RAPPORTS DE POLICE. — PAPIERS DE LA COMMUNE
Bourse, — « Les fédérés sont tellement découragés , dit-on , que les chefs sont obligés pour les faire marcher à l'extérieur de les menacer de leur revolver, qu'ils tiennent constamment en main.
u On dit que deux membres de la Commune ont été tués hier sur une barricade du côté de Neuilly.
« Les batteries de Montmartre ont tué hier soixante fédérés à Levallois, dit-on. La portée de ces pièces dépasse à peine les fortifications ; il faudrait au moins attendre pour s'en servir que les Ver^ saillais soient arrivés là. * ,
« On dit que le fort de Vanves est au pouvoir des Versâillais depuis samedi soir. Ils ont pris trente pièces de canon aux fédérés, et fait un bon nombre de prisonniers.
« Les Versâillais bombardent Paris depuis deux mois , dit-on , et cela parce qu'ils ne veulent pas nous accorder des choses qu'ils seront forcés de nous accorder demain peut-être , car Paris ne fléchira pas. »
Place du nouvel Opéra, — « On dit que nous avons la République sans l'avoir, mais bientôt nous l'aurons d'une manière positive , et malgré les royalistes de Versailles, n
Concorde, — « Depuis quelques jours il y a , dit-on , beaucoup de fédérés à Passy. Un grand nombre se sont installés dans les maisons meublées et non habitées. Les femmes des gardes viennent voir leurs maris , et en s'en allant elles emportent des matelas , du linge, etc., etc.
« On dit que les membres du Gouvernement du 4 septembre sont des lâches et des brigands, chose que les Parisiens n'ignorent pas. Mais on ne sera content que quand on apprendra que tous ces misérables sont tous pendus. »
Quartiers populeux,
« Le manifeste aux grandes villes plaît beaucoup généralement , et l'on compte que l'effet en sera bon sur la province. Il y a du cœur et de l'énergie dans cet appel suprême, et cela suffit,
u On ne saurait croire le contentement que Ton a éprouvé en apprenant que le canon de Montmartre se mettait de la partie. Tous ceux que j'entends parler aujourd'hui dans les groupes se trompent peut-être ; ils attendent des résultats merveilleux de cette formida-
« Les trois derniers milliards doivent être entièrement payés avant le l"mars 1874.
« Le Gouvernement français espère pouvoir satisfaire à ces engagements. »
La confiance du Gouvernement français dans les ressources de la nation a été justifiée, et il aura payé la rançon dans son intégralité avant le 1 " octobre 1 873 .
En constatant ce résultat, n'oublions jamais le degré d'abaissement 011 nous étions tombés et cette parole du chancelier : « Nous aurions pris Paris soit par un arrangement avec la Commune , soit par la force. »
L'arrangement avec la Commune était la combinaison la plus simple, la plus naturelle, et tout à fait prussienne,
— Au train dont va la Commune , avant quinze jours , Paris n'existera plus. Il lui restera des rues, des maisons, des quais et des squares, mais il aura perdu cette couronne de monuments qui faisait de lui le centre de la nationalité française. La France sera décapitée, Paris dépossédé pour toujours de ses ' droits au titre de capitale. On ne lui pardonnera jamais de n'avoir pas défendu du vandalisme ces œuvres que le génie de nos artistes avait conçues, que l'argent de tous les contribuables avait payées, et que la nation a élevées sur un territoire privilégié, mettant là comme en dépôt tous ses trésors artistiques et scientifiques, sous la garde du patriotisme et de l'intelligence de la population parisienne.
Encore quelques jours, que lui restera-t-il?
Si l'on prétend détruire tous les monuments entachés de royalisme, après la colonne, après le monument expiatoire, après les statues des rois , il faudra renverser les Tuileries , le Louvre , construit par Henri II et ses successeurs , la Bibliothèque de la rue Richelieu, fondée par les rois, la Sorbonne, œuvre du tyran Richelieu, l'Institut, œuvre du tyran Mazarin, et ainsi des autres. La Commune s'approprie tous les établissements de l'État ; quelle destination , quelle existence leur réserve-t-elle?
Nous écrivions les lignes qui précèdent le 16 mai : huit jours plus tard , les événements faisaient la réponse : Paris brûlait.
sous LA COMMUNE. 315
Dès le 16 mai, les édifices brûlés le 24 étaient menacés d'une destruction successive et systématique. La population Feût-elle permise? Devait-elle être alors à Paris ou hors Paris? Ne lui avait-on pas enjoint de sortir du foyer delà rébellion? Et cependant M. Thiers s'adressait sans cesse à elle pour l'adjurer de s'opposer aux excès des démagogues ! Avait-elle dû rester à Versailles? Nous voudrions qu'on nous répondît. — On assure qu'on va faire une loi contre les abstentions en matière électorale. Ne profitera-t-on pas de l'occasion pour faire une loi en matière de révolution , pour suivre l'exemple de Solon, qui contraignait les citoyens à se déclarer en faveur de tel ou tel parti dans les troubles civils?