SCENE IV
LesMêmes,BIBEriLOT, SAINT-PREUX, LES CHEVALIERS, tous les Prisonniers.
CHŒTJR.
Air : Vif et léger.
Vive le jeu ,
Quand on s'ennuie ,
Une partie Egaie un peu, Et tout s'oublie L'orsqu'on parie Ou que l'on perd Au tapis vert...
BIBERLOT , à part. J'ai perdu quinze louis... et je n'ai pas encore vu Amaranthe... il faut que son père 1 acaclie.
LE MARGRAVE, sortant du cabinet avec un livre sous lé bras , et prenant Biberlot par la main. Ah! mesdames, ché fous brésente monsieur le marquis de Folbelle*.
BIBERLOT, bas au Margrave. C'est les comédiennes?
LE MARGRAVE, bas à Biberlot. Yia.
BIBERLOT , se rengorgeant. Mesdames 9 vous auriez tort de croire que je ne suis pas votre serviteur... (// salue et d part.) Mon Dieu!., que cet habit me gêne des entournures!..
MOLE, d part. Il a l'air bien drôle!., ce marquis-là n'est taillé que pour jouer les comiques!..
CLAIRON. Quoique nous n'ayons jamais" vu monsieur le marquis... nous en avons entendu parler depuis long-temps...
DUMESNIL. Et nous sommes heureuses de pouvoir faire avec lui... une plus intime connaissance.
LE MARGRAVE, bas à Biberlot. Afre fous compris... hein?., allez votre train...
BIBERLOT, à par^ Que j'aille mon train. . . il est fort badin, ce cher Margrave!.»
{Haut.) Par la corbleu , mesdames... si quelqu'un doit être flatté ici... c'est moi... D'abord je vous dirai que j'adore le théâtre... j'irai plus loin... je raffole des exercices de la scène, et il ne me sied pas de descendre parfois jusqu'à ses jeux...
*Molé, Dumesnil^ Clairon, Biberlot, le Margrave.
J^ai même appris par cœur beaucoup de tragédies, ballades, sonnets et autres couplets d'Opéra-Comique, et du théâtre de la Foire.
LE MARGRAVE. Oh! ça sc trouve très pien alors... car ses tames , ils vont répéter des morceaux de trachédies, et une connaisseur tel que fous, ça les rendra bien choyeuses...
BIBERLOT. C'est une fiére idée que vous avez eue là. (J part.) Le spectacle fera venir Amaranthe. (Aux prisonniers.) Messieurs mettons-nous sur les ailes.
MOLE. Allons, messieurs, coKimençons.
CLAIRON. Si vous voulez, nous choisirons M érope?
BIBERLOT. Superbe ouvrage, que j'ai su autrefois tout entier, et que je déclamais dans ma boutique.
TOUS. Dans sa boutique.
BIBERLOT, se reprenant. Dans mon chùteau!... Est-ce que j'ai dit dans ma boutique. (Riant.) Oh! l'absence est du dernier plaisant!... [Appuyant.) Dans mes châteaux!...
CLAIRON. M. de Voltaire m'a toujours reproché un peu de froideur dans la seconde scène du premier acte... et je veux que vous jugiez s'il a raison...
MOLE. Je te donnerai toutes les répliques d'Egiste.
DUMESNIL. Moi, je ferai Isménie.
LE MARGRAVE. El moi, che serai le souffleur.
Il s'assied à gauche, et suis des yeux en ouvrant le volume.*
CLAIRON , se plaçant au milieu du théâtre, Mole, et Dumesnil a sa droite.
J'ai supporté quinze ans mes fers et son absence.
(S 'interrompant.) Mais ']e pense qu'il nous manque un personnage important... c'est le confident Euriclès...
BIBERLOT. Ah! voilà, si Euriclés,ne vient ^. Pû-? Ç^ ^^ peut plus marqjier...
' -^ LE MARGRAVE, à B^b^^j^fjp arhleu., marquis!., rentez-nousle service te'jouer celte personnache?
BIBERLOT. Mais comment voulez vous que je me souvienne...
LE ivLVRGRAVE. Craigniez tonc pas....
ché sufllerai chaque mot à fous.
BIBERLOT. Au fait, je me risque!., tant pire !. on ne sait pas ce que je suis capable!., vous pouvez aller mademoiselle Clairon.
•Le Margrave , Bibeiipt, Clairon , Dumesnil,
Mole.
crAiRON, recommençant.
J'ai supporté quinze ans mes fers et son absence , Qu'il règne au lieu de moi voilà ma récompense.
LE MARGRAVE , bas d Biberlot. C'est à fous, endrez...
BIBERLOT, aux marquis. C'est ù vous, André!... Qui est-ce qui se nomme André? Tout le monde rit.
LE MARGRAVE. Mais non... ché vous dit d'endrer en scène... fous.
Biberlot. Ah! bien... très bien, j'y suis, (s' avançant près de Clairon.) Allez, mademoiselle Clairon.