‹ Le For-L'évêque, vaudeville anecdotique en deux actesChapitre 26 sur 33 · M"^ CLAIRON, M'^^ DUMESNIL, MOLE · texte numérisé non relu

M"^ CLAIRON, M'^^ DUMESNIL, MOLE

MOLE. Eh bien, Clairon, monseigneur le Margrave est-il remis de sa colère et guéri des blessures que nous avons faites à son amour-propre?

m"' clairon. Sans doute, mes bons amis, il n'y pense plus; j'ai plaidé votre cause avec tant de chaleur que j'ai obtenu votre pardon.

m"" DUMESNIL. Excellent Allemand, il bouillonne comï|^e cel^tout de suite.

C ^VlAAA|,i Nuit à la r-—-

MOLE Fmsirredevient froid comme le Danube. Il n'en est pas ainsi de M. de FoK belle... ce gentilhomme est fort ardent, il n'a pas cessé un seul instant de parler à l'oreille de mademoiselle Dumesnil.

M^^^ CLxllRON. En seriez-vous jaloux, Mole?

X m''* DUMESNIL. Allons donc ! ce marquis provincial qui avait tant^d'éloc^uence dans ses lettres, m'a paru fort commun dans son langage.

MOLE. Oh î ce n'est pas son esprit qui m'effraie; mais... enfin je m'expliquerai

Archives de la Vi!le de Bruxelles ArchiefvandeStadBrussel

LE FOB-l'MÊO^JE.

M"* DUMESNIL. Vous étes un fou ! Dis donc, Giaiion, nous Tenons de faire un examen complet de cette prison, tu ne te doutes pas de la quantité de vers satiriques et de méchancetés qu'on a charbonnés sur toutes les murailles contre toutes les actrices de la Comédie-Française ?

m"'^ clairon. Ce sont des soupirans refusés qui ont calomnié nos camarades.

MOLE. Ce ne sont pourtant pas les plus cruelles qui sont injuriées. Mais la nuit approche et nous allons terminer notre visite domiciliaire parles cellules de cette chambre commune. (// regarde le cabinet de madcmoisetU Clairon.) Oh! ciel!.. Clairon, toi qui est si superstitieuse... regarde donc, tu es logée au n. i5.

m"'" clairon, vivement avec effroi. Vraiment? je ne m'en étais pas aperçue.

m''*' DUHIESNIL, riant» Son visage en est tout décomposé.

m''" clairon. Eh bien, oui, je l'avoue, c'est une faiblesse... Trois actrices de la Comédie-Italienne, où je débutai dans ma jeunesse, sont mortes successivement dans une loge qui portail le n. i3, et depuis ce temps, j'ai un effroi singulier de ce nomire, je sais très bien que ma crédulité est passée en proverbe; mais qu'on se moque de moi tant qu'on voudra , je ne coucherai pas dans ce cabinet.

MOLE. Comment faire, cependant? c'est encore la faute du Margrave.

m''' clairon. J'aimerais mieux passer la nuit ici dans cette chambre ; il faut qu'on me trouve une autre cellule.

M"'^ DUMESNIL. Allons, va , je suis bonne camarade; je ne peux pas souffrir que Méropc reste à la porte de sa confidente; je t'offre de changer d'appartement avec toi... je n'ai pas peur du n. i5 !..

M"'' CLAIRON. J'accepte avec grand plaisir !

M"'"^ DUMESNIL. A condition que demain malin tu me laisseras le droit de me moquer de tes frayeurs et de rire encore une fois de ta crédulité.

M"' CLAIRON. Très volontiers ! ceci ne fait pas partie de mon talent.

MOLE. Alors, mesdames, puisque vous avez fait tous vos arrangemens, il ne me reste plus qu'à vous souhaiter un sommeil tranquille et d'heureux songes.

TOCS TROIS, Air : Le plaisir.

Point de hruit , bis.

Bonsoir donc , et bonne nuit,

Dormons à volonté Pour rêver la liberté.

Mademoiselle Clairon entre à gauche, et mademoi- , selic Dumcsnit à droite.

sg^:ne X.

MOLÉ,/9w/5BIBERLOT.

MOLE. Moi, je reste ici... Le Margrave a eu l'air de se concerter avec le marquis de Folbelle, et je ne sais pourquoi je me défie d'une surprise.

BIBERLOT, entrant avec mystère. L'Allemand m'a soufïlé le numéro de la chambre d'Amaranthc... Je vais donc voler à la victoire; cherchons en silence.

Il s'avance jusqu'auprès de Mole.

MOLE, dpart. Le voilà déjà. (Il l'arrête.) Tout beau , monsieur le marquis.

BIBERLOT, se retournant. Tout beau?.., qu'est-ce qui me fait cette épigramme?,.. Tiens, c'est vous, comédien du roi... vous avez le poignet violent, mais... (^Jvcc mystère.) Laissez-moi, mon cher, je suis en bonne fortune... en rendez-vous d'amour.

MOLE. C'est précisément là-dessus que je veux avoir une explication avec vous, monsieur le marquis.

BIBERLOT. Comédien du roi, yous êtes d'une indiscrétion que je ne qualifierai pas 5 n^ais que j'appellerai fort insupportable. Ainsi, décampez, je vous y convie.

MOLE. J'en suis fâché pour vous, monsieur le gentilhomme, mais je vous convie, moi , à ne pas poursuivre cette intrigue plus loin, ouperdant lerespect queje vou? dois...

BIBERLOT. Certainement que vous me devez du respect, sambleu!.. par la ventrebleu!.. Après ca je ne comprend rien à ce que vous me dites ?. .

MOLE. Ecoutez-moi! vous êtes amoureux?

BIBERLOT. D'une manière idéale.... gigantesque.

MOLi<]. Hé bien! moi aussi, monsieur, je suis amoureux...

BIBERLOT. Vrai? hein? comme ça tourmente !

MOLE. Et le hasard a fait que c'est la même femme que nous aimons.

BIBERLOT, avec étonnement. Oh! cela se peut-il ?

MOLE. La prison rend tous les hommes ('^aux, vous avez une épée, j'ai la mienne. Accordez -moi la faveur de me couper la gorge avec vous?

BIBERLOT, l'arrêtant. Un moment, pas de niaiseries... qu'est-ce que ça veut dire? vous me faites tomber de cent cinquante

LE MAGASIN THEATRAL

pieds de haut... Est-ce un proverbe que nous jouons?

MOLE. Je ne plaisante pas... nous sommes rivaux, que le sort décide.

BlBERLOT. Mais vous êtes bien sûr que c'est exactement la même femme que nous chérissons ?

MOLE. Je sais que vous lui avez écrit, ainsidonc, marquis, dès ce moment, cessez vos poursuites ou en g-arde,

BlBERLOT , a par^ Voilà! voilà! ce qui s'appelle avoir une chance déplorable! Je suis sûr que mon sang est comme de l'encre.

MOLE. Vous m'avez entendu...

BlBERLOT. Supérieurement. [J part.) Il est de ces momens où l'on regrette bien de ne pas avoir du courage, avec ça que mon habit me gêne horriblement des entournures. [Haut.) M. Mole, je meurs d'envie de me battre avec vous , mais avant, je désire parler à celle que j'idolâtre; j'ai mes raisons pour cela.

MOLE. Et moi, j'en ai de meilleures pour vous défendre d'approcher (7l/onfra«^ la, porte du numéro 13. ) de ce numéro 13 ; si vous frappez à cette porte, je ne réponds pas de moi.

Il va se placer devant.

BlBERLOT, avec joie. Le numéro 13 , entendons-nous, comédien , répctjï»-... je demande bis... c'est le numéro 13 que TOUS aimez.

MOLE, se rapprochant Sans doute, et TOUS aussi ?

BlBERLOT. Moi?., mais non ! non!., deux mille fois, non... vous me rendez la respiration... le numéro 13 m'est parbleu fort égal , je n'éprouve rien de rien pour le numéro 13 ; c'est le numéro 9 que j'affectionne ; je suis fou du numéro 9, et voilà tout.

MOLE, à part en riant. Ah! très-bien , il ignore que tout à l'heure [Haut. ) Alors c'est bien différent; et nous qui allions nous battre...

BlBERLOT. Nous allions nous <abimer,

j'étais décidé à vous massacrer, moi

je suis vif comme une souris, c'est mon malheureux défaut ; je ne peux pas m'en corriger...

MOLE, à part. Cependant pour éviter une n'ouvelle erreur, le plus sûr est d'entrer chez la Dumesnil (Haut.) Maintenant, marquis, je ne vous laisse... * ^

hlrdu calife.

Certain de gagner un trophée.

Du bonheur vrai contrebandier, Pour vous, les pavots de Morphée Pourront se changer en laurier.

BlBERLOT.

Dieu d'amour, de moi tu disposes Oui, je vais efleuiller tes roses l*

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