‹ Le For-L'évêque, vaudeville anecdotique en deux actesChapitre 1 sur 33 · SCENE PREMIERE · texte numérisé non relu

SCENE PREMIERE

rAUVjVvLOT , occupe , au lever du rideau d piler des fleurs dans un mortier devant sa houliquc, IMOlJSSAPiD, placé au haut d'une cchctle , badigeonne les murs de la prison,

M0U5SARD 5 au haut de f échelle.

Air : J'entends ta contredanse. (Gribouille.) tf' Allons, vite à l'ouvrajT^e, Et si les murs sont vieux.

Rajeunissons la cage, Les oiseaux chant'ront mieux.

BIBERLOT.

Sensible parlumeur En pilant ces ros's purpurines, Je sens qu'au fond d'uioncceur.

L'amour a planté leurs épines.

ENSEMBLE

Allons, vite à l'ouvrage Mais j'suis très malheureux, Il faut bien du coura^'e.

Quand on est amoureux.

MOUSSÀRD.

Allons, vite à l'ouvrage, etc.

BIBERLOT, avec sentiment. Oh, oui!

qu'il y a des épines dans non cœur, c'est comme une peiotte garnie de trois quarterons d'épingles.

MOUSSARD. Il n'y a pas de mal de rendre Icspi'isons agréables à l'œil; ça séduit en dehors ceux qu'on va mettre en dedans.

BIBEl\LOT, indiquant la prison. Et dire qu'elle est là, si prés...

MOUSSARD , chantant,

Ou'me^mit an For-1'Evôque, J'en demandai la raison ; Ils me répondirent : C'est que "Vous mérite/ la r)rison.

BIBERLOT, le rei;ardant. Il chante, lui... ce badigconneur 'brtuné ; et moi , j'ai des éblouissemens à Icndrc les pierres. ( Un soupir.) Oui'!..

MOUSSARD , le regardant. Dites donc, jeune parfumeur, ne soupirez donc pas do cette lorce-là; ça fait des bouffées de vent à renverser mon écliellc.

Il rit.

BIBERLOT. Ali! ah ! failes le gentil, M. Moussard, livrez-vous aux farces à mon égard ; je méprise vos quolibets de peintre en bâtiment.

MOUSSxlRD. De quoi ? marchand de pommade éventée... Est-ce que tous voulez que je descende pour vous repasser un coup de pinceau.

BIBERLOT. Eh ben, ça va!., descendez un petit peu pour voir...

MOUSSARD , descendant rapidement. Je suis à vous, mon gentilhomme, tout prêt î\ vous rendre raison de mes propos, et ù vous infliger un coup demain à poing fermé,si ça peut vous être agréable.

II lève la main sur Eiberlot.

BIBERLOT, lai prenant le bras, et t'emmemenant sur le devant de la scène*. Ce que vous dites là est oiseux, il n'est pas question de dispute entre nous, mais bien d'un service immense que vous pouvez rendre à l'amant le plus vexé de la rue Saint- Germain-l'Auxerrois.

MOUSSARD. C'est différent... expliquezvous.

BIBERLOT. Avant tout, prêtez l^reille au récit ci-dessous, et vous y verrez des choses curieuses à entendre : Doué d'un caractère exaspéré commeil n'est pascroyable, il y a six mois qu'en pilant le jasmin, le seringat et la jacinthe, je reçus de l'a- * Mousaaid, Biberlot,

Archives de la Ville de Bruxelloi Archief van de Slacl Brussci

LK MAGASIN THÉÂTRAL

mour un coup de sokil épouvantable ; ce qui veut (lire qu'une passion de première force se glissa dans mon ame ingénue; une jeune fille était Taatcur de tout ce ravage ; et cette jeune demoiselle a un père.

MOUSSARD. C'est pas ça qui est le plus étonnant... car moi, qui vous écoute, je vas me marier avec une jeune fille qui a aussi un papa...

liiBERLOT. Je ne vous dis pas le contraire; mais le papa de la mienne est un homme grossier , parfaitement stupidc , qui m'a pris en grippe, et qui m'a jeté à la porte de chez lui à plusieurs reprises.

MOUSSARD. la petite ne vous aime donc

pas?

BIBERLOï. La petite ne s'est point expliquée là-dessus ; nous ne nous sommes vus que deux fois, à la dérobée.

MOUSSARD. Ah î ca, est-ce que je la connais, moi?

BïBERLOT. Très bien !..

AÏOUSSARD. Et c'est?..

BïBERLOT. Mademoiselle Amaranthe

Leblond...

MOUSSARD, t/pmm^. La fille du concierge du For-l'Évêque ?

BïBERLOT. Elle-même.

MOUSSARD, à part. Ma future... îih ben, en v'ià une bonne découverte... Ne lui disons rien. {Haut.) Voyons donc, voyons donc, parfumeur... ça m'intéresse sensiblement, tout ça.

BïBERLOT. L'impossibilité de voir ma belle et d'entrer dans la prison me mit hors de moi ; je ne dormais plus , quand il me dégringola du ciel une idée supérieure; avant de m'ensevelir dans la parfumerie, l'avais été perruquier à la Comédie italienne , ça m'avait donné le goût du théâtre, et j'étais au courant de la scène. Un matin, je vais trouver le sieur Carolet, directeur du spectacle de la foire , je lui demande à débuter , il m'accepte, j'arrive devant le public , et je dis un tas de bêtises qui me passent par la tête, pour me faire siflîer.

MOUSSARD. Ah ben ! par exemple!..

BïBERLOT. Mon espérance se réahse, mon ami; on me siffle, on me hue, on fait même usage de pommes de terre.

MOUSSARD. Y avait ben de quoi.

BïBERLOT. Dès lors, jememetsàproférerdes injures atroces contre les spectateurs , et je rayonne de satisfaction, quand je vois arriver ' place.

garde pour m'arrêter sur

MOUSSARD. Mais dans quelle intention faisiez-vous toutes ces choses ?

BÏBERLOT. Dans quelle intention, grand Dieu!., dans l'intention de me faire insérer au For-l'Êvêque, pour y contempler, adorer et séduire Amaranthe, malgré sa vieille bête de père.

MOUSSARD. C'était un plan fort gentil...

BïBERLOT. Par malheur, il ne réussit point, on m'enferma au petit Châtelet pendant huit jours, en me disant que le Forl'Evêque , n'était fait que pour les comédiens du roi , et j'en fus pour mon invention, mes sifflets et mes pommes de terre.

MOUSSARD, d part. Diable... c'est pas malheureux pour moi ça. {Haut.) Et à présent, qu'est-ce que vous voulez faire?

BïBERLOT. Voilà , je me suis mis dans l'idée de vous emprunter de la tête aux pieds.

Air : depuis long-temps f aimais Jdélc. *

Je veux vous prendre vot' tournure, Votre costume tout entier; Je veux me blanchir la figure Pour arriver près d'ia flll' du geôlier. Tromper un argus si tenitle , N'est pas très facile, entre nous; Et j'dois m'rendr'Ieplus affreux possible Afin qu'il me prenne pour vous.

Per ce moyen, je suis bien sûr qu'il me prendra

[pour vous.

MOUSSxARD. Merci , vous êtes bien gentil, Yous ; mais je ne dois point aider un mauvais sujet à perdre une jeunesse; 'l'ail-, leurs je parie deux pièces de vingt-quatre sous, que mademoiselle Amaranthe ne peut pas vous souffrir.

BïBERLOT. Qu'en savez-vous, blanchisseur de murailles ? Vous vous entendez à l'amour comme à faire de l'eau de la reine de Hongrie. Une passion délira.nt4;^est au-dessus de votre portée... vous croupissez dans l'indifférence , vous n'êtes qu'un végétal, qu'un champignon.

MOUSSARD. Qu'en savez-vous, à votre tour, parfumeur?

BïBERLOT. Mais au moins, puisque vous avez vos entrées libres dans la prison , remettez cette lettre à mademeiselle Amaranthe, au nom du ciel... et au mien.

Il lui donne une lettre.

MOUSSARD, la prenant. Ah! pour ça j'y consens; et vous pouvez être sûr... {A part, la mettant dans sa poche. ) qu'elle ne la verra jamais. ( On entend la voix de Lcbtond.) Ah! voilà le père Leblond...

BïBERLOT. Je vous laisse avec ce vilain

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