‹ Le fond de la société sous la Commune: décrit d'après les documents qui constituent les archivesChapitre 94 sur 100 · LETTRE DE M. MAGNE · texte numérisé non relu

LETTRE DE M. MAGNE

çais. Dans'notre pays, où le sentiment domine encore plus que le calcul, l'opinion a des retours subits auxquels il faut s'attendre. Tout ce que j'ai entendu en haut et en bas, dans le militaire et dans le civil, me donne la plus profonde conviction que les rapides progirès et les prétentions présumées de la Prusse inquiètent et que l'ingratitude injustifiable de l'Italie irrite les esprits, même les plus calmes. Le sentiment national serait profondément blessé, cela me paraît hors de doute, si, en fin de compte, la France n'avait obtenu de son intervention que d'avoir attaché à ses deux flancs deux voisins dangereux par leur puissance démesurément accrue. Tout le monde se dit que la grandeur est une chose relative, et qu'un pays peut être diminué, tout en restant Icmême, lorsque de nouvelles forces s'accumulent autour de lui.

« Pour empêcher une telle dérogation au programme de l'Empereur, le pays qui jusqu'ici s'est passionné pour la paix , se montrerait tout aussi ardent pour les mesures extrêmes. Il ne tarderait pas à pousser à la guerre, ce qui sérail un malheur affreux,

« Je ne vois qu'un moyen plausible de l'éviter, c'^est, après avoir bien médité le* plan des concessions possibles, de déclarer nettement, clairement ce que la France peut, ce qu'elle est résolue à faire prévaloir, ce qu'elle est au besoin en état d^imposer,

«Or, il se dit beaucoup trop, depuis quelque temps, que la France n^est pas prête.

« Il est évident que sa voix sera d'autant moins écoutée que cette opinion sera plus répandue. Dans les congrès comme à la guerre, la fortune aime à sourire à ceux qui sont forts et résolus.

« Voilà pourquoi, plus on est partisan de la paix, plus on doit désirer que l'Empereur use de tous les moyens qui sont en son pouvoir pour se mettre en état d'appuyer ses prétentions, lorsque le moment sera venu de les préciser. Alors il ne serait plus temps d'y songer. Rieîi ne nous excuserait dêtre pris au dépourvu au milieu de complications qu'il est si naturel de prévoir. Rien d'ailleurs n'est contraire à l'esprit d'économie comme l'imprévoyance qui s'expose à un moment donné à subir l'urgence et la précipitation des préparatifs. »

On ne peut revenir sur ce pas.sé, sans se sentir pénétré de tristesse. L'aveuglement des gouvernants témoigne d'une

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