‹ Le Fond du sac, par le chevalier de ChatelainChapitre 83 sur 396 · LE CHANT D’HYMEN DU POÈTE · texte numérisé non relu

LE CHANT D’HYMEN DU POÈTE

Le Chant d’Htmen du Poète.

Oh ! mon amour ressemble au soleil opulent,

Aux ruisseaux devenant plus profonds en coulant ;

Ni cheveux rendus blancs, non plus quarante années,

Ni de sombres instants dans nos deux destinées,

Ni des nuits sans sommeil, ni des jours de chagrin,

Ni des songes de gloire, hélas ! rêvés en vain !

Ni la gaîté bruyante en son essor folâtre,

Ni le calme plus doux qu’on trouve au feu de l’âtre, Rien, ô mon Epousée, ô ma chaînante fleur Ne peut me détourner de toi, ni de ton cœur !

En rêvant à part moi, te vois encore assise Dans ta verte primeur, quand tu fus ma promise;

Plus calme maintenant, tu parais â mes yeux Aussi belle qu’alors; et vrai, mon cœur heureux l’our toi toujours palpite et n'est pas plus de marbre, Que lorsque d’Arbiglan sous le touffu de l’arbre,

Nous pensâmes tous deux que sur la vaste mer La lune ce soir là courait d’un train d’enfer Trop tôt s’ensevelir; lorsque ton regard tendre Me disait, sans parler, ce que savais comprendre.

Bien que voie à tes pieds jouer cinq beaux garçons,

Et de plus une tille à gentilles façons,

Que le temps, les soucis, et les douleurs de mère Aient terni de ton œil l'éclatante lumière,

A toi, mon cher amour, à mes pensers sur toi, Appartient ce doux charme, et ce je ne sais quoi Qui viennent de trésors dorer mon existence,

En ravivant pour moi ton amour, ta constance,

En me faisant avoir, oh ! oui c’est bien réel,

Ici sur cette terre un avant-goût du ciel.

Quand jadis à tous deux d’amour étaient les rêves, Quand tant d'autres de l’or cherchent en vain les sèves, C’était doux d’être assis amants autant qu’époux,

Et de meubler à neuf notre nouveau chez nous ;

C’était doux de cueillir tous deux au clair do lune En espoir, ce fruit d'or que promet la fortune,

Et bien plus doux encor tresser pour tes cheveux Ile fleurs une guirlande, — ou de chants amoureux

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