KNOX (\V
Le Temps. (')
Le temps file, file et s’enfuit Emportant le jour et la nuit, L’heure, le mois et. puis l'année, Ainsi qu’une feuille fanée ;
Lors comme le sang de nos coeurs S’évanouissent nos couleurs,
Notre œil devient vitreux et terne Et perd l'âme de sa lanterne.
Le temps file, file et s’enfuit Comme le torrent qui bruit,
Il mine la tour imposante,
Brise l’arbre, la fleur charmante, Arrache à nos cœurs éplorés Les amis par nous adorés,
Et nous laisse sur le rivage Pleurer les effets de sa rage.
Le temps file, file et s'enfuit,
Nul ne peut avec moins de bruit Franchir et traverser l’espace,
Le vent ne peut suivre sa trace.
Comme un coursier fier et fougueux Il nous emporte jeune et vieux, Dans l’Eternité puis nous plonge, De la vie achever le songe.
(') Nous avons di'jii donné uno version de ce poème dans les “Rayant et Reflets," page 223. — Note du Traducteur .
LE LÜTH.
LANDON (LETITIA ELIZABETH) [L. E L.]*
Le Lcth.
Oh ! répétez encor cette chanson plaintive,
Cette chanson d’autres temps consommés,
Sa musique conduit mon âme sensitive
Vers d’autres climats plus aimés.
J’aime ses tons si bas, ses notes si bizarres,
Cette musique a sur moi le pouvoir
De me dire du vent les abruptes fanfares
Au-dessus de la mer, le soir.
Il se peut cependant que pour d'autres oreilles Elle n’ait pas le charme que j’y vois,
Pour moi de ma jeunesse elle dit les merveilles,
Mon chez moi, mes vallons, mes bois.
La maison de mon père oit vécut mon enfance Se reconstruit, me cause un doux émoi,
Tout comme si des mers ignorant la distance
Mon passé fut encore à moi !
J’entendis de cet air la triste psalmodie
Au lieu natal, sur le rivage, un soir,
C’était l'air favori, la douce mélodie
De ceux que ne dois plus revoir.
Par lui que de soucis, que de peines amères
Se sont fondus — ont pris soudain l'essor !
Il est tout parfumé d’espoir et de prières,
Oh ! chantez moi cet air encor 1
LAN6FOED (J. A.)
CllANT D’AMOUR.
Laisse-moi m’abriter près de toi, ma chère âme, . Mon cœur appuyé sur ton cœur;
AlorB du doux amour je connaîtrai la flamme,
Je connaîtrai le vrai bonheur.
J’y voudrais, vois-tu bien, m'appuyer en silence Pour y contempler tes beaux yeux,
Car je lis dans tes yeux la divine espérance, L’espérance avant-goût des cieux t
c’était le bonheur.
Car il* feraient alors rayonner leur lumière Sur moi, — leur lumière d'amour ;
Et connaîtrais alors le bonheur sans misère Des heureux du divin séjour;
Je voudrais, vois-tu bien, m'appuyer en silence Sur le doux duvet de ton cœur,
Mon cœur .\ sa musique, K sa tendre éloquence, Répondrait ccrte avec ardeur.
Je ne saurais tracer ton portrait, ma mignonne,
L’éloge n’est pas fait pour toi,
Parler de lèvres, d’yeux, d’un front porte-couronne C’est facile, — mais après . . . quoi !
Le portrait qu'en ferais serait caricature,
Et non ton portrait, mon amour!
Peut -on peindre le lis . . . bijou de la nature?
La gloire ineffable du jour !
Sur un terrain sacré car tu planes chérie,
Une auréole luit sur toi;
I)u plus sincère amour la splendide féerie T'illumine de son émoi :
Du monde la beauté comparée à la tienne
N’est rien du tout, mon cher amour,
Je le prouve en un mot, — c'est que toi seule est mienue, Et la lumière de mon jour!
C’était le Bonheur.
Des monts se cachant sous les cimes,
Le soleil se couchait sans bruit,
Et froide il cos splendeurs sublimes Elle attendait . . . Quoi donc ?.. la nuit !
Les arbres baisés par la brise D’été, bruïssaient doucement ;
Elle d’une pensée exquise Berçait son esprit gentiment.
Le rire heureux, la gaîté folle D’enfants délirant de bonheur Lni paraissait chose frivole,
Glissait sans émoi sur son cœur.
Du rossignol la voix légère Charmait les échos d'alentour,