‹ Le fond de la société sous la Commune: décrit d'après les documents qui constituent les archivesChapitre 72 sur 100 · DU 26 AVRIL AU 20 MAI · texte numérisé non relu

DU 26 AVRIL AU 20 MAI

26 avril. Rapport de Moreau. Il faut former trois cents artilleurs.

« Le. capitaine commandant l'artillerie s'offre à faire sur place une école d'artillerie en huit jours , et peut en former d*assez habiles pour bien manœuvrer une pièce.

« Le commandant du génie offre é(jalement de former une compag^nie du génie, pour le noyau de laquelle il prendrait une quarantaine de lignards mis en subsistance au fort, et qui ne servent à rien. »

Combien de ces malheureux soldats de ligne , laissés à Paris par la retraite de l'armée, ont commencé par déclarer avec énergie qu'ils ne pactiseraient pas avec l'émjBute victorieuse! Combien, tourmentés, flattés, injuriés, conspués, grisés parles hommes et par les femmes , dénoncés par leur uniforme tantôt aux injures, tantôt aux flatteries intéressées des hommes de la Commune, à laquelle manquaient des défenseurs aguerris, combien ont fini par se laisser entraîner, et, le désespoir dans le

cœur, ont marché à l'ignominie et à la mort ! A côté de quelques

coupables , dont l'adhésion toute volontaire rend le crime inexpiable , beaucoup sans doute cédèrent à la lassitude de lutter contre les tentatives incessantes et de toutes sortes répétées sur eux. Et il n'est pas possible de les justifier, car ils ont manqué à un double devoir, devoir du soldat , devoir du citoyen ; pour eux aucune indulgence n'était permise, aucune pitié possible. Mais il faut bien rejeter sur la Commune la responsabilité de tout ce sang versé, de ces existences qu'elle a arrachées de la bonne voie, qu'elle a tournées contre le pays, et qu'elle a conduites à l'expiation de ses propres forfaits!

Lettre de Faltot, commandant du fort de Vincennes, en date du8 mai :

«... Aujourd'hui le fort se trouve réduit à cent vingt hommes armés, et cet état m'inspire de sérieuses inquiétudes, non du côté de nos ennemis les Prussiens, mais de ceux, bien plus redoutables, des Versaillais. w

Un différend avait éclaté entre Cluseret et les deux Faltot père et fils, de Vincennes , au mois d'avril. V. Faltot écrit au colonel Henry :

a Hier, à une heure du soir, j'étais ^ votre table; aujourd'hui, voilà vingt-quatre heures que je suis en prison. >>

Faltot à Delescluze :

« 20 avril (sic).

u Chaque jour, je reçois une grande quantité de signatures me donnant des ordres émanés de votre cabinet et couvertes du cachet du ministre de la guerre. Crainte d'entraver la* défense, je cède habituellement aux ordres dont il s'agit. . . »

Mais sa responsabilité n'est pas suffisammeat couverte. Il demande qu'on lui envoie la nomenclature et les signatures des chefs de service « ayant le droit de lui donner des ordres en son lieu et place, »

«- « Le 5 avril, véritable insurrection. Le 206* bataillon, avant

sous LA COMMUNE. 341

de partir, pille les armes, enlève 300 chassepots, menaçant toate autorité, emporte 50 couvertures, après avoir parcouru le magasin, l'e'glise, le donjon, tout fouillé; il ne reste plus au fort d'armes portatives à tir rapide. » {Rapport de Faltot.)

Au 29 avril, tout est enthousiasme à Vincennes, si l'on en croit Faltot :

« Cette fête civique (une revue) a été Tobjet de l'admiration de ceux qui en ont été témoin®.^ la plus grande i^miliarité n'a cessé de régner; les bataillons sont rentrés dans le fort, et on a fraternisé et acclamé vigoureusement de nouveau le drapeau de la Commune, qui flotte en ce moment sur la tour principale. C'est avec regret que je vous signale l'absence de la garde nationale de Vincennes. Le 49* bataillon a cru devoir s'abstenir. »

C'est le seul point noir.

A Delescluze.

« 12 mai.

« Je vous confirme ma dépêche de ce jour en ces termes : Réaction, menace d'enlèvement du drapeau communal. Envoyez-moi

un bataillon immédiatement. »

« 13 mai.

« Je vous confirme mon télégramme de cette nuit, conçu en ces termes :

(( 208*' bataillon installé avec calmé et dignité. Au fort, manifestation réactionnaire repoussée par population. Drapeau Commune maintenu sans contestation sérieuse. »

M 14 mai.

<( La maladie du galon dévore certains citoyens du fort, notamment les employés du génie. »

Il parait que les caporaux prenaient le galon de sergent, les sergents T épaule tte de sous-lieutenant, et ainsi de suite. Faltot demande que chaque citoyen dont le titre n émane pas du suffrage universel, soit pourvu d'une commission régulière indiquant son grade et ses attributions.

18 mai. Faltot se dit menacé d'une visite des Prussiens; il leur dissimulera le nombre d'hommes renfermés dans le fort, très* supérieur au nombre fixé par la capitulation.

Les chefs montrent sans cesse la préoccupation de ne pas dépasser le nombre d'hommes fixé par la convention avec la Prusse»

19 mai. Les gendarmes enlèvent des artilleurs qui se promènent autour du fort. Indignation de Faltot, qui propose, pour mettre fin à ces coups de main :

K Arrestation immédiate des' femmes des gendarmes dont les maris ont disparu pour se rendre à Versailles, ces femmes devant servir d'otages.

« Organisation de patrouil]es de citoyens porteurs d'armes cachées et chargés de procéder à leur tour à l'arrestation de gendarmes, avec gratification pour chaque arrestation de gendarmes. »

19 mai. Faltot à Delescluze : « Organisé une compagnie de siège et une batterie de campagne. »

« Seulement plusieurs nominations ne me paraissent pas pouvoir être faites par le suffrage universelle, l'emploi d'officier comptable, qui exige des connaissances spéciales; je viens vous proposer de nommer au grade de lieutenant et à l'emploi de trésorier le citoyen Loubière, dont j'ai pu apprécier les connaissances téqueniques (souligné dans l'original) et le dévouement à la Commune. »

Avec un pareil certificat, la capacité du juge et celle du candidat se trouvaient prouvées.

« Les habitants de Paris sont invités de se rendre à leur domicile sous quarante-huit heures ; passé ce délai , leurs titres de rente au grand livre seront brûlés.

« Pour le Comité central, « Grelier. »

Ah ! si la Commune en avait eu le temps , et lorsqu'elle reviendra!!... C'est bien tard qu'elle disait son dernier niot.

Quinze jours après l'arrestation de Blanchet.

Au Citoyen délégué à la guerre, « Citoyen, veuilliez prendre connaissance de cette pièces qui

sous LA COMMUNE. 343

m'est communique de la part du citoyen Pourile dit Blanchet % ex-membre de la Commune. Je vous salue , votre ami d'exille.

il Signé : N. Pretet, « Secrétaire de la légion garibaldienne, 5^ division.

« Veuillez me donner un réponse. »

jiux Citoyens iCellery Puy^Martin , Pretet, Loisier, Fontaine, Ledroily Régère , Bergeret, Assy, Miot^ Deiesciuze, etc, etc.

« Quoique innocent et victime de la machination infernale d'une femme résidant à Lyon , je me suis laissé écrouer, parce que la Commune avait décrété que tout citoyen serait interrogé dans les quarante-huit heures , et tout membre de la Commune comparaîtrait devant elle à la prochaine séance qui suivrait son arrestation. Et voilà quinze jours que je suis sous les verroux, que l'air me manque , et que je ne sais rien du dehors. Les curés , les conspirateurs reçoivent les journaux , et sont traités avec égard .

« Dois-je être assassiné par les Versaillais? La Commune soupiret-elle après ma mort? Suis-je trop zélé pour quelques-uns? Tout ce qu'a vu Pretet à la préfecture de police , je l'ai révélé à la commission de sûreté générale. Qu'en a-t-elle fait? Rien. J'ai arrêté à la mairie un individu qui voyageait de Paris à Versailles , un iïidividu qui m'avait donné des preuves de trahison : j'ai dicté un procèsverbal et l'ai fait conduire à la préfecture. Alemane (à qui je ne dois rien) en a été témoin; le lendemain, l'inculpé était relâché. J'en ai parlé à la Commune, Rigault a répondu par une fin de non-recevoir 5 se rejetant sur la 5® légion, qui n'était pour rien dans cette affaire. Décidément, j'étais donc de trop il y a un mois. Que se passe-t-il? Les gardes nationaux sont-ils découragés? Les Prussiens sont-ils d'accord avec les Versaillais? La Commune manque-t-elle d'argent? {Le docteur Parisel de la Commune est-il prêt pour ses expériences?) {Secret,) Les lâches franchissent-ils toujours les barrières en donnant de l'argeiit aux agents de la préfecture

^ Le procureur de la Commune avait découvert qu'un membre de la Commune, nommé Blanchet, était un ancien novice, chassé du couvent des Capucins, ancien agent de police, ancien banqueroutier, et que son nom véritable était Pourille (Stanislas). Cet élu de la faveur populaire fut écroué à Mazas, sans respect pour le suffrage universel, car c'est le suffrage universel qu'il eût fallu punir de son choix. Blanchet ne valait pas moins que Pourille. On peut voir par ces lettres ce qu'ils valaient l'un et l'autre.

placés aux portes de Paris? La Commune n'est-elle pas à la hauteur de sa tâche, qui est plus lourde, il est vrai, que celle des hommes de 93, mais qui peut s'accomplir néanmoins, avec du cœur, de l'énergie, du désintéressement et «in dévouement absolu pour la République? Pourquoi temporise-t-on? Ne vaudrait-il pas mieux sacrifier mille hommes en quarante-huit heures que deux mille en un mois? Les ouvriers finiront par perdre le goût d'un travail régulier. Attend-t-on que Dombrowski soit assassiné ou succombe? N'y a-t-il pas assez de gens de cœur pour conduire les hommes? Bergerel, Eudes , Ranvier, Brune! , Arnold, Puget, Chardon, Johannard, Protot, Lavalette, etc. Que Delescluze avise. La situation me paraît trop tendue. Il faut en finir. Il faut que les bandits de Versaillats disparaissent du territoire français , ou tombent sous nos coups. Pas de demi-mesure. Jamais de conciliation.

u La viande est toujours hors de prix. Je cherchais des boutiques dans le V" arronditaèrnent , pour faire vendre à bon .marché aux pauvres qui en sont privés depuis si .longtemps , du porc et des viandes conservées qui se trouvent dans des caisses à la halle aux cuirs. On m'a arrêté au moment où j'allais mettre ce projet à exécution. Que mes électeurs me retirent le mandat qu'ils m'ont imposé, s'ils trouvent que je ne l'ai pas rempli, ou s'ils ne veulent pas croire que je n'ai rien à me reprocher dans mon passé , c'est bien ; mai» que la Commune, violant ses décrets, me mette à la torture comme l'Empire, je ne l'admets pas. C'est injuste, je le crierais sur lestoits, si je le pouvais.

« Au revoir ou adieu.

« Signé : Pourili^e, dit Blanchet, a Membre de la Commune. »

a Mazas, 6® division, cellule 46.

« Que notre légion s'organise; vous comprenez ce que je veux dire, Puy-Martin, Pretet, Loisier, Fontaine, etc. Dans le cas où les Yersaillais pourraient traverser une porte de Paris : aux grands MAUX LES GRANDS REMEDES. Il y a des détçuus d'avant le 18 mars, encore. Pourquoi? Les innocents pourraient travailler pour notre cause; ceux qui sont peu coupables auraient déjà pu être jugés y leur temps serait fait , et ils auraient grossi le nombre de nos combattants.

u Signé : Pourille, dit Blanchet. n

sous LA COMMUNE. 345

BlaDchet, dont nous laissons de côté la moralité, ne parait pas avoir été un auxiliaire très-utile pour la Commune , si Ton juge de sa force par le document suivant, sans date, mais écrit à Fépoque où cet élu du suffrage universel avait la liberté^ dont il usait , de flâner dans Paris :

u 11 se trouve au Champ de Mars environ cent pièces de canon , obusîers, mortiers et pièces de 7, une vingtaine de gardes nationaux seulement les protègent. Ce nombre est insuffisant. Y a-t-il lieu de laisser toutes ces pièces au même endroit?

« Sous le pont Henri IV se trouvent sept canonnières. Est-ce bien leur place?

« La commission executive est priée de statuer.

« Blanchet,

u Membre de la Commune. »

COMMUNE DE PARIS. COMITÉ DE SALUT PUBLIC

« Paris, 30 floréal an 79.

« Citoyen Délégué ,

« Des citoyens préviennent le comité de Tabando}! des batteries 61 à 67. Les portes sont brisées par le cahon. Les munitions sont abandonnées dans les casemates. L'accès est si facile pour l'ennemi , que les citoyens qui viennent annoncer ce fait se sont empressés d'en avertir le général Dombrowski, à la Muette, qui n'aurait prêté qu'une oreille distraite à leur déclaration , ce qui les a portés à se présenter au comité.

u Ils auraient remarqué que des bataillons de gardes nationaux seraient massés dans Passy, inactifs et trop éloignés des remparts pour les défendre utilement.

a Veuillez, Citoyen délégué, donner promptement des ordres

pour remédier à l'état de choses signalé.

« Salut fraternel.

« Le secrétaire de la guerre,

u Signé : A. Héruette. n

« Vingt fois depuis le 18 mars, une colonne versaillaise , usant de certaines précautions , aurait pu , par une nuit noire ,

s'approcher des fortifications, franchir les fosses et les portes, et sans coup férir pénétrer au cœur de Paris. Sur dix points différents , la même tentative aurait eu le même succès. Aucune barricade sérieuse n'aurait arrêté les envahisseurs. Je ne parle pas de celle de l'avenue de la Grande- Armée, qui est toujours restée à F état embryonnaire , ni du massif de pierre si sottement construit à l'intérieur de FArc de triomphe, où il ne prêterait rien du tout. » (Lissagaray, p. 15.)

Ces assertions de Fhistorien de la Commune sont d'une parfaite exactitude, nous devons le reconnaître.

Ministère de la guerre.

« 20 mai.

« Le citoyen docteur Hirsiger (Joseph) est nommé directeur de la fsLbricatîon des projectiles asphyxiants et incendiaires dont il est Finventeur. Il remplira cette fonction avec le grade de colonel , dont il aura les prérog^atives , et ce à partir du 15 mai courant. »

« Au bastion 41-43, la pièce Joséphine est sans affût, les artilleurs attendent. Les poudres auraient été enlevées sur ce point par les employés du chemin de fer de l'Ouest. »

Nous apprenons par cette note que Joséphine, qui s'était si bien comportée pendant le siéçe et qu'on avait crue emmenée en captivité avec Valérie , n'a pu être déshonorée par la Commune.

COMMUNE DE PARIS. DÉLÉGATION A l' ENSEIGNEMENT.

« 20 mai.

« Citoyen,

« Le délégué à renseignement rappelle à la commission de la guerre la promesse de fournir un certain nombre d'uniformes de gardes nationaux aux instituteurs, et la prie de mettre le plus promptement possible à exécution cette promesse.

u Salut et fraternité.

« Pour le délégué à C enseignement,

» LaROCHETTE. n

sous LA COMMUNE. 347

RÉPUBLIQUE FRANÇAISE

LIBERTÉ, ÉGALITÉ, FRATERNITÉ

Page 1