‹ Le For-L'évêque, vaudeville anecdotique en deux actesChapitre 3 sur 33 · MOUSSARD, LEBLOND · texte numérisé non relu

MOUSSARD, LEBLOND

LEDLOND , sortant de la prison et à la canionnade. Si les prisonniers veulent manger de bonnes choses, vous leur ferez payer tout comptant , et plutôt deux l'ois qu'une. {A Moiissard.) Eh bien. Moussard, l'ouvrage avance-t-il ?

MOUSSARD. Ça sera rachevé après-demain, mais ce n'est pas de ça qu'il s'agit; je ^ien» d'en apprendre de curieuses sur ma future.

LEBLOND. Amaranthe?.. qu'est-ce qu'elle a donc fait?

MOUSSARD. Elle a fait une passion furieuse chez le parfumeur d'en face... il en est aliéné...

LEiîLOND. Est-ce que "c'est sa faute à c't'innocente créature?., la femme qui est pourvue de ses charmes, ne peut pas crever tous les yeux qui se montent la tCte pour elle.

MOUSSARD. Ça, c'est une manière de voir... mais moi qui va épouser vot' fdle , je ne dois pas tolérer un amour qui traîne comme ça dans le quartier.

LEBLOIVD. Eh bien ! il faut diligenter le mariage; tout est prêt, les bancs sont publiés.

MOUSSARD. Ça devait être pour la semaine qui vient, et je trouve bon de remettre la cérémonie à aujourd'hui.

LEBLOi\'D. Adopté ! tu commanderas le repas de noce au Port-à-l'Anglais, mais

que le festin soit cossu, parce que j'aime la gaîté, moi, je suis un peu fricoteur.

MOUSSARD. Oui, oui, je sais que Bacchus est souvent vot' camarade de lit.

LERLOND. Tu sais aussi que je ne donne pas de dot à ma fille, j'en suis trop fier pour ça...

MOUSSARD. Ah! diable!., il paraît alors que vous êtes fier comme Harpagon, comme on dit.

LEBLOND. D'ailleurs, tu as ben assez de quoi pour vous deux, et puis je me casse, je vieillis ostensiblement , et je te ferai avoir ma place, quand je n'y serai plus.

MOUSSARD. J'y compte bien aussi...

concierge du For-l'Évêque, ça vous retape joUment un homme dans le grand monde!

LEBLOND. Avec ça que c'est un emploi où il n'y a que de l'agrément , c'est pas une prison comme tout le monde ! on y voit que des détenus d'un bon genre.

Air du vaudeville du pauvre diable.

Des chevaliers et des marquis Qui se fout enfermer pour dettes; Et des comédiens mauvais's têtes, Au For-l'Evêque sont conduits, On ymet aussi d' belles actrices Dont les yeux sont très étonnés De r'voir ici loin des coulisses Tous les amans qu'ell's ont ruinés.

Dan? ce moment-ci , il ne me reste qu'une douzaine de marquis, ils boivent comme des mousquetaires gris , et chantent tous ensemble, comme des enfans de chœur de la cathédrale.

MOUSSARD. Dame, ces pauvres marquis.

LELOND. Il n'y en a qu'un , nommé M.

de Folbelle, qui ne veut pas quitter sa cham bre, il est dans le désespoir de la fureur , de ce qu'on l'a coffré sous prétexte qu'il oublie toujours de payer ce qu'il dépense.

MOUSSARD. C'est encore un bon farceur... mais je cours m'habiller... prévenez Amaranthe, moi je vais prévenir les lémoins, et reviendrai vous prendre dans une minute.

LEBLOND. Surtout ne parle de rien devant ce niais de parfumeur,^ pour mieux nous moquer de lui jusqu'à la fin.

MOUSSARD. C'est convenu...

ENSEMBLE

Air : Ah ! c'est charmant.

AU ! c'est charmant , Dans un moment

La ïC'tc Saacomplettc,

LE MAGASIN THÉÂTRAL

Nous chant«îrons,

Pui» nous lirous.

Et jusqu'au 8ulr nous boirons

Moussard sort par la {gauche.

sgkl^œ. m.

LEBLOND, /)tti5 BIBEllLOT.

LEIîLOND, /}rma7ii c/« iahac. C'est une chose bien flatteuse pour un père de trouver à se débarrasser de sa fille à si bon compte; d'ailleurs, je ne peux plus la tenir, les prisonniers d'un côté, les voisins de l'autre, tout ca rend ma situation aussi casuelle que monotone... Ah ça, examinons un peu ce que Moussard a fait ce matin.

II met ses lunettes, et examine les murs de la prison BïBEELOT, entrant par La droite sans voir Lcblond et avec ogitation. Que le diable emporte la tireuse de cartes, concoit-on nne vieille horreur comme ça? quand je l'interrog-e sur Amaranthe, quand je lui demande de l'amour comme un aveu^^le demande son bâton, cette affreuse sibylle me répond que je serai l'amant d'une reine, et j'ai eu la naïveté de lui donner un écu de six livres et la policesouffre ça. .. que d'abus ! LEBLOND , se retournant. Quand il y aura là-dessus une couche de blanc... (Il voit Biberlot.) kh.\ mon Dieu, v'iù encore ce frénétique d'amoureux.

BïBEPiLOT, C a percevant aussi. Le père de

mon objet... une dernière explication

(Haut.) M. Leblond, je ne vous souhaite pas le bonjour.

LEBLOND. Vous faites bien , car je ne vous le rendrais pas!..

BIBERLOT. Vous conservez toujours une dent contre moi?..

LEBLOMD. J'en conserve plus de vingt!..

BIBERLOT. Ça n'est pas sûr!,, en tout cas, cela prouve que vous avez un mauvais cœur, bon homme!..

LEBLOND. J'ai le cœur que je veux, mais vous, vous n'aurez pas ma fdle.

BIBERLOT, vivement. Prenez- garde !..

vous allez encore me monter le toupet; mes cheveux se dressent déjà!. . je me sens disposé à commettre bien àes accidens!.. LEELOND, à part. Ce furieux est dans le cas de troubler le mariage. {Haut.) Ah! ça jeune homme est-ce que vous n'avez pas €U l'idée d'écrire à vos parens , pour qu'ils vous fassent mettre à Charenton?..

BIBERLOT, avec force. Non , vieillard obsiné !.. c'est au For-l'Evêque, que je veux Ure emprisonné..» et j'y parviendrai mal-

p:ré vous, malgré vos grilles, et vos chiens de basse-cour!

LERLOMD , à part. Il est capable de tout! tâchons de le prendre par la ruse!.. [Haut.) Voyons, Biberlot, que trouvcz-vnus donc de si étonnant dans ma lUle?.. elle est très laide !

BIBERLOT. Amaranthe est laide?., c'est affreux ce que vous dites-là!..

LEBLOND. Ensuite, elle esthète! mais elle est très hôte ! ..à tel point qu'elle a donné hier un soufflet à un prisonnier pour lui avoir dit seulement qu'elle avait les pieds en dedans !..

BIBERLOT. Oh! c'en est trop... vieillard, si vous n'étiez pas son père je vous demanderais raison de toutes les injures que vous venez d'adresser à votre demoiselle, et je vous aurais déjà tué plus de vingt fois!., voyez-vous.

LEBLOND. Vraiment?.. Eh! bien, puisque rien ne peut vous effaroucher, si je vous disais qu'elle en aime un autre que vous?., qu'est-ce que vous feriez ..là?..

BIBERLOT. A cet autre ?.. je lui couperais toutes les oreilles!., et puis quelle espèce d'homme lui offrirait- on à cet ange des cieux ?

Air : Du baiser au porteur»

Sans choisir , la pauvre innoccne, Prendrait un blond , ou bien un brun $ Et j' verrais tomber Amaranthe Dans les mains d'un homme du commun, bis. Moi, j'rinondrais de pât* d'amande, De tubérens's, d*eaux de ros' du Levant, Et j'ia baign'rajs dans l'essence d» la'ande

Pour l'embaumer de son vivant.

Oui la baign'rais, etc., etc.

LEBLOND. Je n'en demande pas tant.

BlBERLOT./)ui , mais que je voie seulement Amaranthe deux fois vingt-quatreheures et je l'enlève à votre nez pour vous faire la barbe!..

LEBLOND. Oh! elle est bien gardée!..

BIBERLOT. Vous me repoussez, définitivement?

LEBLOMD. Pire que jamais!

BIBERLOT. Alors je vous parie que d'ici à demain je suis dedans !..

LEBLOMD. Eh! ben, tenez ça va!., si vous avez l'astuce d'entrer malgré moi , je vous permet, à dater de demain, de fréquenter Amaranthe, et de vous en faire adorer...

BIBiîlRLOT, //// tendant la main. Je retiens ce mot-là., si j'ai l'astuce d'entrer là-dedans vous me permettez de fréquenter Amaranthe et de m'en faire adorer... Je vais t\ lâ

LE FOR-l'^VÊQUE.

boutique rassembler toutes mes idées!., et souvenez-vous bien qu*on ne sait pas ce que je suis capable ! je retien? ce mot-là. [A Leblond.) Retenons, ce mot-là....

11 rentre dans sa boutique.

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