‹ Le Fond du sac, par le chevalier de ChatelainChapitre 277 sur 396 · LE MOINE DE L’OBDRE DES FRÈRES GRIS · texte numérisé non relu

LE MOINE DE L’OBDRE DES FRÈRES GRIS

“ Maintenant pour ai grande perte Je veux pleurer, pleurer toujours;

Pour lui désirais vivre, certe,

Lui mort, voudrais finir mes jours."

— “ Ne pleure plus, gentille Dame,

Car elle est vaine ta douleur,

Sur la terre, il n’est, le proclame,

Pour la mort de consolateur.

“ Les plus suaves violettes Alors qu’on les cueille une fois,

Du ciel malgré les gouttelettes Ne revivent jamais aux bois.

“ Comme songes ailés nos joies Fuyent; — pourquoi donc pleurer toujours?

Puisque la douleur de nos voies Ne fait qu’aggraver le parcours?"

— “ Ne parle pas ainsi, saint frère, Vraiment ne parle pas ainsi,

Puisque celui qui sut me plaire Est mort pour moi, — dois sans merci

“ Sur lui laisser couler mes larmes ;

Car il ne reviendra jamais 1

Il est mort, — l’ont tué mes charmes,

Sous la pierre est ce que j’aimais I

“ Sa joue était comme la rose,

C’était le plus beau jouvencel,

Dans sa tombe, hélas I il repose,

De moi prends pitié, juste ciel !"

— “ Ne soupire plus, Pèlerine,

Les hommeiî sont tous des trompeurs, Leur amour a plus d’une épine,

Et ce sont tous des enjôleurs.

“ Il ne t’eut point été fidèle,

Il ne t’eut légué que douleur,

Car les jeunes gens, Damoiselle,

Sont inconstants, légers de cœur.”

— “ Ne parla pas ainsi, saint frère,

Oh ! non, ne parle pas ainsi ;

Il avait lui le cœur sincère,

11 eut été fidèle aussi.

LE MOINE DE l'OBDBE DES F HÈRES OBIS. 329

“ Ma vie a perdu tous ses charmes,

Oh ! dire, pour moi qu'il est mort !

Patrie adieu 1 . . coulez mes larmes,

Il n’est plus pour moi de confort.

“ Toujours veux rester Pèlerine,

Mais avant d’errer à nouveau,

Je veux d’une larme argentine Faire l’aumône à son tombeau.

“Je veux de cette tombe chère Baiser le vert gazon trois fois,

Je veux de mon amour sincère Lui dire tout bas les émois.”

— “ Sous les murs de ce monastère, Belle Dame arrête tes pas,

Vois le vent agite le lierre Il commence à pleuvoir là bas ! ”

— “Oh I ne me retiens pas, saint frère, Ne me retiens pas, te le dis,

L’eau du ciel, las ! ne pourrait guère Laver ma faute et mes soucis 1”

— “ A rester, Dame, je t’avise,

Oh 1 calme tes chagrins vraiment,

Car vois sous cqtte robe grise Apparaît ton fidèle amant.

“ Voyant pour toi mon amour vaine, J’avais pris ces habits sacrés,

Pensant ici finir ma peine Sous ces vieux cloîtres révérés ;

“ Mais n’étant encor que novice,

Si tu m’aimais enfin d’amour,

Dame 1 dans ce saint édifice Ne resterais pas même un jour!”

— “ Maintenant donc vive la joie !

Puisque te revois, Jouvcncel!

Mes jours seront d’or et de Boie,

A toi mon amour éternel ! ”

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