DELEGATION DES ARRONDISSEMENTS DE PARIS
Place de la Corderie, 6.
Guerre,
« La délégation des vingt arrondissements ayant eu connaissance que des chefs et établissement empêchent systématiquement leurs employés de remplir leurs devoirs de gardes nationaux ;
« Considérant que le service de la garde nationale est obligatoire pour tous les citoyens valides ;
« Attendu que ni chef d'administration ni chef d'industrie ne peut, sans encourir une responsabilité, mettre, pour un motif quelconque , obstacle à ce service obligatoire ;
« Invite la Commune de Paris , tout en prenant dès maintenant les mesures qu'exige la position grave où ton se trouve y à insérer dans le décret de réorganisation de la garde nationale deè stipulations portant peine contre quiconque aura sciemment entravé le service de la garde nationale.
« Le président. Gaillard père; l'assesseur, Napias Piquet; le secrétaire (non signé). »
sous LA COMMUNE. 167
Les chefs d'industrie n'étaient pas, comme on le voit, sur un lit de roses. S'ils fermaient les ateliers, on les accusait de vouloir faire mourir de faim les ouvriers, on les menaçait de les exproprier, autrement dit, de mettre en leur lieu et place les ouvriers qu'ils avaient cessé d'employer. Les ateliers étaient-ils ouverts? on accusait les patrons de détourner les ouvriers du service de la garde nationale. Quoi qu'ils fissent, ils avaient tort. Au fond , le différend était une question de propriété qui aurait fini par se vider, au profit non des prolétaires, comme ils le croyaient, mais au profit de l'étranger, par la ruine de l'industrie et du commerce, et par une épouvantable détresse des classes ouvrières.
Au milieu de cette guerre fratricide, qui inspire les propositions les plus atroces et des résolutions dont on ne peut encore soupçonner l'horreur, un étranger offre à la Commune de prendre sa place dans la lutte, afin, dit-il, à! épargner à F Europe le spectacle douloureux du sang français répandu par des mains françaises . Jamais sévère leçon n'arrivait plus à propos, jamais elle n'avait été mieux méritée; mais elle ne fut pas comprise par les insensés auxquels elle s'adressait. La pièce suivante n'en est pas moins digne de figurer ici. Elle est la moralité de cette triste histoire et la voix du chœur dans la tragédie antique.
Poublon Villamayor, ancien major d'état-major de l'armée italienne , a été chargé par de nombreux étrangers qui habitent Paris et la France d'offrir de former une légion étrangère de 4,500 hommes volontaires, à la seule condition qu'elle marchera « en tête de la garde nationale française pour combattre tennemiy afin d^ épargner autant que possible à l'Europe le spectacle douloureux du sang français répandu par des mains françaises, »
Les preuves de l'anarchie militaire abondent, et plus on approchera du dénoûment fatal, plus elles seront nombreuses.
Pons, républicain, et faisant partie de la grande famille maçonnique , vient (3 mai) demander un emploi : « Capitaine au?c
ment des émigrés, se faisant avec une extrême lenteur, et même pas du tout dans certains quartiers, ne pourriez-vous pas inviter les concierges à grouper par maison ces objets, que vous n'auriez plus qu'à faire enlever ?
« Le mode de recensement adopté dans le !!• arrondissement devrait être étendu à tous les autres arrondissements. Ce travail par les concierges pouvant être contrôlé par-ci par-là, aucun ne s'exposerait à faire de fausses déclarations.
« Il conviendrait de faire ce recensement par étages, de façon à connaître les absents aussi bien que les -présents, garde national ou non , armé ou non , la compagnie , le bataillon , s'il touche l'allocation , s'il a été militaire, le grade dans l'armée.
il La plupart des citoyens qui se trouvent à présent à Paris sont dévoués au principe communal et républicain. Ceux qui sont dans la limite d'âge pour faire le service actif, n'attendent que le moment d'être requis , sans pourtant se déranger. Quant aux hommes de quarante à soixante ans, ou peut-être mieux de quarante-cinq à soixante , ils ne demandent pas mieux que d'être organisés en bataillons, par quartiers, pour faire le service des postes intérieurs, la police municipale, voirie, moralité, etc., etc., rondes et patrouilles de nuit, surveillance nécessaire aussi contre l'espionnage.
« Il faut que toutes les municipalités agissent à l'unisson pour ce service, qui doit être uniforme. Elles ne doivent point préjuger de la volonté de leurs administrés par tel ou tel écho. La majorité, je le répète, est acquise au principe que vous défendez. Une plus grande lenteur est préjudiciable.
« Les armes et effets que vous trouverez en grand nombre permettront d'équiper de suite ceux qui sont disponibles.
a Vous allez former votre cavalerie , surveillez achat et direction; le contrôle pour cheval doit être comme pour homme, à peine de gaspillage.
<t Saluts fraternels.
« Vive la Commune ! vive la République !
« Signé : M. Grognard.^ »
« P. 5. Il y a des fuyards sous le couvert de telle ou telle nationalité; dans le doute, constatez l'identité. Fait fréquent. Faire signer sur le permis pour voir si la signature est la même. Il y a nombre de domestiques, de marrons bourgeois qui rient à vos dépens. Prenez ce modèle-là. »
# SOaS LA COMMUNE. 175
La femme Ballanclie, rue de la Procession , 24, à Vaugirard, herboriste et sage-femme, se plaint que , vers minuit, une douzaine de gardes nationaux se soient présentés chez elle après avoir brisé deux portes pour faire une réquisition ; elle a été injuriée, menacée de mort par ces forcenés, auxquels il a fallu donner de Teau-de-vie. On a fracturé les meubles, on lui a volé des billets de banque, une théière d'argent. Sans cette sousti*action , elle ne se fût pas plainte.
« Je viens vous supplier, Messieurs, de faire votre possible pour retrouver ces hommes, qu'ils. me rendent cet argent. Je ne leur demande que cela et leur pardonne.
u Dites-leur que j'ai perdu mon fils à la bataille de Gravelotte, mon soutien, tout mon espoir; que j'ai recueilli deux enfants qui ont besoin de tout mon dévouement; ils les ont vus; que j'en adopte une pour ma fiJle, que je suis ruinée par cette maudite guerre , qu'il me faut fermer ma maison ; qu'ils aient pitié , et je leur pardonne de tout mon cœur ! »
Pauvre femme! sa plainte n'est-elle pas touchante? Mais pourquoi son fils s'est-il fait tuer à Gravelotte, aurait-on pu lui dire; et on aurait ajouté spirituellement : Fallait pas qu'il y aille! Vivent les vivants, et tant pis pour les morts! Des mères prudentes avaient dit à leur fils au moment de leur enrôlement dans la mobile : A la première occasion , arrange-toi pour te laisser prendre. Si Ballanche eût reçu et suivi ce conseil, il ne fût pas mort, et peut-être se serait-il trouvé là, à Vaugirard, pour défendre sa mère contre les pillards.
Déposition de la femme d'un orfèvre, qui déclare qu'en P absence de son mari, un garde national lui a apporté un kilo et quelques grammes de débris de vases sacrés et autres quelle a achetés, 16 mai, déposition signée Bondon.
Tous ceux qui marchaient, ne marchaient pas, on le sait, de leur plein gré. Quel drame douloureux on entrevoit dans cette lettre !
« Paris, 11 mai 1871.
Au Citoyen colonel Gois, rapporteur à la cour martiale, «Mon Colonel,
« Le nommé Gâche, déclarant ne savoir point écrire , me chargée de vous instruire qu'il recoupait avoir manqué à tous ses devoirs de citoyen et d'honnête homme en faisant une fausse déclaration dans le but de se faire dispenser du service de la garde nationale, et qu'il s'engagea partir avec son bataillon, dès que la liberté lui sera rendue.
« Sa femme devant accoucher le 20 courant , il aurait désiré être auprès d'elle à cette époque ; de là sa malheureuse idée de dissimuler son âge.
« J'espère que vous voudrez bien agréer ses vœux et l'envoyer de suite dans un bataillon, où il pourra rendre des services puisqu'il
est ANCIEN MILITAIRE.
« Agréez, mon Colonel, mes très-humbles salutations,
u Charles Bobche. »
Une main tremblante a écrit au bas :
« Luce a pauve Gâche. »
Guyonnet envoie à Délescluze (29 floréal) une lettre de leur ami commun Bourachot, qu'il avait soigneusement cachée. La photographie accusatrice de Bourachot se trouve jointe au dossier, qui fait partie des Archives de la justice militaire. Imprudent Bourachot !
« Citoyen général (La Cecilia),
« Il vient de m'être envoyé des délégations d'officiers pour me demander que l'on brûle le village de Bagneux et les environs au pétrole. Comme je n'ai pas ces engins en ma possession, je les envoie près de vous, etc.
« Le commandant du fort,
(f GiLLARD. »
(19 mai.)
On voit que ce n'est pas la bonne volonté qui manquait de brûler tout avec du pétrole.
sous LA COMMUN'E. 177
11 parait que chaque arrondissement était doté d'un Comité central, comme le prouve la pièce suivante (sans date) :
COMITÉ CENTRAL
Permanence dit XV* arrondissement.
u Déclaration que Ton nous fait à l'instant, qu'il se formerait
« une certaine collision ayant pour but dediminuer les hommes de
« garde à la place Vendôme , en leur faisant parvenir quelques
u feuillettes de vin, et puis les surprendre.
« Tenez-vous sur vos g^ardes.
« Le délé(jué ,
« G. SOLER. »
Si le délégué Soler voulait empêcher, par la crainte d*un danger imaginaire, les fédérés de s'enivrer chaque jour, l'intention était bonne. C'est tout ce qu'on peut dire de cette intéressante communication.
Ces comités locaux de surveillance n'étaient que des officines de dénonciation.
Presque toutes les lettres que nous parcouronis sont remplies de déclarations de même nature. L'âme se gonfle de fiel dans le contact des hommes ; la crainte seule en retient le débordement. Mais dès que la compression exercée par ce sentiment disparaît, l'injure, la calomnie, la méchanceté, la haine font irruption. Nous n'en finirions pas à reproduire ces délations qui ont pour prétexte un dévouement désintéressé à la Commune. Elles n'émanent pas toutes de personnalités obscures. Voici, par exemple, la veuve d'un officier supérieur, belle-sœur d'un gé- . néral de gendarmerie, qui écrit, à la date du 14 mai, à Delescluze, une lettre de laquelle nous nous bornerons à extraire deux lignes : « Je veux vous confier quelque chose de grave... Le temps passe et la trahison fait son œuvre.» — Un bon enfant de cinquante et un ans n'a rien de plus pressé que de signaler comme réfractaires cinq camarades probablement plus jeunes que lui.
Aux membres de la Commune de Paris.
« Vous voulez recruter ! eh bien, moi, simple vieillot de cinquante
et un ans , j'ai l'honneur de vous informer que rien qu'au bureau A, 46, rue Notre-Dame des Victoires, Société générale, vous avez cinq hommes à prendre sur six dont se compose le bureau, — et je suis le sixième.
« Si vous n'agissez pas, retirez-vous. La mollesse n'est pas de saison.
, a Salut et respect.
u GlARD.
« 3, rue Belhomme (Montmartre).
« Taisez mon nom, s'il vous plaît. »
'Un habitant de Guérande fait acte d'adhésion à la Commune de Paris. Dans quel but? Guérande veut-il s'insurger comme Guéret et toutes les grandes villes de France? Le but du pétitionnaire est plus modeste. 11 désire simplement avoir des nouvelles d'un mobile marié, « fils d'un cordonnier de la Turbale. Ce jeune homme se trouvait à l'ambulance, lorsque le siège de Paris a été recommencé par l'exécrable Thiers et ses compères complices. Peut-être fait-il partie de vos héroïques défenseurs ! Je serais bien aise d'avoir des renseignements par votre administration si pleine de sollicitude pour tous ceux qui sont sous ses ordres. Nous n'avons que des renseignements incomplets, falsifiés par Versailles, de la grande Commune de Paris; nous serons bien aises d'en avoir de véridiques et de complets. » Ce brave' Guéràndois croyait sans doute Versailles capable d'avoir falsifié les renseignements relatifs à ce fils d'un cordonnier de la Turbale, et c'est pourquoi il s'adressait au représentant de la véridique et grande Commune, au citoyen Gluseret. Nous avons la douleur de lui apprendre que sa lettre n'avait pas été ouverte, et qu'un Versaillais, le colonel de Clermont-Tonnerre, qui l'avait trouvée sur le bureau du citoyen Moreau, l'a décachetée le 29 mai et le premier en a pris connaissance , comme l'indique une note laissée par lui au dossier.
— Un grand nombre d'officiers démissionnaires, après le siège, offrirent leurs services à la Commune, tandis que des journalistes anglais et américains, dont les cartes de visite ont été conservées , mettaient leur plume à sa disposition.
sous LA COMMUNE. 179
— Parfois on rencontre des plaintes furibondes , telles que celle-ci :
« Ce tyran de Rossel nous accuse des fautes qu'il acofnmises. J'ai envie de donner ma démission. » Non , mon brave, tu garderas tes galons et ton traitement. Officier d'état-major sous le siège, officier d'état-major sous la Commune, officier pour rire sous tous les régimes, tu te trouveras encore quelque chose sous la République *.
D'autres fois, on a recours à des formules bien humbles , qui auraient dû offusquer un républicain farouche. Aux yeux de Lefèvre, qui professe le dévouement le plus absolu à la Commune, Delescluze ne vaut pas moins que M. Rouher lui-même et que le glorieux maréchal Lebœuf; aussi l'appelle-t-il Son Excellence M. le ministre de la guerre. Un peu plus , le père Gaillard aurait été traité d'éminence pour les barricades qu'il a élevées!... Comment la postérité distinguera-t-elle la Commune de l'Empire? Des Excellences partout et toujours : c'est un pays condamné à la perfection. Chez les* nations décrépites, la pompe des qualifications couvre la nullité des individus. Le vase dont se servait Âmasis pour se laver les pieds était d'or; imagé de la servilité qui consacre aux plus abjects usages le plus haut fonctionnaire , vil esclave de la démagogie ou du despotisme.
A la date du 17 avril, nous trouvons une lettre dont l'auteur propose de faire sauter les wagons qui transportent l'Assemblée à Bordeaux,
Par bonheur, les députés n'étaient point obligés d'aller prendre leurs billets à la gare de Paris. Mais il n'y a sorte d'idée infernalement méchante qui n'ait traversé la cervelle d'un partisan de la Commune.
^ « L'état-major continua les traditions du premier siège.... Sauf de trèsrares exceptions, les états-majors aux retroussis rouges, aux bottes brillantes, aux larges ceintures, aux multiples galons, traînant avec fracas des sabres vierges, ne firent bonne mine que dans les cafés... Le comité de salut public en fil opérer un soir une razzia dans les restaurants de filles. Le 22 mai, ils disparurent, eux et leurs uniformes. On en vit bien peu derrière les barricades. » (LiSSÀGARàT, p. 12.)
Le citoyen Loignon propose d'établir partout des machines système. Fïeschi, pour défendre les rues.
« Général,
« . . . . Cent hommes, six mitrailleuses, placés sur le plateau de l'Arc de triomphe, bien munis de munitions et provisions, bien décidés à s'engloutir sous les décombres du monument et de combattre jusqu'au dernier, pourraient rendre plus de services que vingt mille hommes... Si nous succombions, du haut de leur retraite ils pourraient imposer des conditions — ou brûler les Tuileries, le Palais de l'Industrie et le Corps législatif.
« A. SOKOSRY. »
Il y a dans cette lettre deux idées : l'une propre au siège , l'autre propre à la Commune , comme tout ce qui s'est produit pendant cette période malheureuse. L'idée de défendre Paris du haut de l'Arc de triomphe vient de M. Trochu , mais l'idée d'imposer des conditions sous peine de brûler les Tuileries , le Palais de l'Industrie et le Corps législatif, vient de A. Sokosky , et nous sommes bien aise de la voir signée d'un nom étranger. Ainsi ce n'est pas un Français qui , le premier, a fait sérieusement à des Français la proposition de brûler les édifices sur lesquels toutes les révolutions avaient pris l'habitude d'écrire, afin de les mettre à l'abri de la destruction : Propriété nationale !
Les communeux avaient une idée exagérée de la force des patriotes de la Révolution, dont ils se croyaient les imitateurs. Nous trouvons dans la minute d'une des proclamations que le Comité central adressait à la population parisienne, après l'entrée des troupes :
« Rappelons-nous nos pères de 1793, quî^ pieds nus et sans ARMES, luttaient contre l'Europe coalisée. »
Ce prodige de vaincre sans armes des armées coalisées ne li'est pas va depuis le jour où Samson tua trois mille Philistins avec une mâchoire d'âne. Les mâchoires d'âne n'auraient pas manqué à la Commune, mais où trouver des Samson?
sous LA COMMUNE. 181
Evidemment, le membre de la Commune auteur de la pièce ci-dessus était troublé peut-être par la peur : on l'eût été à moins. Pour être membre de la Commune on n'est pas à l'abri des misères humaines, et si nous en jugions par les deux pièces suivantes, dont nous ne garantissons nullement les assertions comme exactes, on se trouverait plus faillible que le vulgaire des honnêtes gens : •
Messieurs du Comité central,
« Il faudrait opposer aux misérables, tels que Jules Favre et autres , des honnêtes gens.
« Vous avez au sein de votre assemblée un homme qui laisse à désirer sur sa moralité.
« Le citoyen Assi est un déserteur et de plus un pédéraste; je lui défie de prouver le contraire.
« Un vrai républicain. »
Il y a dans tout ce qui émane de la Commune des surprises de style d'une saveur propre. Quel adorable euphémisme dans cette phrase : laisse à désirer sur sa moralitéy quand on la rapproche de Tépithète qui suit ! Et que dire du défi porté par le vrai républicain au citoyen accusé ?. . .
— « Que sont devenus les 67,000 francs remis par Cluseret à Rossel lors de son arrestation? Demander à Cournet. »
La note est anonyme. 'Nous la reproduisons à titre dé document. Pour notre compte, nous croyons à l'intégrité de Rossel.
On le voit, le sens du respect manquait dans le personnel communard, comme il avait manqué pendant le siège. On accusait plusieurs des membres de la Commune, on accusait de toutes parts les officiers. Les officiers trahissaient ! Les officiers prétendaient donner des ordres aux bons b... de la Commune. Ils leur reprochaient de n'être point sortis de l'Ecole polytechnique, à preuve cette plainte de leur délégué, dont nous reproduisons, avec une scrupuleuse fidélité, l'orthographe naïve :
« Les garde et chef tel que capitaine du génies, nous mete antrave pour anlever Ja piesse ditte Joséphine an ce cervan des mos callifîans que nous navons pas fais des étude à l'écol politiquenique.
« Veuilliés agir au plus vite pour cessi,- vautre délégué.
« Renaud. »
L'École polytechnique jouit d'un tel prestige, que chez le peuple delui qui veut dire : un littérateur, un lettré, un grammairien, un ingénieur, un général, un stratégiste, enfin un grand homme, — se sert de cette expression : Sorti de « l'Ecole polytechnique » é Pauvre école ! combien elle se trouve compromise aujourd'hui dans ses gloires d'hier !
Moyennant une augmentation de paye de 1 franc par jour, Jules Andrieux (lettre du 15 mai) se fait fort d'employer trois mille cinq cents cantonniers à la défense des barricades.
C'était promettre beaucoup, peut-être. Au 3 mai , les hommes étaient plus chers, si nous nous en rapportons à la lettre du citoyen Bouillot que nous reproduisons. Payez, dit-il à la Commune , et vous aurez autant de soldats que vous voudrez. — Mais l'argent? — N'avez-vous pas les biens des fuyards et les rentes des rentiers? — A la bonne heure!
L'argument du citoyen Bouillot serait bien de nature à faire réfléchir les honnêtes gens, c'est-à-dire les rentiers, sur les inconvénients de la déroute et de l'abstention, qui n'est qu'une fuite à rintérieur.
« Paris ,'3 mai.
« Citoyen Rossel,
« On vous dit intelligent, je l'espère; dans ce cas, j'espère que vous n'allez pas laisser à la garde nationale l'organisation que les Trochu lui ont donnée.
«... Ouvrez les fourneaux pour les nécessiteux et payez le citoyen qui marche au moins deux francs par jour, et faites un décret qui lui alloue, après la guerre, cinq francs par jour de présence au corps, à prendre sur les biens des fuyards. •. — Comment ! vous payez des soldats trente sous ! L'Amérique les payait un dollar et plus. Payez, et vous aurez des soldats; allez donc, ne craignez donc pas; la Commune n'a pas de dettes; elle ne reconnaît pas
sous LA COMMUNE. 183
celles de l'Empire; vous pouvez contracter un milliard de dettes, et Paris sera sauvé; vous aurez des soldats qui vous arriveront de tous côtés.
« BOUILLOT. )>
Encore un inventeur :
« 12 mai 1871.
« Je viens de faire deux cents lieues apportant à Paris sa délivrance, celle de la France, et le triomphe de l'avenir sur le passé.
il Le temps presse, l'économie du sang^ vous impose le devoir d'employer, sans retard , les moyens de vaincre Versailles. La né- ^lig^ence en pareil cas est un crime, si ce n'est pas une trahison.
« Et pourtant voilà six jours que j'ai soumis ce moyen ! »
Le signataire n'est pas égaré par V amour-propre d'auteur. L'efficacité du moyen est certaine.
« Il a été expérimenté par un spécialiste distingué, professeur de chimie à l'École de médecine de Paris (le citoyen Naquet), et à Toulouse par une commission d'hommes compétents qui , à l'unanimité, ont déclaré qu'aucune armée ne pourrait résister devant les ravages de ce moyen. »
L'auteur de cette économie du sang signe Barbier (Dominique) .
Nous n'avons pas besoin de dire qu'aucune des personnes <lont les noms figurent dans ce livre n'est connue de nous^ et que tous les documents font partie des dossiers de la justice militaire, où ils ont été par elle examinés et scrutés cent fois. Nous décrivons une maladie sociale à laquelle les diverses classes de la société ont participé dans des proportions diverses , et dont la responsabilité remonte presque , à part égale , à chacune d'elles. Nous serions au désespoir d'avoir nui à quelqu'un par un travail que nous avons entrepris et poursuivi dans le seul but d'être utile à tous.
On a dit que la Commune était la révolte des déclassés et des fruits secs. Il n'y a pas de profession sociale qui ne lui ait
fourni des adhérents. Nous avons rencontré parmi les plus chauds un rédacteur de laiGazette de la Bourse, d'anciens élèves de l'Ecole des mines, de l'École normale, le commandant Bachellery , qui se recomipande de la condamnation qui a été prononcée contre lui pendant le siège, des avocats, des médecins. Le^ situation des médecins restés à Paris, après le siège, était devenue bien difficile. S'ils donnaient leurs soins aux fédérés blessés, ils se rendaient suspects aux deux partis; Versailles ne leur pardonnerait pas d'avoir été les alliés de la Commune, et la Commune les surveillait avec une défiance hostile. Leur liberté, leur vie pouvaient se trouver en danger, pour peii qu'un geste , une parole imprudente trahit leur médiocre sympathie pour une cause qu'ils servaient cependant en servant l'humanité souffrante. Une parole du chirurgien Maisonneuve avait été dénoncée par les journaux, et je ne sais ce qu'il serait advenu de lui, si les troupes nationales fussent entrées huit jours plus tard. Au reste, la lettre qu'on va lire permettra de se faire une idée des accusations auxquelles étaient en butte les seuls hommes qui fussent en état de donner aux fédérés blessés des soins vraiment éclairés et utiles.
u Le 18 germinal an 79.
« Citoyen,
« Chaque hôpital est un foyer de réaction , et Ton dit tout haut contre la Commune des choses atroces qui m'ont indigné.
« Le moyen de faire cesser cet état de choses serait d'envoyer, à dix heures du matin , quelques gardes nationaux dans chaque hôpital. Ils enrôleraient dans les bataillons de marche tous les étudiants de dix-sept à trente-cinq ans, sans en excepter un seul, et on les ferait marcher contre les insurgés de Versailles.
« ... La guerre est ouverte entre l'ouvrier, qui représente l'honnêteté, le travail , et la jeunesse corrompue, débauchée des écoles, qui voudrait nous ramener au moyen âge.
« Marcellin Ballot, n
Il en venait des adhérents, surtout de ceux qui avaient guerroyé partout, avec Garibaldi, avec Flourens, avec Cluseret , véritables condottieri , pour qui la guerre est un métier et
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qui, en pays tranquille , meurent d'ennui et de faim. C'est surtout à Cluseret qu'ils s'adressaient : « Général , nous nous sommes rencontrés aux Etats-Unis en telle circonstance et en tel endroit, etc.» Ces Français-là ne sentaient renaître leur amour pour la France que lorsqu'ils la voyaient sens dessus dessous. — D'autres adhérents étaient moins belliqueux et no grandissaient leur épée au cri de Vive la Commune ! que pour la remettre précipitamment dans le fourreau , en demandant du papier et une plume, témoin Léonard Babelan. Quel fier début! En l'entendant déclarer qu'il défendra les armes à la main les principes de 93 , on se sent devant un de ces hommes résolus , pour qui sa vie propre n'est pas grand' chose et la vie des autres rien du tout. Mais la fin rassure entièrement. Le siège a eu ses chevaliers de la Seringue, fort beaux hommes, ma foi! La Commune avait ses chevaliers de l'Ecritoire, faibles de santé.
« Citoyen,
il Je suis républicain de cœur et de conviction. Je défendrai, les armes à la main ,^ dans le 84« bataillon , les principes de 93 , que le triomphe prochain de la Commune va nous assurer. Faible de santé , je préférerais prêter mon concours à cette œuvre dans un bureau, connaissant du reste la comptabilité et les écritures.
« Babelan (Léonard).
Comme ces ouragans qui soulèvent d'immenses masses d'eau, et permettent à l'œil épouvanté de voir les profondeurs de ^ l'abfme que le soleil n'avait jamais éclairées, ces orages politiques qu'on appelle révolutions ouvrent l'âme humaine et en démasquent les derniers mystères. Ce qui était caché se montre, ce qui était muet parle, ce qui était obscur s'explique ets'éclaircit. Si vous ne voyez pas, si vous n'écoutez pas, c'est une leçon sans fruit. La tempête finie, le gouffre se fermera sur luimême, la surface reprendra son calme habituel, couvant les germes de mort et les éléments de futurs cataclysmes.
Il faut bien cependant que nous sachions ce qui vit à côté de nous, et ce qu'il y a dans le sol où nous croyons avoir fondé un édifice social durable. Le devoir de l'homme politique est de
porter sans cesse ses éludes de ce côté, avec Taide de l'historien et du moraliste. S'il ne le fait pas, iF errera dans son œuvre et il compromettra gravement le présent et l'avenir. Il jugera funestes des barrières qui étaient salutaires , bienfaisantes des doctrines funestes; il prendra pour la santé ce qui n'est qu'une apparence trompeuse de force dans un corps miné par la fièvre du mal. Nous sommes, nous Français, de nature particulièrement optimiste et présomptueuse. Nous avions l'orgueil de notre centralisation avant l'Empire, de notre organisation militaire avant Sedan, et après la Commune, nous sommes fiers encore de notre civilisation. Eh bien , qu'on lise la lettre que nous reproduisons.
Et après cette lecture, qu'on se reporte par la pensée aux temps barbares oii vivaient Moïse et David , Homère et Lycurgue , Socrate et Epaminondas , au temps de Rome païenne , aux époques de l'invasion des Germains , des croisades et des guerres de religion, — et qu'on nous dise si l'homme s'est perfectionné, s'il s'est rapproché de l'idéal rêvé par la sagesse antique et par la foi chrétienne, s'il est aujourd'hui plus près de Dieu que de la brute?
De prime abord, l'expression cynique * de ce programme en rend suspecte la sincérité. Mais la réflexion , l'examen attentif, ne tardent pas à dissiper cette impression. Certes, parmi les adhérents à la Commune, il y en avait beaucoup auxquels ce document aurait causé la même horreur qu'à nous-méme. Les doctrines de l'hébertisme, qui y sont interprétées par un gredin sans vergogne , avaient de nombreux partisans. Tridon les avait soutenues et développées à sa manière sous l'Empire. N'aurait-il pas été indigné de la signification terrible que leur donne l'auteur de la lettre au citoyen Audoynaud? Nous le croirions. Mais les théoriciens qui par jactance, par bravade littéraire, paraissent avoir à cœur de démolir tout ce qui existait avant eux : doivent être mis en face des conséquences de leur enseignement. Il se trouvera toujours, de par le monde, de plus forts logiciens qu'eux : ils parlent, ils écrivent; ceux-ci agissent ou n'attendent que le moment d'agir. S'ils n'arrivent pas à jouir à leur façon , ils détruisent et ils brûlent !
sous LA COMMUNE. . 187
D'ailleurs, ce n'est pas Tridon qui est le père de Vhébertisme : Tridon avait une fortune que généreusement il mettait au service de ses folles idées. Ce n'est pas même Hébert. Qui donc l'a enfanté, qui l'a encouragé? Qui l'a glorifié et propagé? Celui aux yeux de qui la fortune seule a du prix, l'argent seul est un titre à la considération, parce que seul il procure les jouissances matérielles; celui qui s'enrichit au moyen de l'usure, du mensonge, de manœuvres déloyales, aux dépens des honnêtes gens; celui dont la fortune est un outrage et un défi à la justice de Dieu sur la terre.
Celui-là, adorateur du veau d'or, professeur d'hébertisme , vous pouvez maintenant le nommer, ô bourgeois ! Il a beau prêcher vertu et résignation aux pauvres, ses exemples parlent plus haut que ses préceptes, et c'est lui, oui, c'est lui qui est le principal collaborateur de l'auteur du programme qu'on va lire.
« Lettre sans signature. Voir le 28 avril 1871. Le timbre de la poste porte cette date. Voir l'enveloppe ci-jointe * . »
Au citoyen Audoynaud,
« Je m'adresse à toi, Citoyen, sans te connaître, mais parce que ton nom est en tête de la liste du Comité y et que je présume que tu communiqueras mes observations à tes collègues.
« Cela ne marche pas , Citoyen , la Commune est au-dessous de sa mission, il faut y aviser au plus tôt.
« Ce sont les vieux errements monarchiques et parlementaires. Rien autre chose. Des ménagements pour les vieux préjugés économiques, philosophiques et sociaux. Nulle mesure révolutionnaire comme l'entend le peuple. Est-ce la loi relative aux loyers? Au lieu d'installer définitivement le peuple dans le logement des riches et des bourgeois, on lui fait la remise humiliante, accompagnée de considérants plus humiliants encore, de trois termes de loyer, et on l'expose pour l'avenir aux griffes des vautours qui sauront bien le rattraper dans l'avenir. On le laisse dans le cloaque.
« Est-ce le projet relatif aux monts-de-piété? Au lieu de faire ren-
1 Cette note, d'une autre écriture que la lettre, est due probablement à la personne qui en a la première reconnu l'intérêt. Nous n'avons pas retrouvé l'enveloppe.
dre (jor(je aux riches, aux bourgeois, aux exploitants, et avec le produit de cette institution, soit en meubles, soit en argent, soit en produits alimentaires, initier enfin le prolétaire aux jouissances de l'aisance et même du luxe, on lui fait, non , je me trompe, on se propose de lui faire le beau cadeau de cinquante francs, puis on recule, on hésite, pour ne pas désobliger les actionnaires du Mont-de-piété.
u Qu'a-t-on fait pour l'alimentation? Des cantines municipales où Ton débite d'affreuses compotes , tandis qu'à côté on voit encore des restaurants de luxe où le riche et le bolirgeois vont se goberger, et cela lorsqu'il est si facile de mettre la main sur les caves et les réserves des jouissants actuels et des marchands qui les alimentent !
« Qu'enténd-on à l'Hôtel de ville ? Des paroles surannées de respect, de droit, de probité, de décence, et même, le diable m'emporte! de délicatesse, toutes fadaises pour couvrir et excuser l'oppression des prolétaires par les riches et les bourgeois. On y parle aussi , crois-moi , Citoyen , de capitaux et d'intérêts !
« Je te le demande à toi et à tes collègues , n'est-ce pas là la défaillance, la défection et la trahison ?
« En ce moment, il n'y a qu'un droit, c'est celui du prolétaire contre le propriétaire et le capitaliste, du pauvre contre le riche et le bourgeois, du déshérité depuis des siècles contre l'aisé et le jouissant. Pauvres et prolétaires, nous n'en avons pas, nous n'en voulons pas d'autres à la jouissance, à l'aisance. Si le gâteau n'est pas assez grand pour que tous y aient une part égale, à nous , d'abord avant tous : il y a assez longtemps que nous attendons : les aisés et les riches d'aujourd'hui attendront à leur tour. Voilà l'égalité comme il nous la faut. Compensons d'abord le passé; quant à l'avenir, nous verrons.
« Qu'on ne berne donc plus le peuple avec ces mots vides de sens et vieux, de probité, respect de la propriété, de droit, de produit du travail et de l'épargne; tout nous revient, à nous prolétaires, tout est à nousy et nous le prendrons, entendez-le bien , beaux parleurs de PHôtel de ville. L'air des salons dorés vous a déjà corrompus! Nous le prendrons, vous dis-je, et si vous n'avisez pas par des mesures générales et régulières, nous le prendrons, comme nous l'entendrons, à notre heure, à notre aise, mais nous le prendrons. Vous aurez beau écrire, afficher : Mort aux pillards y mort aux voleurs! qu'est-ce que cela nous fait? nous serons les plus forts.
sous LA COMMUNE. 189
Ce sera tant pis que tout cela , car le préjugé contre nous est encore bien enraciné, d'une paTrt, et de l'autre il y aura beaucoup de gaspillante , de valeurs perdues. Mais tout cela c'est votre faute, parlementaires de l'Hôtel de ville; au lieu de détruire les vieux préjugés, vous les alimentez, vous les arrosez de vos phrases sentimentales et morales; au lieu de régulariser, par une mesure générale, la restitution qui nous est due, vous parlez et vous agissez comme des gens qui n'ont point la moindre notion de ce que veut et exige le prolétariat.
« Il y à encore un préjugé que je vois s'épanouir dans les affiches et les arrêtés de la préfecture de police. C'est celui de la pudeur, de la décence, de la morale publique. Dans quels vieux bouquins de morale r^gligieuse et philosophique va-t-on chercher ces mots vides de sens ? Vides de sens, oh non ! je me trompe, ils ont un vrai sens , une vraie signification , mais surtout un but, un objet ; ils ont été créés pour enlever les jouissances de la nature aux niais, et les réserver aux riches et aux aisés : c'est un raffinement de plus qu'ils ont voulu se procurer. Arrière donc avec vos affiches et vos arrêtés, citoyens de la préfecture de police! 11 n'y a lii décence, ni pudeur, ni vice, ni prostitution. La nature s'occupe peu de ces stupidités, elle a ses besoins, ses exigences, et il faut y satisfaire comme on l'entend, à sa manière, quand et où l'on veut, à l'occasion, à la fantaisie, au hasard, après une longue attente ou à, la première rencontre, avec qui plaît y comme nous le faisons, nous autres prolétaires, entre nous. Seulement, aujourd'hui, ce qu'il nous faut, ce sont tes filles, ô riche et aisé! ce sont tes femmes; ce qu'il nous faut, c'est qu'elles entrent, au profit des prolétaires et de tous, dans la grande famille commune. Régularise au plus tôt cette mesure, pudibonde Commune, sinon nous y procéderons nous-mêmes, et crânement, je t'en réponds. Hélas ! je n'en parle pas pour moi personnellement , car mon âge rie me permettra plus que d'assister au spectacle de cette grande et magnifique priapée qui sera l'inauguration de la véritable communauté. Au reste, quand le résultat n'en serait pas aussi grandiose qu'il apparaît à mon esprit, cette fête est due au prolétariat. Assez longtemps le riche et l'aisé ont accaparé les filles les plus belles, lui laissant les laides, les sottes et les acariâtres. Quant à les débaucher, nous savons que ce n'est pas tout à fait vrai, nous ne leur lâchions que nos restes, mais ils les gardaient et les infectaient de leur orgueil. C'est déjà trop. Mais, à vrai, le petit voisin, le petit cousin et quel-
quefois aussi le petit frère (à l'infraction d'un préjugé stupide), le petit frère savait fort bien dresser, façonner la petite voisine, la petite cousine et la petite sœur à toutes les jouissances que la glande aphrodite prodigue à ses favoris. Papa et maman s'en mêlent quelquefois, et ils ont raison , mais c'est assez rare, et ils s'en repentent trop souvent, les imbéciles, pour que nous en parlions.
« Aussi ai-je haussé les épaules en lisant l'arrêté relatif aux cafés, pu l'on parle de prostitution. Il n'y a pas de prostitution , la prostitution est un vieux mot, sachez-le bien, parleurs de la Commune, comme les mots de pillage et de vol. C'est avec ces mots que l'on rive nos chaînes; tant qu'on s'en servira, nous ne serons ni libres ni républicains. Arrière, vieux oripeaux, vieux préjugés, rentrez dans l'ombre! Disparaissez au souffle de la raison, fantômes imaginaires de vol, de pillage, de viol, d'inceste! ou plutôt revenez, reparaissez tels que vous êtes réellement, forts, puissants, invincibles, nerveux et beaux, et vous appelant de votre vrai nom : les fils de la nature, les droits du peuple.
a Voilà notre déclaration à nous, prolétaires; elle n'est pas imprimée sur du beau papier communal comme la vôtre, nosseigneurs de la Commune; elle est griffonnée parla main d'un vieillard, mais elle prévaudra, ou, je le répète, par des actes réguliers, normaux mais immédiats , exercé de voies de fait avec irruption ou débordement tels que ni Paris ni Versailles ne peuvent arrêter, sachez-le bien, nos maîtres.
«Et vous, membres du Comité, inspirez-vous du grand esprit des hébertistes, rejetez les vieux préjugés de vertu, de pudeur, d'humanité , allez de l'avant ; appuyez-vous sur ce qui est vrai , sur ce qui est fort; inscrivez sur votre drapeau cette devise : TOUT A TOUS; TOUTES A TOUS ET A NUL. Mais pour le moment, restreignez-le au profit du PROLÉTAIRE.
« Sachez-le bien, Citoyens du Comité, l'orage gronde ; renvoyez sans retard ces phraseurs idéalistes de la Commune, supprimez ces stupides journaux , y compris le pâle Père Duchêne, et clémeiithématisez ceux qui résisteraient.
« Salut et hébertisme^ »»
* P^ous avons reproduit textuellement cette lettre, sauf quelques fautes d'orthographe, mais nous ne nous sommes pas chargé de faire disparaître des obscurités provenant de la contezture de la phrase ou de l'omission de mots.