pas encore rentrés , et le mutisme des canons du côté de la porte Maillot fait beaucoup espérer. Le mot armistice est dans toutes les bouches. Je dois dire qu'il, y a des citoyens qui craignent beaucoup la guerre civile, mais ce qu'ils craignent encore davantage, c'est la paix honteuse, »
En fouillant dans les liasses énormes de papiers qu'a laissés la Commune, nous avons cherché quelques accents touchants, rexpression de ces sentiments humains qui paraissent d'autant plus généreux que les temps où ils éclatent sont plus laids et
plus tristes. Notre respect pour la nature humaine nous aurait fait accueillir avec bonheur le cri de ces passions dont la sincérité rend la violence moins coupable, parfois même glorieuse. Voici un cri du cœur qui nous a ému :
Au Citoyen membre de la Commune de PaAis ,
« Je fais un appel à la conscience et justice du citoyen Assy des fait qui vienne de ce passer pendant que mon maris est depuis un mois artilleur au fort de Yanvre; il espose ses. jours a défendre son pays, ses droit de citoyen, et Ion vient dajir de rigueur et de violence au vis a vis de sa femme et des enfants orphelins qu^ il sest sacrifier delever par son travaille , le père les ayant abandonnez il y a neuf ans. Nous avons soigner la mère jusqua la mort, et le'Q avril 1870, les enfant, qui sont les enfant de ma pauvre sœur décédée, sont rentré entièrement chez moi ; le père qui les avait lâchement abandonner, car j'ai lacté dabandont, cest trouvé tuer au plateau deChatillon, le 4 avril 1871. Ses frère, qui ont eut les même procédé au vis à vis des orphelins Tuloup, qui nont jamais donné assistance au enfant, vienne de se faire nommer tuteur par la garde nationale du lO-ibattaillon, et ont fait agir de rigueur sur ma per- |K>nne et sur les orphelins. Voilà les faits quil se sont passe : le 28 vm. sergent du 104 bataillon se présente chez moi , me somme au nom de la Commune, de rendre les orphelins Tuloup, et si je fais résistance, quil a un mandat daret sur ma personne. Je nai pas voulu dire ou était les enfant; Ion ma donc traîné comme une criminelle dans le poste de la rue de la Gaité, me trouvant sans mon maris, puisque quil et au fort. Ion ma enlever mes enfant qui sont mes neveux; je navais plus que du pain a leur donner vue que le petit garçon a treize ans et la petite fille a neuf ans ; il ont été mit dans une voiture par ce sergent le temps que jetait consigné au poste. Je fais un appel a la grande justice, queune enquête soit faite sur nous et que Ion me rendre les enfant que Ion ma enlever, après avoir tout sacrifier pour eux et que la justice soit rendu à celui qui la mérite; jai tout les pièce qui pourrons certifier 'ce que nous somme et que nous avons fait les plus grand sacrifice pour ces orphelins. Je ne reclame rien, je ne demande que les enfant pour en faire de bon citoyen. Cest dans cette espérance, et je puis avoir des répondant s'il en faut, jespere que le citoyen saura reconnaitre a qui justice doit être rendu et des violence que Ion a employer sur
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la femme d'un citoyen, qui tout les jour dans un fort, et exposer a perdre la vie pour sa Commune.
u Jai Ihonneur detre ,
« La citoyenne Giâgcâbdo,
« Rue de la Gaîté, 35.
m Paris, ce 30 avril 1871. »