‹ Le Fond du sac, par le chevalier de ChatelainChapitre 95 sur 396 · FRAGMENT · texte numérisé non relu

FRAGMENT

I/approche de Jérusalem.

Un matin ! un encor ! . . nous sommes près de terre Si le sextant dit vrai. Depuis Ida deux fois Notre proue a baigné dans semblable lumière,

Avant que notre vue ait perdu ces beaux bois Oh se plaisaient les Dieux dans les temps d’autrefois. Sur cet horizon bleu, voyez le beau nuage!

Là bas est notre rêve et de jour et de nuit,

Le fanal de Colomb, de son rude équipage

En lui montrant un monde, éteignant le vain bruit.

Oh ! sans doute il avait des pensers bien sublimes, Celui qui devinant ce sol mystérieux,

Du milieu d’un chaos, appercevait les cimes De ce monde inconnu miroitant à ses yeux.

Mais le pic le plus lier d’un monde merveilleux,

D'un monde tout nouveau, sans nom, sans origine, Peut-il donner jamais l’émoi de Bethléem !

De ce pays si beau qu'on nomme Palestine,

Et de ton nom sacré Sainte Jérusalem !

Et plût au ciel alors que ce vertueux sage De la haute raison qui porta le flambeau,

Parmi des flots houleux oh trône en plein l’orage,

Fut là tout près de moi, pour jouir du tableau !

Son esprit grandiose, admirateur du Beau,

Eut tiré du spectacle offert à notre vue Morale plus profonde, intérêt plus puissaut,

Que d’Iona ; surtout lorsque la brise émue Epandait du Sharon le parfum ravissant.

LE FÉLÉBIXAUE.

Ce n’est à Marathon qu’à l’homme fut promise La palme que le ciel destine à scs élus,

Libre du joug persan, malgré sa vaillantisc, L’homme reste toujours insensible aux vertus ;

Du péché, de la mort esclave, — et rien de plus.

Ce n’est pas d'un guerrier que lui vint la lumière, C’est un homme de paix qui brisa du captif Les fers si bien rivés ; — c’est du haut du Calvaire Que du péché lui vint le puissant réactif.

Et Toi Byron ! Génie aux ailes grandioses,

Qui pus jusqu'au soleil élancer tes grandeurs, Etait-ce assez pour toi de cueillir quelques roses Dans les champs de Judah si fertiles en deurs,

Pour aller dans le doute expier tes malheurs?

Aux sources de J udah, si ta lyre admirable Eut emprunté ses chants empreints de majesté.

Tes chants eussent été la gloire impérissable De l’univers chrétien ... de la Postérité !

Mais du mal et du bien en toi les denx puissances Sur le roc de Nébo qni luttèrent jadis,

Ont pu renouveler leurs vives dissidences Et se livrer nouveaux combats in extremis.

Mais à Dieu tes destins 1 car tes jours sont finis !

La Grèce, elle a tremblé devant tes funérailles, Alors qu'elle rendit les honneurs à tes os,

En fulminant sur eux le canon des batailles !

A ta grande ombre paix ! calme soit ton repos.

Le ciel semblait sourire à notre caravane,

Du portail de Jaffa quand primes le chemin,

Le printemps découpait les fleurs en filigrane,

Et le ciste foulé par nos chameaux, enfin,

Epandait dans les airs son parfum tout divin. Au-dessus de nos fronts au jour donnant un voile, Le large sycomore en tamisa les feux,

Jusqu’à ce que du soir calme parut l’étoile,

Quand vers la tour Iiamla marchions silencieux.

Doux fut notre repos, bien doux furent nos songes, Au couvent do Ramla ; mais avec le soleil Il fallut mettre fin à ces riants mensonges;

Quand Sion est le but, on ne pense au sommeil,

LK l'KLKKl.N AGE.

Ils avaient pour foyer la voûte et les parois

Du ciel ; les vers luisants leur donnaient clarté pure ;

Pour arriver plus vite on hâte le réveil.

Quelque chose de triste a la rampe qui mène A Sion ; les amis vous quittent pas à pas,

Emblème tout vivant de l’existence humaine,

Tout s'assombrit, et seul, le ravin dit son glas.

Le long de ce sentier qu'aujourd’hui garde et bloque La horde Arménienne épandue en troupeaux,

Quel courant-pèlerin, et quel essaim baroque De gens de tous pays, et de tous oripeaux Pendant le cours de l’âge ont déversé leurs flots ! Moines, guerriers, bigots, des confins de la terre Sont venus pour braver, ou fêter Mahomet,

Dans ces lieux d’où monta souvent le cri de guerre. Ou bien du pèlerin à Dieu l’humble placet.

Sur ce sommet, là haut, désert, dénudé, chauve, Richard Cœur de Lion tiut son fougueux coursier.

Et de ce point se mit à guigner d’un œil fauve Ce but tant désiré des efforts du guerrier.

Qu’il ne devait jamais atteindre en son entier.

Car bien que nul ne put de ton cheval de guerre One soutenir le choc, noble Plantagenet I Et la Gaule et l’Autriche, au fourbe caractère,

Ont su faire échouer ton sublime projet !

Une montée encore! . . et soudain à la vue Paraissent quelques tours, puis un mur crénelé :

Au nord une hauteur du ciel touchant la nue.

Où l’olivier fait voir son front immaculé,

Surplombe tristement un ravin éboulé ;

Voilà ce qui surgit au loin dans la distance,

D’un passé glorieux se tenant sur le seuil . . . l^a désolation s'asseoit dans le silence,

Et dans ces lieux jadis bénis de Dieu — le deuil 1 Arrêtons-nous ici. — Ce géant de l'espace L'Aigle, s’arrête avant d’escalader les cieux.

Et la pensée aussi se replie et se masse Avant de prendre au loin sou vol majestueux.

Des siècles écoulés parmi l’amas nombreux,

On ne saurait jeter de suite la poussière

Que sur la terre on prit dans les chemins poudreux.

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