‹ Le fond de la société sous la Commune: décrit d'après les documents qui constituent les archivesChapitre 91 sur 100 · M. MAGNE ET M. LAURIER · texte numérisé non relu

M. MAGNE ET M. LAURIER

tçmps. Il est vrai qu'il laissait une vache grasse à traire, dans les versements ultérieurs du dernier emprunt souscrit.

« Dans la suite, au mois de décembre 1870, M. Mag^ne revit M. Laurier è Bordeaux, où celui-ci avait demandé à l'ancien ministre une entrevue dans l'intérêt public. Le gouvernement de la Délégation était absolument à bout de ressources. « Tout parait tt devoir relever notre fortune, dit M. Laurier. Une armée se forme a dans l'Est , sous Bourbaki ; Ghanzy s'apprête à marcher sur Paris, « Faidherbe manœuvre dans le Nord. Nous allons triompher après «tant de désastres ; faut-il qu'une misérable difficulté d'argent « entrave et compromette tout ce grand et décisif mouvement ? u Nous ne payons plus ; il nous reste deux millions en caisse ; « dans deux jours, il n'y aura pas un centime. — Vous avez raison, « dit M. Magne, il ne faut pas qu'un pays riche comme est la «France, sombre faute de pouvoir trouver un écu à l'heure « suprême, m Puis, il lui fit voir tous les dangers du papier-monnaie auquel on songeait à demander des ressources précaires et dangereuses. Il lui indiqua le remède que lui-même avait préparé en faisant voter la lo'i qui donnait à la Banque la faculté d'élever à 2 millards 400 millions le chiffre d'émission de ses billets. Et il ajouta : « J'avais calculé que 1,800 millions devaient suf- « fire pour les besoins du commerce, et qu'il me resterait assez « de 5 à 600 millions dont je comptais bien me servir pour le « Trésor. » La Banque prêta 500 millions à la Délégation de Bordeaux , et la résistance put continuer et se développer sur une immense échelle. Si elle fut mal conduite, si elle gaspilla follement ou criminellement les forces vives du pays, c'est à l'incurie des chefs , et non à l'absence d'argent qu'il faut attribuer la stérilité de tant d'efforts. Le nerf de la guerre ne manqua pas, mais le patriotisme, mais le sentiment du devoir, mais l'expérience du métier des armes et l'instruction militaire firent défaut. »

M. Magne était un de ces esprits judicieux et pénétrants que les princes, même les moins sages, aiment à attacher à leur personne pour se faire tenir au besoin le langage de la

. raison et de la justice, sauf à en écouter et à en suivre un autre. Son rôle réel sous l'Empire se retrouverait dans le registre des

. procès-verbaux des séances du conseil privé. Ce registre a-t-il

Page 1